L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

Hebdo L’Anticapitaliste - 584 (30/09/2021) - levée des brevets sur les vaccins anti-covid : mobilisation internationale

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Une balance bénéfice-risque favorable qui devrait convaincre les hésitantEs

Commission santé sécu social du NPA

Réaction populaire contre les mensonges du capital et les scandales de Big Pharma, la défiance vaccinale tue, en Martinique, en Guyane, et dans les quartiers populaires.

Contre le capitalisme de surveillance, contre les suspensions de personnels hospitaliers, nous refusons le pass sanitaire. Au nom des libertés, mais aussi parce qu’il est incapable de construire l’adhésion à la vaccination anti-covid, notamment des plus fragiles face à un virus de classe. Alors si nous défendons le droit individuel de dire non à la vaccination, nous voulons surtout convaincre de la balance bénéfice-risque favorable des vaccins anti-covid. Pour construire la liberté collective retrouvée grâce à la vaccination universelle, contre tous les anti-vax, contre Macron et les capitalistes de Big Pharma, leurs brevets et leurs profits qui privent les pays pauvres de vaccins.

Des précédents historiques
L’alimentation, la qualité de l’air, de l’eau, l’aération des bâtiments… nos luttes, sont les éléments centraux qui ont permis l’allongement de l’espérance de vie. Mais nous savons aussi que les vaccins jouent un rôle spécifique, qui fait que nous défendons le principe de la vaccination. Un exemple, en 1916, le service de santé des armées suivait comme le lait sur le feu la typhoïde, grande faucheuse de soldats. 66 000 cas et 11 000 décès cette année-là parmi les militaires français ! Difficile de prétendre qu’en 1918, les soldats étaient en meilleure santé, et pourtant, avec le début de la vaccination anti-typhoïde, il n’y avait plus en 1918 que 650 cas et quasiment aucun décès. À l’opposé, après la publication du Dr Wakefield, qui avait falsifié ses résultats pour démontrer un prétendu lien entre autisme et vaccination contre la rougeole, les parents américains refusèrent de vacciner leurs enfants. Le taux de couverture passa en dix ans de 92 % à 42 %. L’épidémie repartit avec son cortège de morts. Et l’autisme ne régressait pas ! Toutes les études indépendantes de suivi de milliers d’enfants autistes démontrent qu’il n’y a pas de différence en matière de vaccination ROR. Et pourtant les anti-vax continuent à colporter le mensonge Wakefield. Alors qu’il existe un vaccin efficace, qui sauve plus d’un million de vies tous les ans, 140 000 enfants meurent encore chaque année de la rougeole dans le monde. Fake news des anti-vax et austérité dans le tiers monde, main dans la main, contribuent à cette triste réalité !

Établir une balance bénéfice-risque pour chaque vaccin

Si nous défendons le principe de la vaccination, cela ne veut pas dire que tous les vaccins sont bons tout le temps. Le NPA a par exemple dénoncé, avec les familles philippines, le scandale du vaccin Dengvaxia de Sanofi contre la dengue. Mal testé, vendu au Brésil, en Thaïlande et aux Philippines avant même les résultats de phase 3, il multiplie les risques de forme hémorragique de la dengue chez les enfants. De même, face au doute raisonnable sur l’aluminium vaccinal, nous souhaitons la mise à disposition de vaccins sans aluminium et le financement d’études complémentaires.

Pour chaque vaccin, nous devons établir une balance bénéfice risque. Cette méthode n’a pas été imposée par Big Pharma, comme le prétend le professeur Raoult. Au contraire, après le scandale des 12 000 bébés nés sans bras, au tournant des années 1960, après la mise sur le marché sans essais de la thalidomide, ce sont les mouvements citoyens et de consommateurs américains, notamment Public Citizen, qui ont imposé la réalisation d’essais cliniques fort chers aux laboratoires. Le scandale, c’est que les États se sont empressés de confier ces essais… aux laboratoires eux-mêmes ! Alors qu’ils auraient dû être payés par les labos, mais confiés à des organismes publics indépendants. Nous défendons une balance bénéfice-risque appuyée sur la transparence totale des données et le contrôle citoyen.

Qu’en est-il des vaccins anti-covid ?
Alors qu’en est-il de la balance bénéfice-risque des vaccins anti-covid ? Les données sont nombreuses et solides, n’en déplaise aux anti-vax. Le système de santé public britannique, par exemple, a suivi 500 000 ÉcossaisES vaccinés et non-vaccinés, même âge, même poids… et regardé qui est hospitalisé pour covid, qui meurt du covid. Chiffres sans appel, la vaccination prévient 98 % de la mortalité et 90 % des hospitalisations. Avec plus de 4,5 millions de morts recensés, en réalité deux à trois fois plus selon l’OMS, une vaccination universelle, gratuite, effective, qui passe par la fin des brevets et les transferts de technologie des capitalistes de Big Pharma, aurait sauvé des millions de vie. Et évité aussi, en réduisant la multiplication virale, l’apparition d’un variant plus transmissible, le variant delta, qui rend plus difficile à atteindre l’immunité collective ! Face au delta, les vaccins restent très efficaces contre les formes graves de la maladie (93 % d’efficacité du Pfizer, étude Israël). Mais ils sont moins efficaces pour éviter de développer une forme simple du covid, qu’ils évitent encore à 42 % (Pfizer) ou 76 % (Moderna). Avec le delta, le risque pour les vaccinéEs, c’est moins d’arriver en réa… que de transmettre le covid à des personnes non-vaccinées, pour qui cela sera beaucoup plus grave !

Des chiffres sans appel
Les fachos de Philippot, les anti-vax de Réaction 19 ou de Réinfo­covid en concluent : on vous l’avait dit, vacciné ou pas, tout le monde transmet, c’est pareil. Donc vaut mieux pas se faire vacciner ! En fait les chiffres, même avec le delta, montrent que ce n’est pas pareil ! Du 31 mai au 11 juillet 2021, les statistiques de la Dress montrent que 85 % des entrées en soins critiques et 78 % des décès concernent des non-vaccinés. C’est bien grâce à la vaccination que le variant delta n’a pas causé en France « métropolitaine » une explosion épidémique, comme aux Antilles, en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, alors qu’il est deux fois plus contagieux et qu’il multiplie par deux les risques de réanimation. Aux Antilles, 80 % des hospitalisés étaient non-­vaccinés, dont 40 % de moins de 40 ans ! Notre conclusion à nous, c’est que si le vaccin sauve des milliers de vie, face à la transmission accrue du delta, il est insuffisant, et qu’il faut continuer à y associer, pour les vaccinés et les non-vaccinés, le maintien des gestes barrières. Une critique de plus contre le pass sanitaire, qui sonne comme un permis d’oublier ces fameux gestes barrières.

Nous sommes des individus qui faisons société
Le vaccin me protège bien, mais en fait il protège aussi les autres. Nous sommes des individus qui faisons société ! Une réalité que le capitalisme, qui favorise l’individualisme en détruisant les solidarités, les biens communs, nous fait tous les jours oublier. Nous serions des individus libres dans un marché libre. Nous ne devrions évaluer que notre balance bénéfice-risque individuelle, toute notion de balance bénéfice-risque collective devenant suspecte. En 1933, Charles Nicolle nous disait au contraire : « La connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires »1. C’est aussi ce que nous enseigne la vaccination contre le covid. Un exemple, que fournit l’épidémiologiste, mais aussi syndicaliste Sud-recherche, Samuel Alizon, qui a calculé que la vaccination a permis d’épargner 50 000 vies en France, entre le 1er janvier et le 20 août. Mais par quel mécanisme ? Il note « [que] si la protection contre les formes graves est intéressante au niveau individuel, d’un point de vue épidémiologique, c’est le fait d’empêcher la transmission qui permet d’éviter le plus de passages en réanimation ». En effet, les vaccinés transmettent 12 fois moins que les non-vaccinés (étude Pasteur), 10 fois moins dans l’étude Colorado. Face au variant delta, ce chiffre pourrait descendre à quatre fois moins seulement. Le vaccin est donc bien un…bien commun, et pas seulement un choix individuel.

Limiter la vaccination aux plus âgés, aux porteurs de pathologies lourdes, c’est penser qu’on peut isoler une partie de la population, c’est ne pas comprendre ce mécanisme collectif, qui est en fait le plus efficace, mais c’est aussi laisser se multiplier le virus. Au risque de variants avec plus de contagiosité, et les dernières études le démontrent : deux fois plus de risques de finir en réanimation avec le delta, y compris chez les plus jeunes. Un pari perdant sur tous les tableaux !

Quels risques ?
Le bénéfice individuel et collectif est bien établi, mais qu’en est-il des risques ? Après vaccination, de rares cas d’allergies graves (un sur 100 000 injections avec les vaccins à ARN), de thrombophlébites, de myocardites ont été notamment signalés par la pharmacovigilance, qui rend publiques les déclarations deux fois par mois. Cela a suffi à Laurent Mucchielli pour exiger l’arrêt de la vaccination, confondant sciemment déclaration à la pharmacovigilance pour enquête et effet secondaire causé par le vaccin. Or concordance temporale n’est pas causalité. Par exemple, si un million de personnes reçoivent un placebo à la place du vaccin, on observerait dans les six semaines 1 à 7 décès, 2 à 5 cas de paralysie progressive ascendante, 30 à 90 cas de névrite optique. On ne va pas dire que cela est dû à l’eau salée du placebo. Donc toute la question est de pouvoir imputer ces effets secondaires à la vaccination, et pas à la temporalité. Prenons l’exemple du sur-risque de thrombophlébite lié à l’Astra-Zeneca : 53 cas dont 13 décès lui ont été attribués dans la première étude française, pour 6,56 millions d’injections. Donc un signal réel, mais rare. De plus une étude récente de suivi de 29 millions de personnes, par le service public de santé britannique, démontre que le risque de thrombose est 200 fois plus important après infection covid qu’après vaccination ! Encore améliorée par la décision de ne pas utiliser ce vaccin chez les moins de 55 ans, où ce sur-risque a été majoritairement noté, la balance bénéfice-risque reste donc très favorable.