Les Ehpad

JIM (Journal International de Médecine) - EHPAD : un plan très attendu… et déjà décevant ?

Mai 2018, par Info santé sécu social

Paris, le mercredi 30 mai 2018 –

La désespérance a fait le lit de plusieurs mouvements sociaux dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Dans des structures où chaque jour les agents et les soignants constatent qu’ils ne disposent pas du temps nécessaire pour offrir à chaque personne âgée un accompagnement et des soins de qualité, une réforme tarifaire et la suppression de milliers d’emplois aidés attisent l’inquiétude. Pour mettre en garde contre une catastrophe annoncée, grèves et manifestations se sont multipliées, soutenues, fait inhabituel, par les directeurs d’établissements. Les principales revendications sont simples : augmentation du ratio soignant/résident pour atteindre le un pour un qui est déjà appliqué dans différents pays et suppression de la réforme tarifaire. Le gouvernement cependant n’est pas prêt à accepter de telles demandes. Le ministre de la Santé, Agnès Buzyn a ainsi jugé que la demande d’un ratio de un sur un ne reposait sur aucune preuve scientifique et a exclu d’abandonner la réforme tarifaire. Cependant, le déblocage de 50 millions d’euros pour soutenir les EHPAD connaissant le plus de difficultés et la nomination d’un médiateur ont su apaiser partiellement la grogne, ainsi que la promesse d’un plan global dédié à la dépendance.

Urgences et long terme
Dévoilé aujourd’hui, ce dernier comporte différentes mesures d’urgence selon France Inter. Ainsi, une enveloppe supplémentaire de 430 millions d’euros sur 7 ans va être débloquée, ce qui correspond à 20 000 postes équivalent temps plein. L’accent devrait par ailleurs être mis sur le renforcement de la présence d’infirmières la nuit et l’amélioration de l’accès aux médecins. Ainsi, des systèmes de mutualisation vont permettre aux infirmières d’assurer des gardes nocturnes dans plusieurs EHPAD d’un même secteur. Par ailleurs, le développement de la télémédecine doit contribuer à faciliter la prise en charge médicale. Ces mesures répondent au double objectif d’une amélioration de l’accueil des résidents et du désengorgement des services d’urgences.

Concernant la politique à plus long terme de prise en charge du vieillissement et d’une meilleure inclusion des plus âgés dans notre société, aujourd’hui bien trop faible comme l’a récemment déploré un rapport du Comité consultatif national d’éthique, le ministre de la Santé doit annoncer l’ouverture d’une « grande concertation ». Soulignons par ailleurs, qu’elle a confirmé le prochain déremboursement (mais sans fixer de date) des spécialités indiquées dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer.

Pas en phase avec les besoins du terrain
Du côté des directeurs des maisons de retraite et des syndicats de personnels, la déception domine. Si les moyens supplémentaires déployés sont salués, ils sont considérés comme nettement insuffisants, alors que des milliers d’emplois aidés vont être supprimés et tandis que le vieillissement de la population impose toujours plus de moyens.

Par ailleurs, l’accent mis sur la présence d’une infirmière de nuit n’est pas considérée par tous comme parfaitement pertinent sur le terrain. C’est en effet plus certainement le manque d’aides-soignants qui suscite des difficultés quotidiennes : « Aujourd’hui nous on a deux personnes en arrêt maladie. Sur notre planning concrètement actuellement il manque des aides-soignants. Il y a quatre agences d’intérim sur notre département, elles n’ont pas de personnel à nous proposer. Pour cet été on est tellement inquiets de cette pénurie d’aides-soignants qu’on a carrément mis une affiche sur la porte d’entrée en demandant aux familles si elle avaient connaissance dans leur entourage de gens aide-soignant ou élèves infirmiers qui cherchaient du travail pour les l’été et qu’on était prêt à recruter. L’affiche est mise depuis deux mois. On a eu zéro candidat. » rapporte pour un quotidien normand Franck Tessier directeur d’EHPAD. Ce témoignage rappelle combien l’attractivité des carrières dans les maisons de retraite est un élément central à propos duquel les annonces sont également très attendues.

Au-delà, l’ensemble de la société espère également une réflexion sur la prise en charge des ainés, à travers le développement de solutions alternatives à l’institutionnalisation. Sans doute, la concertation promise devrait-elle être l’occasion de faire le point sur ces différentes questions.

Aurélie Haroche