Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - Impatiente de préparer l’été, l’Europe s’émancipe timidement des indicateurs épidémiques

28 avril, par Info santé sécu social

Paris, le mardi 27 avril 2021

En France, de nombreux épidémiologistes et médecins observent la situation actuelle avec un mélange de circonspection et de consternation. Après avoir rouvert hier ses écoles maternelles et primaires à tous les enfants (sans faire le choix de demi-jauges), le pays prépare un plan prudent de reprise partielle des activités suspendues.

Pourtant, la situation épidémique demeure critique : le nombre de morts hospitaliers oscille autour de 300 par jour et 6 000 personnes en soins critiques souffrent de Covid (ce qui dépasse les capacités initiales en lits de réanimation), tandis que l’incidence nationale est très élevée (306 pour 100 000 habitants). La décrue constatée depuis une dizaine de jours est en outre très lente.

L’incrédulité de l’Allemagne
Vu d’ailleurs, ce choix de la France suscite également l’interrogation. Le journal allemand Die Zeit s’étonnait ainsi hier de voir son voisin « déconfiner » à « plus de 100 » (référence au taux d’incidence qui outre-Rhin conditionne le maintien de nombreuses mesures et même l’application depuis quelques jours d’un couvre-feu). Cependant, d’autres pays semblent obéir à une tentation similaire en dépit d’une situation sanitaire loin d’être optimale. Dans les états du sud de l’Europe, il s’agit notamment de sauver la saison estivale alors que les économies ont si durement pâti de l’année qui vient de s’écouler. Plusieurs états semblent également vouloir apaiser une population qui exprime de plus en plus son impatience.

Préparer l’été, préoccupation majeure
Si l’on se réfère à la carte établie par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, le nombre de cas au cours des quinze derniers jours dans l’Union européenne ne permet qu’à la seule Finlande d’être classée « vert ». Une grande partie de la France est en rouge, ainsi que la Belgique et les Pays-Bas. L’orange domine le reste de l’Europe à l’exception du Portugal en jaune.

Pourtant, l’Italie voit depuis hier ses terrasses de café et de restaurant servir le midi et même le soir, bien qu’un couvre-feu demeure encore appliqué. Par ailleurs, cinémas et salles de spectacle peuvent accueillir la moitié de leurs spectateurs habituels. Le calendrier échelonné de la réouverture des autres lieux encore fermés court jusqu’en juillet. Cependant, l’Italie continue à recenser plus de 300 morts par jour de la Covid et la pression hospitalière n’offre guère de répit aux équipes. Le gouvernement ne s’en cache pas : il souhaite pouvoir préparer la saison estivale.

L’impatience est la même en Espagne où les lieux de convivialité sont pour leur part ouverts depuis de nombreux mois. Dans un des pays d’Europe les plus endeuillés, la fin de l’État d’urgence est prévue le 9 mai, ce qui devrait signifier la fin de l’interdiction des déplacements inter-régionaux. De plus dans ce haut lieu du tourisme, la quarantaine n’est imposée pour aucun des voyageurs arrivant dans le pays, mais des tests PCR sont néanmoins évidemment exigés.

La Grèce est sur cette même ligne, qui projette à partir du 14 mai de mettre fin à la quarantaine obligatoire de sept jours pour tous les voyageurs de l’Union européenne.

Risque calculé sous la pression de l’opinion
Même scénario en Suisse, en Belgique ou aux Pays-Bas. Dans ces pays, c’est également la pression de la population qui a poussé les gouvernements à des réouvertures partielles. La Suisse a en effet été marquée ce week-end par la tenue à Genève d’une manifestation pourtant non autorisée, ce qui constitue une première depuis de longues années et qui est interprété comme un signe de l’épuisement des populations.

C’est donc avec une incidence stable autour de 326 cas pour 100 000 habitants que musées et terrasses retrouvent leur public.

En Belgique, où les terrasses ont rouvert depuis hier et où il n’est plus nécessaire de prendre rendez-vous pour se rendre dans un magasin, la pression hospitalière reste élevée. Ainsi, le pays ne compte pas plus de 82 lits de soins critiques inoccupés et des transferts de patients ont encore dû être réalisés ce vendredi vers l’Allemagne. Mais la pression de l’opinion publique et de certains secteurs d’activité ont eu raison du maintien au même niveau des contraintes sanitaires.

Aux Pays-Bas voisin, le premier ministre Mark Rutte qui suit une voie assez proche a admis il y a huit jours que le pays allait prendre un « risque calculé », avec suppression du couvre-feu et réouverture des terrasses de 12 à 18 heures.

Réserve allemande
Dans cette Europe qui s’émancipe peu à peu des indicateurs épidémiques, on observe quelques exceptions notables. Si le Portugal déconfine lui aussi de façon très prudente, c’est en se basant sur une épidémie dont la décrue est bien plus significative qu’en France : le taux d’incidence ne dépasse pas 34 pour 100 000. Aussi, après les terrasses, ce sont désormais l’intérieur des restaurants et des bars et des centres commerciaux qui peuvent de nouveau accueillir du public.

Enfin, en dépit de la pression de sa population et de tensions de plus en plus fortes entre le pouvoir central et les gouvernements des Länder, l’Allemagne qui a vu récemment son taux d’incidence repasser au-dessus de 100/100 000 choisit, à front renversé de tous ses voisins, de renforcer ses mesures, en imposant notamment un couvre-feu national.

Lenteur vaccinale : le talon d’Achille majeur de l’Europe
Cependant, l’espoir de l’Allemagne est comme partout ailleurs de pouvoir bénéficier des résultats de la vaccination. Aussi, dans ce cadre, Angela Merkel vient-elle de promettre qu’en juin au plus tard, la vaccination sera ouverte à tous les adultes (sans conditions d’âge ou critères de santé).

Parallèlement à cette généralisation très attendue, les Länder souhaitent qu’une plus grande liberté soit accordée aux personnes vaccinées.

C’est ce que plaide notamment le président bavarois Markus Söder « Il faut adresser aux gens le signal que se faire vacciner vaut le coup ».

Les discussions, houleuses, sont encore en cours sur ce point. Le frein est notamment que les taux de vaccination sont encore trop restreints, en Allemagne comme dans le reste de l’Europe. Selon Guillaume Rozier (Covid Tracker), la France et l’Europe ont ainsi un mois et demi de retard par rapport aux Etats-Unis, deux mois et demi comparativement à la Grande-Bretagne et trois mois-demi au regard de la situation israélienne.

Cependant, malgré leurs efforts et face aux problèmes complexes et répétés d’approvisionnement, les gouvernements européens peinent à accélérer le rythme. Pourtant, à quelques semaines de l’été, et alors qu’Ursula von der Leyen vient d’annoncer triomphalement que les Américains vaccinés pourraient voyager en Europe cet été, la course contre la montre est plus que jamais engagée.

Aurélie Haroche