L’hôpital

JIM - Démissions collectives à Toulouse pour dénoncer la « maltraitance administrative »

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Paris, le lundi 18 novembre 2019 –

La manifestation de défense de l’hôpital public du 14 novembre a été largement suivie partout en France. Cependant, on le sait, dans certains établissements, notamment à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), un dialogue constructif a pu s’établir entre les personnels des urgences et les directions pour aboutir à des accords qui s’ils ne sont pas considérés comme parfaitement suffisants, témoignent néanmoins d’une volonté d’écoute. Dans d’autres localités, cette dernière apparaît absente.

Quand l’hiver s’arrête trop tôt
Ainsi la mobilisation du 14 novembre a été précédée à Toulouse par la démission de toutes leurs activités administratives de deux chefs de pôle et de dix chefs de service de l’hôpital des enfants (CHU). Les professeurs Jérôme Sales De Gauzy et Yves Chaix ont été à l’origine de ce mouvement. Les deux praticiens et leurs confrères dénoncent une surcharge de travail principalement institutionnelle et évoquent une « maltraitance administrative ». Si la multiplication des tâches annexes aux soins est déplorée depuis plusieurs années par les praticiens du CHU de Toulouse (et au-delà dans la France entière), l’exaspération a trouvé son apogée avec le rejet par l’Agence régionale de Santé (ARS) d’un plan dédié à la prise en charge des épidémies saisonnières. Ce programme était prometteur d’une véritable amélioration des soins (selon les praticiens) et devait permettre de limiter les situations les plus critiques. Cependant, sans explication claire, l’ARS a choisi de rejeter ce programme qui semblait pourtant faire consensus. Pire, les autorités ont indiqué que les actions spécifiques déployées pour répondre aux épidémies hivernales seraient interrompues à partir du mois de février, alors que les données épidémiologiques plaident plutôt pour leur maintien jusqu’en avril. Ce mépris de la réalité et cette mise en danger des jeunes patients a représenté l’affront de trop pour les praticiens du CHU qui ont utilisé l’arme de la démission pour manifester leur colère. Parallèlement à cette fronde des responsables, plusieurs internes ont dénoncé publiquement leurs difficultés à offrir des soins corrects aux jeunes enfants, tandis que deux ont fait jouer leur "droit au remords".

Augmentation du nombre de patients mais pas des moyens
« Nous n’avons plus les moyens de soigner nos petits patients et nous ne pouvons plus le cautionner », écrivent ces médecins dans une lettre ouverte, alors qu’un praticien énumère : « Fermetures de lits, infirmières de remplacement non formées pour soigner des enfants... On n’arrive plus à travailler ». A Toulouse comme ailleurs, les difficultés sont notamment liées à une augmentation de la fréquentation des urgences pédiatriques, sans progression parallèle des moyens. « La population pédiatrique augmente à Toulouse ce qui se traduit par plus de passages à l’hôpital des enfants et aux urgences pédiatriques et comme il n’y a pas assez de médecins urgentistes, on nous demande, tous les hivers d’assurer une demi-garde de 18 heures à minuit pour aider les collègues urgentistes en plus de nos gardes classiques. Malgré ça, il y a toujours des enfants dans les couloirs » déplore le collectif de l’Hôpital des enfants.

Ainsi, à Toulouse, comme ailleurs, les annonces qui doivent être dévoilées mercredi par le Premier ministre pour renforcer les moyens de l’hôpital public sont attendues avec autant d’impatience que de vigilance.

Léa Crébat