L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

Hebdo L’Anticapitaliste : En cette rentrée, la crise des hôpitaux continue de s’aggraver

il y a 3 mois, par infosecusanté

L’ Anticapitaliste Hebdo : En cette rentrée, la crise des hôpitaux continue de s’aggraver

Hebdo L’Anticapitaliste - 580

(02/09/2021)

C’est dans les «  départements et territoires d’outre-mer  » que la situation sanitaire est la plus catastrophique. En raison d’une vaccination importante, en particulier chez les personnes susceptibles d’être hospitalisées, les hôpitaux de «  métropole  » ne sont pas saturés au même niveau, mais ils sont mal-en-point car la destruction du système de santé menée par les gouvernements successifs se poursuit. Un an après la mascarade du «  Ségur de la santé  », les conséquences de la politique de Macron/Véran sont là  : le personnel est lessivé par 18 mois de crise sanitaire mais ne reste pas sans réagir en se mobilisant dans plusieurs établissements.

Avec l’apparition du variant Delta et le regain du covid, les services déjà en sous-effectif ne parviennent plus à fonctionner et le personnel épuisé tombe malade. Il règne dans de nombreux hôpitaux une atmo­sphère de chaos. Les directions déclenchent dans de nombreux hôpitaux le «  plan blanc  » qui permet des déprogrammations d’activités et le rappel du personnel en congé ou leur maintien en activité même s’ils ont démissionné.

Des témoignages qui reflètent l’état des hôpitaux en France et dans les colonies
– Le 15 août, en raison du sous-effectif des urgences de l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois (93), les soignantEs du service des urgences ont dû doubler leur temps de travail de 12 heures supplémentaires soit 24 heures d’affilée. 70 % des soignantEs des urgences se sont déclarés en arrêt de travail. Ils et elles ont dénoncé la maltraitance infligée aux patientEs, faute de moyens et d’effectifs suffisants. Un exemple  : pour libérer de la place, un patient en salle de déchoquage a été installé dans le couloir sans surveillance alors qu’il aurait dû être installé dans un autre service qui était complet. La réponse de la direction  : «  Changez de métier, si vous n’êtes pas capable de gérer une situation de crise  ».

– L’hôpital de Saint-Denis a stoppé toutes ses activités habituelles pour n’être plus qu’un «  hôpital Covid  ». Comme dans bien d’autres hôpitaux les soignantEs doivent donner des soins inhabituels pour lesquels ils et elles ne sont pas qualifiés, ce qui peut avoir des conséquences graves pour les patientEs.

– Au CHU de Tours, le personnel soutenu par les syndicats CGT, FO et SUD a exprimé sa colère dans la rue le 19 août. Des témoignages affligeants ont été entendus. Rappelant que les syndicats sont opposés au pass sanitaire et à l’obligation de la vaccination, une représentante de SUD a dénoncé la situation «  Il faut montrer un pass sanitaire ne serait-ce que pour aller chercher un sandwich. Et puis on stigmatise les soignants en prétendant que ce sont eux qui propagent le virus alors qu’à l’automne on les envoyait travailler même quand ils étaient atteints du Covid  ».

– À la Pitié-Salpêtrière, un hôpital de l’AP-HP1, plus de 400 lits, sur environ 1 600, ont été fermés depuis des mois en grande partie à cause du manque de personnel et en raison des congés.

Les plus défavorisés sont les plus atteints
– Le CHU de Marseille (AP-HM2) est particulièrement impacté par la pandémie. Les habitantEs des quartiers nord sont les plus nombreux en réanimation. Des malades sont transférés vers d’autres hôpitaux, jusqu’à Strasbourg. Le Samu est aussi débordé avec 3 000 appels par jour contre 2 000 habituellement. La région a un taux d’incidence important (587 pour 100 000 habitantEs), près du double de la moyenne nationale, et 89 % des patientEs en réanimation n’ont pas été vaccinés. Le manque d’information, le déficit de centres de vaccination et de transports en commun, mais aussi certaines vidéos de Didier Raoult mettant en cause la vaccination pourraient expliquer ces chiffres selon le professeur Jouve, directeur de l’AP-HM.

– En Guadeloupe et en Martinique, la situation reste dramatique malgré les renforts venus de métropole. Le taux d’occupation des lits en réanimation a atteint 278 % en Guadeloupe et 535 % en Martinique. Au pic de la contamination, le taux d’incidence en Guadeloupe a été de 2 326 cas pour 100 000 habitants et de 1 202 pour 100 000 habitants en Martinique. Une interne en médecine au CHU de Pointe-à- Pitre a témoigné sur des réseaux sociaux  : «  Visualisez une situation catastrophique semblable à un état de guerre... et vous y serez […]. Bien que des lits soient ouverts constamment nous n’arrivons pas à contenir la vague. […] Des patients attendent plus de 24 h aux urgences dans l’espoir de pouvoir y accéder et décèdent entre-temps, l’oxygène est précieux, des choix sont faits… La situation est grave, la majorité de la population en sortira endeuillée ou affaiblie. […] Nous payons un retard de vaccination […] tout en comprenant les raisons qui ont causé cette défiance...  ». Parmi celles-ci, le Chlordéchone, un pesticide connu pour sa toxicité. Son utilisation pendant plus de 20 ans a eu des effets gravissimes pour la santé des habitantEs et l’environnement, et conduit une défiance sanitaire généralisée contre les autorités. Une plainte a été déposée en 2006 mais ces faits restent impunis et pourraient être prochainement prescrits.

Les «  héros  » d’hier deviennent les parias d’aujourd’hui, montrés du doigt comme des irresponsables, sans même que l’on cherche à comprendre les raisons de leurs réticences et de leur colères. Le 15 septembre les soignantEs devront présenter leur pass sanitaire pour pouvoir travailler dans leur établissement, à défaut ils et elles seront sanctionnés. Le personnel est inquiet et certains envisagent de démissionner. Cela ne fera qu’aggraver la crise des hôpitaux. Nous serons au côté des agentEs pour les défendre contre la répression car l’obligation de la vaccination est contre-productive et il est préférable de convaincre plutôt que de contraindre.

1.1 – Assistance publique-hôpitaux de Paris.
2.2 – Assistance publique-hôpitaux de Marseille.