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JIM - Bronchiolite : quasi saturation de certains services de réanimation pédiatrique : comme un air de déjà-vu

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Paris

, le mercredi 24 novembre 2021

L’accalmie n’aura été que de courte durée. Les vacances de la Toussaint ont entraîné une diminution de l’activité liée à la bronchiolite dans les services d’urgences et de réanimation pédiatriques. Ainsi, au cours de la semaine du 8 au 14 novembre (celle de la rentrée), les passages aux urgences ont décru de 22 % par rapport à la période précédente et les hospitalisations après ces consultations de 21 %. Cependant, tous les services notent depuis près de huit jours un véritable rebond : de fait la fréquentation des urgences a cru de 9 % et les hospitalisations de 7 % entre le 15 et le 21. Or, l’ampleur de cette reprise inquiète compte tenu de la hauteur du premier pic : 4 000 passages hebdomadaires aux urgences et 1 500 hospitalisations, soit un plateau deux fois plus élevé qu’en 2019. « On se demande forcément jusqu’où va s’élever le second pic qui monte habituellement bien plus haut » observe dans les colonnes de Libération, le professeur Stéphane Dauger, chef du service de réanimation de l’hôpital Robert Debré à Paris.

Des patients plus jeunes qu’habituellement
Outre cette crainte concernant le nombre de jeunes patients qui pourraient devoir être pris en charge simultanément et alors que l’épidémie a connu une précocité inhabituelle, les spécialistes observent que les enfants sont beaucoup plus jeunes que lors des épidémies précédentes, quelques jours plutôt que quelques mois. Alors que les experts redoutaient que la « dette immunitaire » liée à la situation de l’hiver précédent, au cours duquel les VRS ont peu circulé notamment grâce aux confinements et aux mesures « barrières » bien appliquées, entraîne une contamination des enfants de quelques mois, mais aussi de deux ans, la part importante des nouveau-nés concernée surprend. Elle préoccupe d’autant plus que les intubations sont plus délicates chez ces très petits. Des analyses virologiques sont en cours pour tenter de mieux comprendre ce phénomène.

Des lits qui restent fermés malgré la hausse des demandes
Mais quel que soit l’âge des nourrissons, le risque de saturation est similaire (si ce n’est que des enfants plus jeunes ont plus de risque d’être hospitalisés plus longtemps). Ainsi, le 17 novembre, tous les lits du service de réanimation de l’hôpital Robert Debré étaient occupés, dont la moitié par des enfants atteints de bronchiolite. Même scénario au CHU Brabois dans la banlieue de Nancy et dans un nombre croissant d’établissements en France, qu’il s’agisse de la réanimation ou de la pédiatrie. Il faut dire que dans de nombreuses unités certains lits ne peuvent ouvrir en raison du manque de personnel, même si la pédiatrie n’est pas toujours le secteur le plus touché par les désaffections. On compte par exemple un tiers des lits de réanimation pédiatrique fermé à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine). Conséquences, les refus de prise en charge se multiplient et des transferts doivent être organisés.

Une maladie chronique jamais traitée

Difficile cependant d’incriminer la crise sanitaire. Les difficultés hivernales en pédiatrie sont récurrentes comme le résume dans Le Monde, le directeur du pôle enfants-néonatologie du CHU de Nancy, Cyril Schweitzer : « On a l’habitude de gérer cette situation de saturation tous les hivers, mais ce n’est pas pour autant qu’on est équipés pour ». « Ça nous arrive régulièrement d’être à plus de 100 % de notre capacité d’accueil : ce n’est plus conjoncturel, ça devient structurel », confirme Noël Boussard, chef des réanimations. Aussi, on pousse les murs en déprogrammant certaines interventions et en transférant les plus de 16 ans vers les urgences adultes, solutions que déplorent pourtant les spécialistes. Cependant, en dépit du caractère chronique de cette situation, certains craignent que cet hiver où les équipes seront invitées à renforcer leurs efforts et alors que parallèlement les urgences en pédopsychiatrie explosent contribue à des départs massifs. « Tout le monde va serrer très fort les dents. Mais quand les épidémies hivernales seront terminées, qu’est-ce qui va convaincre mon personnel pédiatrique de rester ? », s’interroge ainsi à Robert Debré le chef du service des urgences Luigi Titomanlio.

Dans un tel contexte, les services de pédiatrie sont nombreux à prévenir : ils ne pourront plus soutenir les équipes de réanimation adulte, en cas de tensions nouvelles liées à la Covid. Certains justifient leur réticence par des considérations éthiques ; Noël Broussard indique ainsi refuser de mettre en danger des enfants pour prendre en charge des adultes non vaccinés.

Aurélie Haroche