L’hôpital

Challenges : Des urgences à bout de souffle incitées... au gâchis

il y a 4 mois, par infosecusanté

Challenges
Des urgences à bout de souffle incitées... au gâchis

6 Février

Souffrant de pénuries de médecins, les urgences sont à bout de souffle, pointe la Cour des comptes. Problème : les hôpitaux qui renvoient vers des cabinets médicaux les patients relevant de consultations classiques sont pénalisés financièrement.

Fait rarissime, la Cour des comptes alerte sur le manque de moyens d’un service public. Les urgences hospitalières, qui coûtent 3,1 milliards par an et accueillent quelque 21 millions de patients, souffrent d’"un sous-effectif médical générateur de tensions dans un nombre croissant d’établissement", pointe-t-elle, cinq ans après un premier rapport alarmiste. L’équation est implacable : en à peine quatre ans, le nombre de patients a bondi de 15%, tandis que les effectifs de médecins diminuaient… Résultat, les hôpitaux se ruinent en heures sup’, mieux payées, et recourent à de coûteux médecins intérimaires qui peuvent gagner jusqu’à 1.300 euros net la journée !

Sur le fond, les magistrats de la Rue Cambon fustigent l’incapacité des gouvernements successifs à réduire le flux des patients aux urgences. Quelque 20% d’entre eux relèveraient pourtant de consultations médicales classiques, mais se tournent vers les hôpitaux faute de cabinets médicaux assurant des permanences de nuit ou le week-end. Les mesures mises en œuvre ces dernières années pour inverser la donne, comme les maisons médicales de garde, se sont révélées décevantes. "Il reste difficile de démontrer un lien entre la fréquentation de ces maisons médicales et l’évolution des passages aux urgences", relève la Cour.

Hausse des recettes proportionnelle au nombre de patients

Pis, les urgences ne sont pas incitées à réorienter les cas légers vers des médecins de ville, dès lors que leurs recettes progressent proportionnellement au nombre de patients. Avec un gâchis d’argent public à la clé : le coût pour l’Assurance maladie d’une consultation s’élève à 25 euros chez un médecin de ville et à 115 euros aux urgences. L’écart varie de 71 à 150 euros pour les consultations de nuit. Comble de l’ubuesque, les établissements bons élèves sont perdants. L’hôpital Robert Debré à Paris, qui a noué un partenariat avec des médecins de ville pour désengorger ses urgences de 20.000 patients par an, a ainsi vu ses recettes fondre de 2,3 millions d’euros.

Bref, il faut "réformer la tarification pour en faire un levier de rééquilibrage entre l’hôpital et les médecins de ville", conclut la Cour. Elle encourage aussi le gouvernement à s’inspirer des modèles anglo-saxons pour transformer les petits hôpitaux en centres de soins sans rendez-vous. Ou de prendre exemple sur le CHU de Nancy qui a créé une unité spécifique d’accueil des personnes âgées pour leur éviter de longues attentes aux urgences. Les magistrats tressent également des lauriers aux coopératives de médecins existant aux Pays-Bas qui ont permis de réduire de moitié la fréquentation des urgences. Des chantiers de longue haleine.

Autant de chantiers de longue haleine que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, approuve et a, tout ou partie, lancés. "Il faut repenser l’organisation de la médecine d’urgence pour la recentrer sur son coeur de métier", reconnaît-elle dans sa réponse à la Cour. Avant de citer le renforcement des communautés territoriales de médecins, la transformation des 500 à 600 petits hôpitaux en structure de soins de proximité et la refonte des financements pour rééquilibrer les tarifs entre cas légers et cas lourds aux urgences.