Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - La situation sanitaire contrastée du pays inquiète le gouvernement

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le lundi 28 décembre 2020

Profitant d’une situation épidémique plus favorable que la plupart de ses voisins, la France à la différence de nombreux pays d’Europe n’a pas imposé de confinement et/ou de restrictions des déplacements interrégionaux pendant cette période de fêtes de fin d’année.

Cependant, au lendemain du week-end de Noël et alors que les pouvoirs publics ont préconisé à plusieurs reprises d’éviter les festivités de la Saint Sylvestre (à l’occasion de laquelle le couvre-feu ne sera pas levé contrairement au 24 décembre), les réflexions autour de la pertinence d’un durcissement des mesures s’accélèrent. Un conseil de Défense doit se tenir demain sur ce sujet.

Stabilité à l’échelon national
A l’échelon national, la situation épidémique apparaît stable. Le nombre de cas oscille entre 12 000 et 15 000 cas. Si ce nombre est bien plus élevé que le cap plus politique que scientifique de 5000 fixé fin octobre par le Président de la République, on sait que le nombre de contaminations repérées est un indicateur souvent trop versatile (puisqu’il dépend notamment du nombre de tests, qui ont été très nombreux ces derniers jours) pour guider à lui seul la gestion de l’épidémie.

En outre, ce qui est un signe favorable le taux de positivité connaît une décrue continue (2,9 % dimanche, contre 3,1 % la veille et 3,4 % vendredi). Concernant le nombre de personnes hospitalisées et en réanimation, là encore, la stabilité s’impose, avec autour de 25 000 personnes hospitalisées depuis la mi-décembre.

Retour en enfer dans le Grand Est

Cependant, cette photographie globale masque des disparités importantes et des situations locales inquiétantes. Ainsi, la France apparaît-elle coupée en deux, avec une façade ouest toujours relativement épargnée, tandis que l’épidémie semble de nouveau flamber à l’Est. Ainsi, dans les Ardennes, en Meurthe-et-Moselle et dans les Alpes-Maritimes, le taux d’incidence atteint respectivement 357, 337 et 341 pour 100 000 habitants contre 150 pour 100 000 en moyenne dans le reste de la France. Le ministre de la Santé confirme dans le Journal du Dimanche hier : « Trois territoires nous inquiètent : la région Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et le département des Alpes-Maritimes, à commencer par Nice. L’augmentation de l’incidence chez les personnes âgées dans certains territoires ruraux fait, en particulier, craindre une hausse des hospitalisations dans les jours à venir ». En effet, dans ces régions, dans des communes éloignées des grandes villes, le taux d’incidence chez les plus de 65 ans dépasse parfois les 500 pour 100 000 habitants. La pression hospitalière est par ailleurs déjà perceptible : à Nancy, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) a déclenché son plan blanc mi-décembre et a commencé à déprogrammer jusqu’à la moitié de ses interventions.

Le mystère de Noël
Pour le gouvernement, les questions sont multiples. La situation du grand Est s’explique-t-elle par des spécificités locales (climatiques ou sociales avec un relâchement des gestes de protection qui pourrait être plus marqué dans des localités qui ont pu croire que le dur tribut qu’elles ont payé au début de l’épidémie les protégeait d’une nouvelle vague aussi violente ?) ou préfigure-t-elle une évolution aussi préoccupante sur l’ensemble du pays ? Dans ce contexte, la grande inconnue est l’impact des fêtes de fin d’année. A cet égard, les enseignements de l’épidémie ne sont pas nécessairement parfaitement univoques. Ainsi, aux Etats-Unis, les célébrations de Thanksgiving ont eu des répercussions contrastées en fonction des États.

Schématiquement, comme le résumait récemment le journaliste Vincent Glad sur Twitter en s’appuyant sur les données des CDC, trois semaines après la fête américaine, on constatait que dans les États où l’épidémie flambait avant fin novembre, Thanksgiving a semblé aggraver la situation, mais dans ceux où une baisse s’amorçait, la tendance n’a pas été contrariée. Dès lors, faut-il envisager en France une évolution également différenciée en fonction des régions et de la situation épidémique avant Noël ? Par ailleurs, si les rassemblements familiaux peuvent avoir une influence négative, l’effet des vacances doit également être considéré, d’autant plus que les données de mobilité de Google confirment que les déplacements dans les transports publics (-31 %) et vers les lieux de travail (-46 %) ont chuté la semaine dernière par rapport à la période précédente. Les enquêtes d’opinion suggèrent en outre que si les Français n’ont pas renoncé à se rassembler, les regroupements ont probablement été limités (83 % des personnes interrogées indiquaient avant le 24 décembre qu’elles fêteraient Noël avec au maximum six adultes).

Adapter la réponse géographiquement ?

Face à cette situation contrastée, le ministre de la Santé a assuré que toutes les options étaient envisagées et qu’un nouveau confinement, souhaité par certains élus et praticiens (la semaine dernière le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, cette semaine le Pr Philippe Amouyel pour le week-end du Nouvel An) n’était pas écarté. Cependant, les échos de la presse suggèrent qu’un confinement généralisé pourrait ne pas être la solution privilégiée par le gouvernement, en tout état de cause en l’état actuel, alors que l’épidémie apparaît si non maîtrisée tout au moins modérée sur une partie du territoire. Des confinements localisés apparaissent plus certainement envisagés, même si c’est toujours avec une forme de réticence que le gouvernement a accepté ces derniers mois d’adapter géographiquement sa réponse sanitaire. Un couvre-feu durci (localement ou sur tout le territoire) serait également à l’étude. Par ailleurs, la perspective d’une réouverture des lieux culturels le 7 janvier, d’une suspension du couvre-feu le 20 janvier et d’une reprise des activités des restaurants et des salles de sport apparaît de plus en plus compromise ; à moins encore une fois que le gouvernement opte pour des réponses locales. De la même manière, alors que le ministre du travail avait envisagé d’assouplir quelque peu ses préconisations concernant le télétravail à partir du 7 janvier, cette étape pourrait être elle aussi retardée.

Concernant enfin la rentrée des classes, pour l’heure, la date du 4 janvier n’apparaît pas discutée, mais des décisions négatives ne peuvent jamais être exclues, concernant par exemple le retour d’une partie des cours en distanciel dans les lycées, voire les collèges.

La vaccination ne sauvera pas tout de suite la France
Dans le processus d’adoption de ces décisions, la vaccination devrait constituer une nouvelle donnée dans l’équation.

Cependant, les débuts encore très timides en France, avec une dizaine seulement de personnes vaccinées hier (quelques résidents d’EHPAD et des médecins) confirment qu’il faudra encore patienter longtemps avant que la vaccination puisse réellement influencer la situation épidémique dans notre pays. Les interrogations qui aujourd’hui se sont multipliées sur certains réseaux sociaux pour interroger la sincérité du consentement de la souriante Mauricette qui a été la première à recevoir le vaccin Pfizer/BioNTech confirme un climat où la suspicion surpasse malheureusement l’enthousiasme.

Aurélie Haroche