Coronavirus-2019nCoV

JIM - 2019-nCoV : l’épidémie et l’inquiétude se propagent

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Pékin, le lundi 27 janvier 2020

Le monde vit désormais au rythme des bilans épidémiologiques livrés par les autorités sanitaires chinoises.

Ce matin, elles annoncent que l’épidémie de pneumopathie à 2019-nCoV a causé la mort de 80 personnes en Chine et que 2744 cas ont été confirmés biologiquement (par séquençage du virus) dans l’ensemble du pays. Elles signalent en outre que « la capacité de propagation du virus s’est renforcée » tout en tentant de rassurer : cet agent pathogène n’est pas « aussi puissant que le SRAS ».

Ce point de situation s’accompagne de nouvelles mesures coercitives. Ainsi, la république populaire a décidé d’étendre la période de congés du Nouvel An jusqu’au 2 février.

Les décisions de restriction de circulation se sont également multipliées ces dernières heures et plusieurs grandes villes du nord du pays dont Pékin ont annoncé la suspension des lignes d’autocars longue distance qui les relient au reste du pays. Dans l’est, la province du Shandong (100 millions d’habitants) a fait de même.

Le port du masque de protection a également été imposé dans plusieurs provinces, notamment au Guangdong, la plus peuplée du pays (plus de 110 millions d’habitants).

Dans ce contexte, le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) se rendra aujourd’hui en Chine pour discuter avec les autorités des moyens de contenir l’épidémie, alors que l’institution sanitaire internationale n’a pas encore classé cette flambée dans les « urgences de santé publique internationale ».

Arborant une blouse bleue et un masque de protection, le Premier ministre chinois Li Keqiang est quant à lui le premier potentat du régime chinois à s’être rendu dans la ville de Wuhan, épicentre de l’épidémie, cœur battant d’une région de 50 millions d’habitants où le temps semble s’être arrêté. Cependant, la décision de mise en quarantaine de la ville est intervenue après le départ de cinq millions de personnes en prévision du Nouvel an chinois ce qui accroit la crainte d’une diffusion de l’épidémie, relève le maire, Zhou Xianwang.

Wuhan : les étrangers pris au piège
Si l’aéroport de Wuhan est à l’arrêt, de nombreux pays prévoient d’évacuer leurs ressortissants, tandis que 43 cas ont déjà été recensés hors de Chine*. Les États-Unis sont ainsi en train d’organiser le rapatriement de leur personnel diplomatique et d’autres de leurs citoyens bloqués à Wuhan, où se trouve un consulat américain. Washington espère ainsi faire partir un vol direct de Wuhan vers San Francisco, dès demain, malgré les difficultés logistiques liées à la suspension de l’activité normale de l’aéroport et aux conditions de sécurité sanitaire à mettre en œuvre lors de l’arrivée des passagers.

Concernant les Français, alors que trois cas ont été identifiés en France ces derniers jours et que six sont en attente des résultats biologiques observation, le gouvernement annonce organiser « un rapatriement par voie aérienne directe » des ressortissants présents dans la région de Wuhan. Ce retour devrait se faire « en milieu de semaine », « avec l’accord des autorités chinoises » et sous la supervision d’une « équipe médicale dédiée » a précisé Mme Buzyn à l’issue d’une réunion autour du premier ministre à Matignon. Les personnes rapatriées, volontaires, devront, à leur arrivée, « demeurer dans un lieu d’accueil pendant quatorze jours », période maximum d’incubation estimée, afin d’éviter toute propagation de virus. Le nombre de personnes concernées pourrait « aller de quelques dizaines à quelques centaines », selon la ministre. Une mise en quarantaine dont les détails ne sont pas encore connus et qui pourraient donner lieu à des contestations éventuelles devant les juridictions administratives, si ses fondements étaient considérés comme insuffisamment solides (voir notre autre article du jour sur ce thème : Coronavirus : quels sont nos armes juridiques de lutte contre l’épidémie ?).

Rappelons qu’en cas d’épidémie en France, le confinement (ou « distanciation sociale ») est préconisé par le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique) et doit s’accompagner d’une recherche systématique des cas contacts.
Contrôle systématique dans les aéroports : un « symbole qui ne sert à rien »
Contrairement à d’autres pays, la France n’a pas mis en place de mesures de contrôle aux frontières des passagers venant de Chine, avec vérification systématique de la température corporelle. Cependant, des prospectus ont été distribués aux voyageurs et la température est prise de façon aléatoire, tandis qu’une « équipe médicale d’accueil » a été mise en place à l’aéroport de Roissy, pour prendre en charge des personnes qui présenteraient des symptômes.

Cette décision de ne pas faire (ou cette indécision diront certains) est l’objet de controverses. Des passagers sont les premiers surpris de la "légèreté" du dispositif rapporte l’AFP (Agence France Presse). « Ils nous ont donné des instructions assez sommaires. Il n’y avait pas de questionnaire ni de contrôle de température, ils n’ont même pas demandé d’où on venait en Chine », explique ainsi un passager.

Invitée du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ce dimanche, Agnès Buzyn n’a pas cillé et a expliqué que la France s’était alignée sur les recommandations de l’OMS qui juge « facultatifs » les contrôles de températures à la frontière.

« Nous préférons, et c’est un choix français mais aussi préconisé par des experts européens et de l’OMS avoir des équipes médicales qui attendent les voyageurs et peuvent donner des conseils personnalisés à l’arrivée des avions » a-t-elle commenté, ajoutant encore concernant les contrôles systématiques que « tous les experts s’accordent à dire que c’est une fausse sécurité. C’est un symbole qui ne sert à rien, à part faire plaisir à la population ».

Nombre d’experts soulignent effectivement que le contrôle aux frontières n’est pas une mesure infaillible, car des patients infectés mais ne présentant pas encore de symptômes peuvent ne pas être identifiés. « Il suffit d’avoir pris un peu d’aspirine dans l’avion pour ne pas être détecté », explique encore le ministre en prenant comme exemple le cas des trois patients contaminés en France : « Les trois malades n’auraient pas été repérés par les prises de température » puisqu’ils ont développé leurs symptômes une fois sur le territoire.

Le mot d’ordre reste donc, en France, de garder son sang froid : « le scénario que nous craignions au début, d’une maladie très sévère, est en train de s’éloigner » a ainsi déclaré l’épidémiologiste Daniel Lévy-Bruh, responsable de l’unité des infections respiratoires de Santé publique France.

* Au 27 janvier 2020 : États-Unis : 5, Thaïlande : 8, Australie : 5, Corée du Sud : 4, Japon : 4, Singapour : 4, Malaisie : 4, France : 3, Taiwan : 3, Vietnam : 2, Canada : 1, Népal : 1

Xavier Bataille