Psychiatrie, psychanalyse, santé mentale

JIM - L’huile sur le feu

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Montpellier, le vendredi 29 juillet 2022

L’arrestation d’un pompier pyromane dans l’Hérault nous amène à nous interroger sur cette étrange pathologie psychiatrique.

Interpelé dans la nuit de mardi à mercredi, l’homme est passé aux aveux rapidement. Guillaume R, 37 ans, est bien celui qui est à l’origine de plusieurs des nombreux incendies de forêt qui ont ravagé le département de l’Hérault ces derniers jours.

Selon le procureur de Montpellier Fabrice Belargent, l’individu a avoué avoir provoqué plusieurs incendies ces trois dernières années, dont neuf sur les deux derniers mois. Incarcéré et mis en examen pour « destruction volontaire de forêt par incendie », il encourt 15 ans de réclusion criminelle.

L’arrestation de l’incendiaire a provoqué la consternation dans le petit village de Saint-Jean-de-la-Blanquière. Père de famille, adjoint au maire, le suspect était bien intégré et était surtout… pompier volontaire. L’homme passait d’ailleurs son temps libre à débroussailler et à élaguer les bords de route pour éviter les départs de feu.

Il a avoué qu’il provoquait des incendies « en raison de l’excitation que les interventions provoquaient chez lui » a expliqué le procureur. « Il voulait s’extraire d’un cadre familial oppressant et éprouvait aussi un besoin d’adrénaline et de reconnaissance sociale » a ajouté le magistrat.

Ne pas confondre incendiaire et pyromane
L’individu interpellé correspond donc à ce que les psychiatres appellent un pyromane. Contrairement aux incendiaires, qui provoquent des incendies dans un but rationnel déterminé (destruction de preuve, terrorisme, vengeance…), les pyromanes provoquent des incendies uniquement par amour pour le feu et pour observer les conséquences de l’incendie.

L’individu interpellé a d’ailleurs reconnu qu’il restait sur place après avoir lancé un départ de feu. « Ce qui les caractérise, c’est la fascination pour le feu et le fait de vouloir être proche d’un feu » a expliqué ce vendredi matin au micro de RTL Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue qui a eu affaire à de nombreux pyromanes. « Pour les pyromanes, le feu est un but en soi, ce feu leur fait plaisir, certains y trouvent même un plaisir sexuel ».

« On va avoir chez le pyromane une recherche vraiment d’excitation, d’accomplissement, d’un désir qui va se traduire par la destruction d’un bien à travers le feu » abonde dans le même sens Mickael Morlaix Riveli, expert auprès des tribunaux.

Selon Jean-Pierre Bouchard, les cas de pompiers pyromanes sont relativement fréquents, « tout simplement parce que leur fascination pour le feu les pousse à devenir pompier ».

Le syndrome du héros
Aux Etats-Unis, on estime qu’environ une centaine de pompiers pyromanes sont arrêtés chaque année. Dans ce cas, la pyromanie peut se rapprocher du syndrome du héros, lorsque le pompier déclenche l’incendie pour ensuite montrer sa valeur dans le combat contre l’incendie.

Dans un registre similaire, on pense à cet anesthésiste de Besançon, accusé d’avoir empoisonné des patients dans le seul but de montrer ses qualités de réanimateur.

La pyromanie est une pathologie psychiatrique rare, qui toucherait moins de 1 % de la population. Peu d’études y ont été consacrés, nombre de pyromanes en restant au fantasme, tandis que ceux qui passent à l’acte sont rarement interpellés. Les experts s’accordent à dire que les pyromanes sont presque exclusivement des hommes adultes.

Selon le psychiatre Pierre Lamothe, l’origine de la pyromanie doit être cherchée dans l’enfance et est liée soit à une excessive permissivité soit au contraire à une éducation excessivement répressive. La pyromanie juvénile est parfois considérée comme l’un des trois symptômes annonciateurs de la psychopathie, avec la cruauté envers les animaux et l’énurésie nocturne (c’est ce qu’on appelle la triade de MacDonald).

Erostrate, le premier pyromane ?
C’est au début du XIXème siècle que des psychiatres commencent à distinguer les incendiaires criminels et ceux qui déclenchent un incendie par simple fascination pour le feu. Le Dr Charles Chrétien Henri Marc est le premier à parler de « pyromanie » en 1833.

Plus tard, en 1954, l’écrivain Hervé Bazin popularisera le mythe du pompier pyromane dans son roman « L’huile sur le feu », qui raconte comment un pyromane bouleverse la quiétude d’un petit village de province.

Mais le premier pyromane de l’Histoire est bien plus ancien. Le 21 juillet 356 avant notre ère, un certain Erostrate met le feu au temple d’Artémis à Ephèse, l’une des sept merveilles du monde. Arrêté, il explique qu’il a commis ce forfait dans le seul but de rester célèbre.

Les Ephésiens interdisent alors à jamais que son nom soit cité. Peine perdue : plus de 2 000 ans plus tard, Jean-Paul Sartre évoquera le cas d’Erostrate dans « Le Mur » et son nom est ainsi resté jusqu’à nous (sans oublier le Jim de ce jour !).

Quentin Haroche