L’hôpital

Basta - Crise à l’hôpital : de nombreux services d’urgences obligés de fermer avant l’été

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

ACCÈS AUX SOINS 30 mai 2022 par Rachel Knaebel

Faute de personnel en nombre suffisant, de plus en plus d’hôpitaux doivent fermer leurs urgences ce printemps ou y filtrer drastiquement les entrées. Le phénomène est d’une ampleur inédite, alertent les professionnels.

« Ce printemps, la crise de notre système de santé va atteindre son paroxysme à travers la faillite incontrôlée du fonctionnement des services d’urgence qui laisse présager, dès cet été, un véritable désastre ». Le syndicat Samu-Urgences de France alerte en ces mots, dans une lettre ouverte du 22 mai, la toute nouvelle ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon.

Le message est clair : les hôpitaux français vont de plus en plus mal, chaque année est pire que la précédente. Les services d’urgences sont, dans de très nombreux endroits, au bord de l’implosion. « Tous, soignants, directeurs d’établissements, centre hospitaliers et CHU, confirment que cette crise, est d’une ampleur inégalée, qu’elle n’atteint pas que les structures d’urgence mais que cette faillite de cette première ligne aura des répercussions désastreuses sur l’ensemble de l’hôpital et du système de santé français », poursuit le syndicat.

Selon les données de Samu-Urgences de France, plus d’une centaine de services d’urgences, de toutes tailles, « sont déjà en difficulté majeure avec des fermetures d’activité, partielles ou totales ». Par exemple, à l’hôpital Montmorillon, près de Poitiers, les urgences ont dû fermer plusieurs jours en mai et le devront aussi en juin, par manque de médecins urgentistes. Le 12 mai, des centaines de personnes se sont réunis, dans cette petite ville de 6000 habitants, pour protester contre ces fermetures de leurs services d’urgence. À Chinon, en Indre-et-Loire (8000 habitants), les urgences sont fermées depuis le 18 mai, en raison d’une avalanche d’arrêts maladie au sein de son équipe paramédicale. L’hôpital ne peut plus non plus réaliser d’accouchements.

Les plus grandes villes sont également concernées. À Cherbourg, et même au CHU de Bordeaux, les entrées aux urgences doivent être filtrées depuis mai, la nuit à Bordeaux, dès l’après-midi à Cherbourg. Seules les urgences vitales sont prises en charge (voir sur La Nouvelle République et Rue89Bordeaux).

Déjà l’été dernier, des dizaines d’hôpitaux de petites villes et des villes moyennes avaient été touchés par des fermetures temporaires ds urgences, la nuit ou de manière intermittente. Puis l’épidémie de fermetures avait repris au moment des fêtes de fin d’année. Cette année, le phénomène survient déjà bien avant les congés d’été. Et il touche aussi des grands hôpitaux.

En cause : le manque de personnel. Les hôpitaux manquent de médecins urgentistes, les personnels présents, médecins et paramédicaux (infirmières, aides-soignantes, brancardiers…), sont à bout, avec de nombreux arrêts maladie. Face à cette situation, le syndicat Samu-Urgences de France préconise, entre autres, de recruter, « en rendant les conditions de travail acceptables ».

Dans les villes moyennes, les urgences hospitalières frappées par une épidémie de fermetures

Il faut aussi, dit le syndicat, « revaloriser la rémunération de la garde » pour les médecins libéraux, et aussi « accélérer l’analyse des dossiers des praticiens étrangers » pour leur autoriser leur exercice avant l’été (lire notre article sur les médecins étrangers à l’hôpital). « Aujourd’hui, le sujet n’est malheureusement pas d’attirer de nouveaux professionnels dans nos établissements mais d’éviter le départ des rares qui y restent ... », déplore Samu urgences France. Les soignants seront-ils enfin entendus ?