Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde - Covid -19 : jugeant la situation « critique », le conseil scientifique recommande de durcir les restrictions

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Le président de l’instance qui conseille l’exécutif, Jean-François Delfraissy, propose deux hypothèses : un couvre-feu plus important ou un confinement moins dur que celui du mois de mars.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui

Alors que deux tiers des Français sont soumis à un couvre-feu, les demandes, de la part de médecins et d’élus, se multiplient pour durcir encore les restrictions, allant de l’hypothèse d’un couvre-feu plus strict à celle d’un reconfinement. Un reconfinement provoquerait un « écroulement de l’économie », met quant à lui en garde le patronat.

« Couvre-feu massif » ou « confinement moins dur » : appel à durcir les restrictions
La situation sanitaire est « difficile, voire critique », a estimé lundi 26 octobre le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, estimant qu’il faudrait au minimum durcir et étendre le couvre-feu face à une deuxième vague épidémique « brutale ». « On avait prévu qu’il y aurait cette deuxième vague, mais nous sommes nous-mêmes surpris par la brutalité de ce qui est en train de se passer depuis dix jours », a déclaré le professeur Delfraissy lundi sur RTL. « La deuxième vague va probablement être plus forte que la première », a-t-il craint, en relevant que « beaucoup de nos concitoyens n’ont pas encore pris conscience de ce qui nous attend ».

Il a estimé que le chiffre réel des cas devait être « autour de 100 000 par jour », alors que les cas confirmés ont atteint ces derniers jours des chiffres inédits, dépassant dimanche la barre des 50 000 en vingt-quatre heures pour la première fois depuis le début des tests à grande échelle.

52 010 nouveaux cas ont été notifiés à Santé Publique France ces dernières 24 heures (soit 1 138 507 cas confirmés depuis mars)
34 761 décès ont été comptabilisés depuis mars (dont 11 126 dans les Ehpad)
+ 84 personnes en réanimation ces dernières 24h
Actuellement, 2 584 personnes atteintes du Covid-19 sont en réanimation.

Selon lui, il y a « deux hypothèses » pour tenter de juguler cette deuxième vague.

La première est d’« aller vers un couvre-feu plus massif, à la fois dans ses horaires, dans son étendue au niveau du territoire national, et qui puisse également être mis en place le week-end ». Après « dix à quinze jours (…), on pourrait regarder la courbe des nouvelles contaminations (…), et si on n’est pas dans la bonne direction aller vers le confinement ».

La deuxième hypothèse est d’« aller directement vers un confinement, moins dur que celui du mois de mars, qui permette à la fois le travail, qui évidemment s’accentuerait en termes de télétravail, qui permettrait probablement de conserver une activité scolaire et qui permettrait aussi de conserver un certain nombre d’activités économiques, qui pourrait être de plus courte durée et qui serait suivi de conditions de déconfinement très particulières, puisqu’on déconfinerait en passant par un couvre-feu ».

« Plus on prendra des mesures rapidement, plus [elles] auront une certaine forme d’efficacité », a-t-il insisté, tout en soulignant que le conseil scientifique, chargé d’éclairer les choix de l’exécutif, « ne préconise rien ». « Nous mettons sur la table les deux grandes stratégies qui sont possibles », a-t-il relevé, ajoutant qu’il s’agit de « décisions éminemment politiques ».

« Cette vague, elle est en train d’envahir l’Europe (…), elle va durer plusieurs semaines, voire un ou deux mois », a-t-il poursuivi, tout en refusant de se prononcer sur la situation lors des fêtes de fin d’année : « On verra pour les vacances de Noël. »

Pour les professionnels de santé, « on a perdu le contrôle de l’épidémie »
« Le virus est tellement présent parmi nous que, là, je pense qu’aujourd’hui on n’a plus le choix, il faudrait reconfiner », a également déclaré Eric Caumes, chef du service infectiologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, sur Franceinfo. « On a perdu le contrôle de l’épidémie il y a quelques semaines déjà, affirme le médecin. Le premier ministre l’a reconnu, le ministre de la santé aussi. »

Dans un communiqué publié vendredi 23 octobre, l’Union régionale des professionnels de santé libéraux (URPS) d’Auvergne-Rhône-Alpes estime de son côté que les « demi-mesures du couvre-feu actuel font penser à la drôle de guerre de 1939-1940 ». Elle appelle, dans les heures qui viennent, à imposer le couvre-feu dès 19 heures et à instaurer un confinement le week-end, dernier rempart avant un confinement généralisé de la population.

« On est dans une situation de guerre, argumente auprès de France Inter le docteur Pierre-Jean Ternamian, médecin radiologue à Lyon et président de l’URPS. Avec plus de 40 000 nouveaux cas par jour, si on prend un taux de mortalité à 0,5 %, cela veut dire qu’au bout de trois semaines on aura 200 morts par jour. »

« Un reconfinement paraît plausible, il a été fait en Israël, en Australie, avec beaucoup de succès », a également jugé l’épidémiologiste Antoine Flahault sur BFM-TV. L’une des solutions qu’il préconise est de ne pas rouvrir collèges, lycées et universités après les vacances de la Toussaint, le 2 novembre. « Les écoles primaires pourraient rester ouvertes mais devraient imposer le port du masque, même aux enfants de plus de 6 ans », pense le professeur Flahault, alors que le masque n’est pour l’instant obligatoire que pour les plus de 11 ans, à partir du collège.

Le plan blanc déclenché dans tous les hôpitaux du Grand-Est
Lundi, l’agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est a annoncé avoir demandé vendredi à tous les établissements de santé de déclencher le plan blanc pour « faire face au rebond épidémique significatif ». Cette demande est justifiée par la « situation sanitaire exceptionnelle », souligne l’ARS dans un communiqué.

Le plan blanc, un dispositif qui doit permettre de « mobiliser immédiatement les moyens de toute nature » dont disposent les hôpitaux « en cas d’afflux de patients », avait déjà été activé au niveau régional par l’ARS d’Ile-de-France. Il a également été activé de manière plus localisée à Lille, Lyon, Grenoble et Saint-Etienne.

Selon les données de Santé publique France, au 22 octobre, le taux d’incidence hebdomadaire s’élevait à 465,9 cas pour 100 000 habitants dans la métropole strasbourgeoise, soit un chiffre supérieur à celui de la métropole du Grand Paris (444,8) ou de Marseille (465,5).

Les chiffres enregistrés pour les agglomérations de Metz (337,5) et Nancy (297) sont également supérieurs au seuil d’alerte maximale, fixé à 250 pour 100 000 habitants.

La crainte d’un « écroulement de l’économie »
De son côté, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a estimé qu’un reconfinement total ne provoquerait pas seulement une « récession de 10 % » en 2020, mais « un écroulement de l’économie française ». Interrogé sur RMC, il a expliqué que l’économie se portait bien en mars lors du premier confinement, donc « les entreprises ont résisté au choc ». « Mais là, les organismes sont affaiblis », a-t-il estimé. « Si on reconfine totalement comme en mars, on va vers un écroulement de l’économie française, on risque de ne pas s’en remettre », a-t-il insisté, avant de nuancer : « Les marchés ont une capacité de rebond incroyable, mais on va aller dans quelque chose de très très dur. »

« On souhaite éviter un reconfinement général, en tout cas on veut trouver un bon équilibre entre la santé des Français et la poursuite de l’activité économique, éducative et culturelle », a pour sa part assuré la ministre du travail, Elisabeth Borne sur LCI.

Les transports réduits en Ile-de-France à partir de mercredi
L’offre de transports en commun francilienne va être réduite à partir de 21 heures dès mercredi, en raison d’une baisse de la fréquentation liée à l’instauration du couvre-feu, avec notamment la circulation d’un métro sur deux, a annoncé lundi Ile-de-France mobilités (IDFM).

« Une adaptation de l’offre de transport sera mise en place, à partir de 21 heures, à la fin de service dès le mercredi 28 octobre afin de tenir compte de la très forte réduction du nombre de passagers », a expliqué IDFM, qui a demandé aux opérateurs de transports (RATP, SNCF et Optile) de procéder à ces changements.

Dans le détail, l’offre du métro sera réduite « à environ un métro sur deux », de même que la fréquence des bus, sauf pour « les lignes de bus les plus fréquentées et des lignes desservant les hôpitaux » qui ne subiront aucun changement, a précisé l’autorité régionale des transports.