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JIM - Les annonces d’Olivier Véran n’apaisent pas la fièvre des syndicats

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le lundi 18 mai 2020 –

Les hommes politiques français accordent sans doute une trop grande foi au propos de Napoléon ou en font une application trop expéditive. « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes » assurait l’Empereur. Pourtant, l’annonce de l’attribution d’une « médaille des épidémies » aux soignants « en première ligne » face à l’épidémie de Covid-19 est loin d’avoir mené les professionnels de santé vers l’adhésion. Au contraire, elle a attisé les crispations, de même que les promesses de prime avaient déjà fait grincer des dents : les personnels hospitaliers réclamant depuis plusieurs mois, voire des années, des réévaluations pérennes de leurs rémunérations.

Des mobilisations en préparation
Conscient de cette fébrilité, le ministre de la Santé a révélé hier dans le Journal du Dimanche que des négociations allaient s’ouvrir le 25 mai, afin d’acter des augmentations de salaires qui doivent concerner l’ensemble des personnels soignants des établissements de santé. Olivier Véran et le gouvernement espéraient sans doute par cette annonce apaiser les esprits alors que vendredi plusieurs syndicats hospitaliers avaient indiqué réfléchir à une journée de mobilisation pour la mi-juin.

Des déclarations délirantes sur les 35 heures
Les déclarations du ministre de la Santé n’ont cependant pas eu totalement l’effet espéré ; doutes et critiques surpassent les témoignages de satisfaction. D’abord, comme toujours, la méthode a été déplorée. Ainsi, secrétaire générale de la CGT Santé, Mireille Stivala, regrette qu’Olivier Véran ait choisi d’accorder à la presse la primeur de ses annonces, avant d’informer les partenaires sociaux. Sur le fond, si la perspective de revalorisations significatives ne peut que séduire, les propos du ministre concernant le temps de travail inquiètent. Bien sûr, Olivier Véran a été prudent précisant : « Il ne s’agit pas d’obliger des gens à travailler davantage, mais de créer un cadre beaucoup plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent de le faire ou d’organiser leur temps de travail différemment. Sans pression ». Néanmoins, le signal est déjà redouté. « Le fait de remettre en cause les 35 heures permet d’aller au bout de la logique ultralibérale » remarque ainsi le patron de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Patrick Pelloux. « Ça veut dire quoi assouplir les 35h ? Travailler plus pour gagner plus ? Ça c’était un autre Président... On veut gagner plus pour ce qu’on travaille déjà ! », s’insurge plus véhémente, Mélanie Chambre, infirmière au CHU de Valence qui s’était fait connaître par une vidéo intitulée « La colère dans le cathéter ». Majoritairement, les représentants syndicaux considèrent cette observation sur le temps de travail, décalée par rapport aux réalités. « C’est délirant, ces annonces sur les 35h ! Les 35h, elles n’existent pas à l’hôpital. On en fait 40, parfois 50. Le problème, ce ne sont pas les heures, ce sont les embauches qu’il n’y a pas eues », dénonce ainsi Chaïbia Khaif-Janssen, secrétaire SUD à l’Hôpital Edouard Herriot de Lyon.

Tout repenser
Mais plus que les annonces d’Olivier Véran, ce sont ses silences qui sont commentés. Le ministre de la Santé s’est en effet principalement attardé sur la question des salaires et du temps de travail et a rapidement abordé la fermeture des lits, estimant qu’elle ne devait plus être un dogme. Les personnels attendent beaucoup plus et appellent à une véritable réflexion sur l’organisation de l’hôpital. L’épidémie a en effet mis en avant comment la souplesse, tant budgétaire qu’administrative, permettait des évolutions rapides et surtout parfaitement en phase avec les besoins. Cette leçon doit inspirer les dirigeants, insistent les collectifs, syndicats et fédérations hospitalières. Ainsi, le professeur André Grimaldi, un des porte-parole du Collectif inter-hospitalier a déjà à plusieurs reprises défendu la nécessité d’abandonner les organisations en pôles et unités pour revenir à la notion de service et d’équipe. Autres sujets d’attente : le recrutement de nouveaux personnels et le sort de la tarification à l’activité, dont les syndicats espèrent qu’il sera également discuté. Beaucoup mettent en effet en avant que ce système favorise de hauts taux de remplissage des services, niveaux qui peuvent s’avérer dangereux quand des afflux de patients doivent être pris en charge rapidement, comme lors d’une épidémie.

Des attentes nombreuses
Ainsi, les annonces du ministère de la Santé auront principalement attisé la fébrilité des syndicats. Aujourd’hui, ils exigent des précisions sur l’organisation et le calendrier des discussions, sur le rôle de chaque partenaire (le Collectif inter hôpitaux sera bien invité à la table des négociations mais refuse d’être intégré comme un syndicat parmi d’autres), les marges de négociations existantes et le contour global de ce Ségur de la santé.

Aurélie Haroche