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JIM - L’UFC-Que Choisir dénonce un « déplorable » accès aux soins en France

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Paris, le mercredi 9 novembre 2022

L’association de consommateurs révèle sa carte interactive sur la désertification médicale en France.

Mois après mois, les études ou analyses sur la « désertification » médicale en France se multiplient, décrivant une situation de plus en plus préoccupante. L’association de consommateurs UFC-Que choisir enfonce encore le clou en publiant ce mardi son étude sur la répartition des médecins sur le territoire. Elle souligne « l’état déplorable de l’accès géographique et financier aux soins en France » et dénonce une « intolérable fracture sanitaire ». L’association a également mis en ligne une carte interactive, qui permet à tout chacun de connaitre l’état de l’accès aux soins sur son territoire.

Pour établir cet état des lieux, l’association s’est concentré sur la présence des généralistes, mais également des ophtalmologues, des pédiatres et des gynécologues, trois spécialistes pour lesquels les Français ont un accès direct sans passer par leur médecin traitant. Les auteurs de l’étude ont croisé deux critères : la présence d’un médecin à moins de 45 minutes de route et les tarifs pratiqués par ces médecins. La zone est considérée comme étant « à accès difficile » lorsque l’accessibilité médicale est inférieure de 30 à 60 % à la moyenne nationale et est qualifié de désert médical lorsque cette accessibilité est inférieure de 60 %.

Un quart des enfants vivent dans un désert pédiatrique

Avec ces données, on constate que 2,6 % de la population vit dans un désert médical et 23,5 % dans une zone à accès difficile s’agissant des médecins généralistes (le ministère de la Santé évalue lui à environ 10 % la part des Français vivant dans une zone sous-dotée en généraliste). La situation serait en revanche bien plus préoccupante concernant l’accès aux spécialistes : 19 % des Français vivent dans un désert ophtalmologique, 23,6 % des femmes dans un désert gynécologique et 27,5 % des enfants dans un désert pédiatrique.

Comme d’autres études l’avaient déjà démontré précédemment, ce sont les zones rurales et les périphéries des grandes villes qui sont le plus touchés par cette désertification médicale, tandis que les grands centres urbains et la côte méditerranéenne attirent les praticiens.

L’ampleur du phénomène de fracture médicale est encore plus inquiétante lorsqu’entre également en jeu le critère financier. Ainsi, si on prend en compte uniquement l’accès à des médecins ne pratiquant pas de dépassement d’honoraires, ce sont 62,8 % des Français qui vivent dans un désert ophtalmologique, 46,8 % des enfants dans un désert pédiatrique et 66,8 % des femmes dans un désert gynécologique.

Des chiffres loin d’être étonnants puisque près de la moitié des pédiatres et les deux tiers des ophtalmologues et des gynécologues pratiquent des dépassements d’honoraires. Lorsque les critères géographiques et financiers sont combinés, on constate que même les grands centres urbains sont concernés par la difficulté d’accès aux soins.

Le programme radical d’UFC-Que Choisir

Pour l’association UFC-Que Choisir, les mesures d’incitations financières mises en place par le gouvernement ces dernières années par le gouvernement pour pallier la désertification médicale sont insuffisantes, tout comme la création d’une quatrième année d’internat de médecine générale à effectuer en zone sous-dense, inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2023.

L’association prône elle un programme radical, en demandant la mise en place d’un conventionnement sélectif, qui interdirait aux médecins de s’installer dans une zone sur dotée sauf en cas de remplacement où si la zone manque de médecins en secteur 1. UFC-Que Choisir demande également de supprimer l’accès au secteur 2 : les médecins désirant s’installer n’auraient plus que le choix entre le secteur 1 et l’adhésion à l’OPTAM, le dispositif d’encadrement des dépassements d’honoraires. Enfin, elle demande de supprimer les aides publiques à tous les médecins qui ne sont ni en secteur 1, ni en OPTAM.

Des propositions qui n’ont que bien peu de chances d’aboutir, le ministre de la Santé François Braun ayant plusieurs fois affirmé son rejet de toute contrainte à l’installation.

Nicolas Barbet