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Blog de Médiapart - Retraites : équilibre financier jusqu’en 2070 !

il y a 4 jours, par Info santé sécu social

10 OCT. 2018 PAR YVES FAUCOUP BLOG : SOCIAL EN QUESTION

Depuis des années, les « libéraux » agitent le déficit des retraites. En l’expliquant par le vieillissement de la population, et la diminution du nombre de personnes actives. Et dresse un tableau catastrophiste pour l’avenir. Sauf que le COR, Conseil d’Orientation des Retraites, dans son rapport de juin dernier, conclut à l’équilibre des comptes jusqu’en… 2070.

Nos "experts", économistes et journalistes, déroulant la vulgate "libérale", ne cessent depuis des années d’affirmer que le système des retraites risque de s’écrouler si rien n’est fait : réduction du montant des pensions, report de l’âge de départ, durée de cotisation. On ne compte plus les articles du Figaro tendant à le démontrer, ou les tirades sur les plateaux de télé des Yves Thréard, Marc Fiorentino, Yves Calvi, Christophe Barbier, Philippe Dessertine, Agnès Verdier-Molinié et consorts qui nous bassinent avec leurs affirmations péremptoires. Efficaces, puisque beaucoup des moins de 45 ans pensent qu’ils n’auront pas de retraite.

La méthode de propagande a d’ailleurs consisté d’abord à taper sur les "aides sociales", la plupart des citoyens ne se sentant pas concernés, jusqu’à ce qu’ils découvrent que le but était de s’en prendre au dispositif général de la Protection sociale. On ne répétera jamais assez que le RSA c’est 10 milliards d’euros, et les retraites 310 milliards. Ceux qui veulent que le CAC40 fasse tranquillement ses profits font mine de dénoncer le "pognon de dingue" des aides sociales mais savent bien qu’il leur faut grignoter la santé (200 milliards) et les pensions. Dans un premier temps. Et dans un second, de privatiser ces secteurs d’assurance plutôt que de laisser la Sécurité sociale le gérer. Non pas vue de l’esprit : un Denis Kessler du Medef, par exemple, l’a théorisé depuis longtemps, publiquement.

Donc tous les moyens sont bons : ressasser jusqu’à plus soif que jadis on avait 4 cotisants pour un retraité, et aujourd’hui 1,5 cotisant pour un retraité. C’est vrai, sauf que cela prend en compte le baby-boom d’après guerre, qui va bientôt se tarir (ce qui ne me réjouit pas, ceci dit en passant). Et pour y faire face, on aurait pu trouver d’autres solutions que de contraindre des salariés qui aspiraient, comptaient depuis longtemps sur un départ à 60 ans, de devoir se coltiner deux ans de plus. Soit par une augmentation des cotisations salariales et patronales ou, de préférence, en alimentant les caisses sociales avec les ponts d’or accordés aux plus riches, comme Nicolas Sarkozy l’a fait avec le bouclier fiscal et l’ISF, François Hollande avec le CICE et maintenant Emmanuel Macron avec la suppression de l’ISF et les faveurs accordées aux plus favorisés.

Sa réforme annonce sa couleur avec ce ballon-sonde d’une retraite à taux plein seulement à 63 ans, avec départ possible à 62 ans mais avec décote. Alors même qu’il avait affirmé qu’il ne toucherait pas à l’âge de départ. Puis, surtout, avec ce système à point, qui individualise le droit à pension et annonce une évolution vers un système par capitalisation (alors que, là encore, M. Macron avait juré qu’il n’irait pas vers un tel système à l’américaine, contraire à notre notion de la Solidarité). Certains des "experts" cités plus haut ne cachent pas, avec un petit sourire ironique, que tel est bien le projet du pouvoir en place. Un euro cotisé donnant droit à la même retraite pour tous c’est une conception qui, à terme, conduira à ne plus fixer de date de départ, chacun ayant toujours intérêt à travailler plus longtemps pour gagner plus, du fait même que le pouvoir aura toute latitude pour fixer la valeur du point et inciter ainsi à des départs tardifs.

Le problème ou la bonne nouvelle, c’est que le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), l’organisme de référence sur la question, a conclu dans son rapport de 182 pages, en juin dernier, que selon tous les scénarios de croissance annuelle de la productivité du travail (1 %, 1,3 ou 1,5 ou 1,8) les comptes seront à l’équilibre jusqu’en 2070 (et même "la part des dépenses brutes resterait inférieure à celle constatée en 2017 dans [les] trois scénarios" : 13,8 % du PIB en 2017, entre 11,6 et 14,4 en 2070). Une loi votée sous Hollande, que beaucoup ont oubliée parce qu’elle est de portée décalée, exige 43 ans de cotisations à partir de 2035, ce qui conduira automatiquement les salariés à partir, en moyenne, à 64 ans.

Cette information a été peu commentée, pourtant elle est de taille. Alexandra Bensaïd, arrivée sur France 2 en remplacement de François Lenglet, l’a pourtant glissé dans un "papier" prononcé à l’antenne au cours du journal de 20h hier soir. Compte tenu de la qualité de ses émissions sur France Inter le samedi matin (On n’arrête pas l’éco), on pouvait s’attendre à ce qu’elle ne cause pas comme Lenglet qui, sans formation en économie, se croyait l’Angle Éco à lui tout seul. Elle a expliqué : "Le système ne va pas déraper grâce aux réformes difficiles faites depuis 1993. C’est ce que nous dit le Conseil d’orientation des retraites. Il assure qu’il n’y a aucune urgence financière dans tous les scénarios et ce jusqu’en 2070. Ainsi changer toute la tuyauterie du système de retraites aujourd’hui peut paraître superflu". Puis elle a indiqué l’"avantage, à la fois financier et politique, à réaliser cette réforme" pour le gouvernement. Concluant : "Les syndicats ont donc raison de vouloir débattre de la réforme".

Il n’est pas sûr que tous les téléspectateurs aient mesuré l’impact de ces propos, mais on peut facilement imaginer que l’oligarchie et ceux qui assurent sa propagande se sont étranglés. Et ce, le jour où les syndicats appelaient à défiler dans les rues pour dénoncer la portée des réformes annoncées.

Entourloupes

Le gouvernement a une propension aux entourloupes : il dit ne pas vouloir modifier l’âge de départ en retraite (62 ans) mais envisagerait de ne permettre le taux plein qu’à 63 ans. Il dit vouloir augmenter la prime d’activité de 20€ mais en modifie le calcul (modification du taux de cumul avec les revenus d’activité passant de 62 à 61 %), ce qui, pour certains bénéficiaires, réduira le nouvel avantage à 7€. Déjà l’augmentation de l’AAH (bonne mesure) s’accompagnait d’une modification de deux compléments de ressources qui lui étaient adjoints et qui seront réduits et, pour les couples, d’une baisse du plafond de ressources qui réduit de fait l’augmentation annoncée. Nouveau petit jeu : derrière toute annonce, cherchez l’entourloupe.