L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

Hebdo L’Anticapitaliste - 613 - (28/04/2022) - Confrontée au féodalisme, grève à l’Ehpad du château de Neuville

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Une délégation du comité NPA du Val-d’Oise s’est rendue à l’Ehpad de Neuville-sur-Oise en région parisienne pour apporter son soutien aux soignantEs en grève.

Croisée auparavant à l’entrée de l’établissement et s’inquiétant des motifs de notre visite, la directrice de l’établissement a répété cinq fois, « je n’ai rien à vous dire » ! C’est parce que «  tu lui as dit que tu avais l’intention de rédiger un article pour "L’Anticapitaliste", l’énoncé de ce mot l’a terrifié » nous a affirmé une gréviste de la CGT !

La mobilisation
Tous les après-midis, une dizaine de grévistes, toutes des femmes, tiennent un piquet de grève devant les grilles du château. Nous avons discuté avec elles de leur lutte et des pratiques hallucinantes de la direction du groupe familial Epinomis, propriétaire du château de Neuville et de trois autres Ehpad dans le Val-d’Oise.

Le 23 décembre 2021, la direction de l’Ehpad a envoyé aux infirmières une lettre recommandée qui leur imposait un changement de leurs horaires de travail. Elles devaient travailler plus pour gagner moins, un planning qui « allait changer leur vie ». Dès lors, le dimanche matin de 7 h à 10 h, une seule infirmière devait s’occuper des 90 résidentEs présents1. Les militantes de la CGT se sont adressées à l’Agence régionale de santé, à l’inspection du travail, à la médecine du travail, pensant qu’au bout de deux ou trois jours, « tout allait être réglé ». Mais cela n’a pas été le cas et, le 3 janvier, la grève a débuté. Elles refusent ce planning, qui a pour conséquence le risque de maltraitance des résidentEs de la maison de retraite médicalisée et elles ne supportent pas leur direction très autoritaire. Le 19 avril, lors de notre rencontre avec les grévistes, c’était leur 107e jour de grève !

Le management par le harcèlement patronal
Tous les prétextes sont bons pour accuser et sanctionner les déléguéEs CGT du CSE. Quelques exemples : la direction a reproché à des élues du personnel d’avoir déplacé des chaises pour s’asseoir dans la salle où se tenait la réunion du CSE. Une déléguée du personnel a été sanctionnée pour avoir envoyé à l’adresse personnelle d’une collègue un document par fax alors qu’elle n’avait pas encore d’adresse spécifique au titre d’élue. Une salariée a été mise à pied de juin jusqu’à fin juillet pour avoir révélé aux résidentEs la décision de la direction de ne plus servir de fruits le matin. Ces sanctions ont été retoquées par l’inspection du travail mais, à leur retour de vacances, ces mises à pied ont été prolongées jusqu’à fin novembre. L’inspection du travail a de nouveau annulé cette sanction. La direction n’en a cure et continue à provoquer le personnel gréviste : dépôts de plaintes pour harcèlement, mesures de représailles sur les résidentEs des familles qui soutiennent les grévistes. Des salariéEs ont été privés de leur congés et n’ont pu les récupérer que récemment. La direction refuse la consultation du CSE. La directrice a osé dire à l’inspecteur du travail que « le code du travail ne l’arrange pas ». Le maire de la ville (divers droite) a voulu imposer des contraventions aux grévistes membres du personnel propriétaires des voitures stationnées devant l’Ehpad, et a interdit l’accès aux toilettes de la mairie. Des affiches de non-grévistes (« Ni maltraitées ni maltraitantes, stop aux mensonges ») ont été posées sur les murs extérieurs du château, les grévistes ont décidé de ne pas les retirer car des passantEs ont été outrés par ces méthodes et ont fait part de leur solidarité.

D’autres soutiens

Des piétons et des voitures s’arrêtent devant le piquet de grève pour manifester leur soutien aux grévistes. Malgré le courrier reçu de la direction de l’Ehpad avec des propos médisants envers les grévistes, des habitantEs de la ville continuent à soutenir le personnel en lutte. Il n’y a qu’une seule animation pour les résidentEs par mois, mais la messe a lieu toutes les semaines ! Le curé, sensible à la cause du personnel et lucide sur les pratiques de l’établissement, a demandé l’intervention de l’évêque qui a rencontré la directrice générale pendant une heure et demie. Mais le personnel n’a pas su ce qu’il se sont dit. Secret de la confession ? L’USP CGT de la santé a soutenu le mouvement depuis le début, les collègues de l’Ehpad du même groupe à Compiègne les soutiennent et se sont syndiquées. Et plusieurs organisations politiques sont venus les soutenir : LO, PCF, NPA. Une caisse de solidarité avec les grévistes a été créée2.

Quelle issue ?
Les grévistes espèrent que l’enquête de niveau trois, la plus approfondie, diligentée par l’ARS, ainsi que les investigations de l’inspection du travail, leurs seront favorables. Mais elle ne sont pas inquiètes pour leur avenir car elle savent qu’elles ne subiront pas le chômage, d’autres Ehpad leur ont déjà fait des propositions d’embauche, mais elles restent mobilisées « pour dénoncer ce système totalement fou, et pour nos aînéEs capitalisés et rentables qui ne leur servent qu’à gagner de l’argent ».

Non à l’or gris !
Il n’y a pas que de grands groupes privés comme Orpéa ou Korian qui réalisent des profits importants. Ce marché sur le dos de nos aînéEs attire aussi de plus petits requins comme le groupe Epinomis qui engrangent des profits importants : à l’Ehpad du Château de Neuville, les chambres sont louées entre 3 500 et 7 000 euros par mois sans compter les prestations complémentaires (entretien du linge personnel, d’hygiène, sorties proposées, événements jour exceptionnels...)3 mais le budget consacré aux repas (petit déjeuner, déjeuner, goûter, dîner et boissons) est limité à 5,80 euros par jour et par personne. Antoine Liogier le propriétaire des quatre Ehpad du groupe Epinomis a acheté aux enchères, en septembre 2020, la prison de Compiègne pour 1,53 million d’euros, dans le but de créer des logements. Le montant des travaux est estimé à 5 millions...


1.Selon les travaux de la Fédération hospitalière de France (les directeurs d’hôpitaux), le ratio de personnels soignants devrait être de 60 soignantEs pour 100 résidentEs pour assurer une toilette chaque jour, et un bain tous les 15 jours.
2.Pour faire un don : chèque à l’ordre « USD CGT Santé », à envoyer à Fédé CGT santé, 26 rue Francis Combe 95000 Cergy.
3.Source : https://www.residences-e…