Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

JIM - Augmentation des capacités de réanimation : pas une réponse à la circulation du virus…et un objectif difficile à réaliser

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le lundi 12 octobre 2020

Déjà scrutées et fortement interrogées ce printemps, alors que la France faisait face à un important afflux de patients infectés par SARS-CoV-2, les capacités hospitalières, plus particulièrement dans les services de réanimation demeurent aujourd’hui un élément important de la gestion de la crise épidémique. Après avoir annoncé il y a quelques semaines que la France pouvait déployer 12 000 lits de réanimation (ce qui cependant supposerait une totale déprogrammation des autres activités, ce qui n’est aujourd’hui absolument plus souhaitable), le ministre de la Santé, a vendredi signalé le déblocage d’une enveloppe de 50 millions d’euros qui doit permettre de faciliter l’ouverture de 4 000 lits à « à la demande ». Ce dispositif prévu par le Ségur de la Santé est destiné à permettre la création de lits de façon temporaire quand la situation l’exige. Les fonds engagés très rapidement devraient permettre une application du dispositif dès le mois de décembre, (voire avant) a promis le ministre de la Santé. Olivier Véran a encore remarqué, qu’au-delà de la crise sanitaire actuelle, ces sommes déployées pour l’ouverture ponctuelle de lits représentait un changement de paradigme, alors que les années précédentes ont plus certainement été marquées par un mouvement inverse de fermeture de lits.
Même avec 50 000 lits de réanimation, la progression du virus entraînerait la fermeture des restaurants !

Si le gouvernement veut manifester qu’il donne aux hôpitaux les moyens pour affronter la situation épidémique, le ministre de la Santé, Olivier Véran a cependant tenu à préciser : l’objectif n’est pas, grâce à la progression des capacités hospitalières, d’éviter l’adoption de différentes mesures visant à restreindre la circulation du virus. « Depuis quelques jours, je lis et j’entends que si la France avait plus de lits de réanimation, nous ne serions pas obligés de prendre des mesures, parfois dures pour notre vie sociale et économique. Je voudrais dire pourquoi ce raisonnement me heurte. (…) Imaginions qu’il y ait en France 50 000 lits de réanimation. On laisserait le virus se répandre ? Non ! Lors de la 1ère vague, il y a eu près de 20 000 réas et 30 000 décès. Statistiquement, plus il y a de formes graves, de réas, plus il y a de décès. Ce que nous voulons, c’est freiner le virus, éviter les formes graves, limiter les réas et les décès. Au-delà des capacités hospitalières, c’est la vie des Français que nous protégeons » a insisté le ministre sur Twitter. C’est donc une guerre, difficile (vaine considéreront certains compte tenu du caractère quasiment inévitable des infections respiratoires aiguës), que le gouvernement mène aujourd’hui.

Crise des vocations chez les infirmières
Dans cette bataille, les soldats montrent des signes de fatigue, affirment aujourd’hui de nombreuses voix, qui pourraient rendre complexe, en dépit des sommes engagées, le déploiement de capacités supplémentaires. Dans le Quotidien du médecin, le président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), le professeur Rémi Salomon, évoque l’épuisement des personnels. L’Ordre des infirmiers a également lancé l’alerte, en présentant les résultats d’une consultation qui a concerné près de 60 000 infirmiers. L’enquête suggère que près de 57 % des personnes interrogées seraient en « situation d’épuisement professionnel ». Ce sondage révèle encore que 43 % des infirmiers considèrent que « nous ne sommes pas mieux préparés collectivement pour répondre à une nouvelle vague de contaminations ». Une véritable crise des vocations se dessine dans cette consultation : ainsi 40 % des personnes sondées indiquent qu’elles réfléchissent à changer de métier.

Des chevilles ouvrières sans filet
Les conditions de travail liées à l’épidémie de Covid n’ont pu que renforcer un malaise qui était déjà présent auparavant. Les rumeurs à l’AP-HP d’une possible annulation des congés des personnels hospitaliers pendant les vacances de la Toussaint contribuent ainsi inévitablement au désarroi des personnels. De même le fait que dans certains services, notamment à Nantes, des personnels testés positifs, mais asymptomatiques sont encouragés à travailler (avec l’assentiment du Haut conseil pour la santé publique) compte tenu de la rigueur des mesures barrières observées à l’hôpital favorise également un sentiment de vulnérabilité des infirmiers.

Ainsi, si l’augmentation des capacités hospitalières ne peut être considérée comme une réponse directe face à l’épidémie, ce n’est pas uniquement pour des raisons philosophiques, mais aussi pragmatiques, compte tenu du manque certain de personnels soignants. Ainsi, un tiers des infirmiers salariés considèrent être « en effectifs réduits par rapport à la normale » et deux tiers assurent que leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la crise.

Aurélie Haroche