L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

Hebdo L’Anticapitaliste - 548 (17/12/2020) - Contre le Covid en Europe, leurs stratégies et la nôtre

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Frank Cantaloup

Avec le froid et l’humidité de l’automne, une deuxième vague de Covid se répand en Europe. Lors de sa conférence de presse Jean Castex a déclaré que la France fait mieux que ses voisins européens. Il fallait oser, après les mensonges sur les masques et l’effondrement de la politique de tests.

À l’échelle internationale, les USA de Trump, le Brésil de Bolsonaro, ont défendu l’immunité collective, le capitalisme « comme d’habitude », quoi qu’il en coûte en terme de morts ! 300 000 aux USA… En Europe, la Grande-Bretagne de Boris Johnson a voulu emprunter ce chemin, mais a dû abandonner quand ses effets dramatiques en termes de mortalité et de saturation du National Health Service (NHS) sont devenus évidents.

Stop and go

Pour certains, la Suède démontrerait le faible danger du Covid. Pas de confinement, et un « responsable Covid » qui n’hésite pas à déclarer le masque plus dangereux qu’utile. Mais les chiffres sont là. Une mortalité peu différente de la France, qui pourrait faussement rassurer : mais si on la compare à ce qui est comparable en terme de température, âge et densité de population, dix fois plus de morts en Suède que dans la Norvège voisine, et une surmortalité terrible chez les personnes âgées.

Les autres pays européens ont opté pour le stop and go. Ils intègrent un rapport de forces social, qui interdit aux bourgeoisies d’abandonner trop ouvertement la santé au profit de l’économie, et leur impose périodiquement de protéger – bien mal – leur population en bloquant certains secteurs de l’économie, toute vie sociale et culturelle, puis de relancer dès que possible les secteurs les plus lucratifs. Cette politique n’a pas évité la deuxième, et pourquoi pas la troisième vague. Alors la France, bon élève du stop and go ? 12 000 contaminations par jour en France qui rouvre. 20 000 en Allemagne qui reconfine. C’est oublier que mi-octobre, la France de Macron a laissé filer la pandémie à 55 000 contaminations/jour. Une réaction trop tardive, une perte de contrôle de l’épidémie, avec l’embolisation du sytème des tests, un traçage et un isolement inefficaces.

L’expérience Covisan
La Haute-Savoie et l’Île-de-France montrent ce qui fait la différence face à la pandémie. En Haute-Savoie, département de montagne, on a constaté l’absence de réaction du préfet et de l’Agence régionale de santé (ARS) malgré deux fois plus de nouveaux cas qu’au niveau national. La population, peu frappée par la première vague, n’a pas intégré les gestes barrières. Si les tests sont bien là, le traçage défaillant et l’incapacité d’expliquer l’isolement font exploser les contaminations familiales. Sur la même période, l’Île-de-France, une zone urbaine dense, connait une baisse des cas Covid. Une des clefs d’explication est Covisan, des équipes mobiles qui travaillent avec les patientEs infectés pour construire ensemble les moyens de protéger leurs proches, d’informer les contacts. Inspiré de la lutte contre le choléra à Haïti, ce projet pilote mobilise des équipes de l’AP-HP, mairie de Paris, médecins généralistes, MSF, Croix-Rouge. Une dizaine d’équipes, 50 000 personnes accompagnées en Île-de-France. À l’opposé de ce dispositif de santé communautaire, le gouvernement souhaitait une loi pénalisant lourdement les « fautes » d’isolement. Devant la levée de bouclier, le risque de refus de tests, il a abandonné. Et nous promet partout des équipes pour aller conseiller les patientEs. Mais qui, avec quel budget, quand ? On sait que Covisan, il y a peu, était menacé de coupes budgétaires…

Une autre voie existe
À Madrid, dans le quartier pauvre de Lavapiés, associations et habitantEs ont monté des caisses de solidarité pour les plus démuniEs, un réseau citoyen d’interprètes (bengali, wolof, arabe), formé une soixantaine de médiateurEs au sein des populations migrantes, en lien avec les centres de santé, mêlant habitantEs et médecins. Dans d’autres quartiers, ce sont des femmes de ménages étrangères, souvent latino-américaines et sans papiers, qui s’organisent face au Covid, pour les droits sociaux et leur régularisation.

Ni immunité collective à la Trump ni stop and go qui n’a pas évité la deuxième vague et qui réduit nos vies à la production de leurs profits, une autre voie existe, qui conjugue défense des hôpitaux face à l’austérité, réorganisation de la société en fonction des besoins, mobilisation communautaire des usagerEs, des associations et des professionnelEs de santé, dans une lutte commune contre le Covid, mais aussi pour l’ensemble des droits.