Le chômage

Alternatives économiques - chômage, la fin des indemnités accélère la recherche d’emploi... précaire

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Une étude montre que les chômeurs envoient plus de candidatures avant la perte de leurs allocations et acceptent des postes de moins bonne qualité.

Alors que les premiers changements de l’assurance chômage interviendront à partir du 1er novembre 2019, deux chercheuses françaises basées aux Etats-Unis, Ioana Marinescu, professeure d’économie à l’université de Pennsylvanie, et Daphné Skandalis, économiste à la Réserve fédérale (Fed), ont publié une étude sur le comportement de 500 000 demandeurs d’emploi français. « Nous avons réussi à analyser conjointement les données de l’assurance chômage et de Pôle emploi. Cela permet d’y voir plus clair sur les rapports entre la durée des allocations et les comportements de recherche d’emploi », retrace pour Alternatives Economiques Ioana Marinescu.

Un retour à l’emploi difficile
Les deux chercheuses ont étudié la quantité de candidatures déposées sur le site de Pôle emploi par ces chômeurs en fonction de la proximité avec leur fin d’indemnisation. L’objectif : déterminer à quelle période l’effort pour retrouver un emploi est le plus intense et mesurer si les exigences d’un individu évoluent, en matière de salaire et de stabilité, à mesure qu’il se rapproche de sa période de fin de droits.

Sachant, rappelle utilement l’étude, qu’il n’est pas simple de trouver un boulot. Qu’il ne suffit pas de traverser la rue. « Un chômeur a 3 % de chance que sa candidature aboutisse à un emploi », pointe Ioana Marinescu.

Par ailleurs, « notre étude montre qu’il est plus facile pour une personne qui touche des allocations importantes de retrouver un travail », poursuit la chercheuse. Les cadres, plus diplômés, peuvent davantage rebondir. Mais la tâche sera moins facile pour les moins qualifiés, qui vont être les plus gros perdants de la réforme de l’assurance chômage.

Davantage de candidatures en fin de droits
Sans surprise, l’étude constate que : « Plus les indemnisés se rapprochent de leur fin de droits, plus ils envoient de candidatures. » Ainsi l’effort pour trouver un poste est 50 % plus intense au cours du dernier trimestre d’indemnisation qu’un an auparavant. Logiquement, les chômeurs en fin de droits qui voient une perte de revenus se rapprocher sont poussés à trouver une solution rapidement. Cela confirme-t-il pour autant l’idée que les individus ne font pas d’effort pour trouver un emploi avant ?

« Les données auxquelles nous avons eu accès grâce au site de Pôle emploi ne capturent qu’une partie des activités de recherche d’emploi. Donc même si quelqu’un ne cherche pas sur le site, cela ne veut pas dire que la personne ne cherche pas du tout », tempère Ioana Marinescu. D’autres sites proposent des offres d’emploi et les candidatures spontanées ne sont pas prises en compte dans le calcul. Même si on ne peut pas mesurer l’effort total de recherche d’emploi, on peut conclure que les individus intensifient la recherche d’emploi à l’approche de la fin des droits.

Des candidatures mais pour quel emploi ?
Cette analyse semble aller dans le sens des économistes qui critiquent l’aspect désincitatif de l’assurance chômage. Mais la suite de l’étude est plus nuancée. « Plus ils se rapprochent de la fin de leur indemnisation, plus ils postulent, certes, mais à des jobs de moins en moins bien payés et de moins bonne qualité », souligne l’économiste. Ainsi les chômeurs diminuent en moyenne – et ce n’est qu’une moyenne – leur salaire horaire cible de 0,8 % au cours de l’année précédant l’épuisement des prestations. Ils réduisent également leur ambition sur les horaires espérés.

Ils consentent à renoncer au salaire auquel ils aspiraient et acceptent davantage des postes en CDD ou à mi-temps. « Parfois même, certaines personnes changent complètement de domaine pour ne pas se retrouver sans revenu. Ils travaillent alors dans des environnements très différents de ce qu’ils connaissaient », précise Ioana Marinescu. Et bien sûr, cela ne vaut que pour ceux qui réussissent à trouver un emploi avant la fin de leur indemnisation.

Pression sur les chômeurs
Alors que le gouvernement vient de durcir les conditions pour ouvrir les droits à l’assurance chômage, faut-il aller encore plus loin ? Faut-il raccourcir, en bout de chaîne, la durée d’indemnisation pour inciter plus rapidement un chômeur à retrouver le chemin du travail ? Ce serait trop simple. « Nous avons démontré que la recherche de travail demandait du temps et beaucoup d’efforts. Plus les personnes seront indemnisées, plus elles auront la capacité de choisir un emploi à la hauteur de leurs attentes », insiste la professeure de l’université de Pennsylvanie.

De plus, l’étude observe que, pour ceux qui n’ont pas trouvé un emploi avant la fin de leur période d’indemnisation, et qui sont donc toujours chômage, la recherche d’emploi baisse au fur et à mesure du temps. De quoi augmenter le chômage de longue durée.

Où se trouve la solution ? « L’assurance chômage a des effets incitatifs et désincitatifs. Il faut réussir à faire la part des choses pour trouver le juste milieu. Il ne faut pas détruire l’assurance chômage puisque celle-ci permet aux sans-emploi de trouver des postes en adéquation avec leurs compétences. Pour autant, il faut réussir à sortir les individus le plus rapidement du chômage », conclut Ioana Marinescu. Pour la chercheuse, l’augmentation des contrôles et des sanctions, comme prévu dans la réforme de l’assurance chômage, n’est pas la solution. Cela peut même avoir des effets contre-productifs.

Des salaires plus élevés et des offres d’emploi de meilleure qualité pourraient-ils avoir des effets incitatifs ? Peut-être. Mais cela relève de la volonté des employeurs. Et pour cela, il va falloir être patient, car la mise en place du bonus-malus pour inciter les entreprises à moins recourir aux contrats courts n’entrera en vigueur qu’en 2021. Le gouvernement a préféré d’abord mettre la pression sur les demandeurs d’emploi.