Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

JIM - Les points noirs de l’épidémie Française

il y a 2 semaines, par Info santé sécu social

Paris, le dimanche 31 mai 2020

Santé publique France publie chaque semaine depuis le début de l’épidémie un point détaillé de la situation du Covid-19.

Son dernier bulletin collige les données arrêtées au 26 mai.

Il apparaît qu’en France métropolitaine, tous les indicateurs sont à la baisse ou stables à un niveau bas.

Ces indicateurs passés au vert
En médecine ambulatoire, en semaine 21 (du 18 au 24 mai) le taux de consultations (ou téléconsultations) estimé pour insuffisance respiratoire aigüe était de 29/100 000 habitants en France métropolitaine (vs 44/100 000 habitants en semaine 21). Concernant SOS médecins, 2 209 actes médicaux pour suspicion de Covid-19 ont été enregistrés par les associations SOS Médecins, ce nombre d’actes était stable par rapport à la semaine 20 (2 203 actes), tous âges confondus et par classe d’âge, après une hausse de 26 % en S20 cependant.

Pour ce qui est de la surveillance virologique au cours de la semaine 21, 216 891 patients ont été testés pour le SARS-CoV-2 avec 4 119 tests positifs. Le taux de positivité national hebdomadaire était donc de 1,9 % (vs 2 % en semaine 20 et 3 % en semaine 19).

A l’hôpital, le nombre de passages aux urgences (4 953 vs 5 950), le nombre de nouvelles hospitalisations (2 201 vs 3 218) et de nouvelles admissions en réanimation (268 vs 429) continuent leurs baisses. Le nombre de décès recule également (693 vs 1324) et l’âge médian au décès reste élevé (84 ans).

Ces bons résultats ne doivent néanmoins pas éclipser certains points qui appellent à la vigilance.

A la recherche des clusters
Depuis la levée du confinement, les agences régionales de santé (ARS) et Santé publique France investiguent les clusters (foyers de transmission ou épisodes de cas groupés).

Dans le détail, un cluster se définit par au moins 3 cas confirmés ou probables, dans une période de 7 jours, qui appartiennent à une même communauté ou ont participé à un même rassemblement de personnes.

Au 27 mai, un total de 109 clusters (hors Ehpad et milieu familial restreint) ont été rapportés à Santé publique France : 104 clusters en France métropolitaine et 5 dans les départements ou régions d’outre-mer.

On note ainsi une nette augmentation du nombre de clusters. Parmi ces agrégats, 64 % ont plus de 5 cas. Ils concernent notamment des personnes en situation de précarité et de vulnérabilité (19 % en établissements d’hébergement social et d’insertion et 6 % en communautés vulnérables), des établissements de santé (22 %) et plus largement des entreprises (20 % entreprises privées et publiques).

Distribution des clusters (hors Ehpad et milieu familial restreint) par semaine de signalement, rapportés à Santé publique France entre le 9 et le 27 mai 2020 (N=109

En termes de criticité (potentiel de transmission ou critères de gravité), 75 % des clusters ont été évalués de criticité modérée (37 %) à élevée (38 %). Parmi ces clusters, 13 % ont été maitrisés (suivi des contacts en cours et absence de nouvelles contaminations 7 jours après le dernier cas), 7 % sont clôturés (absence de nouveaux cas 14 jours après la date de début des signes du dernier cas et la fin de la quatorzaine de tous les contacts).

Répartition des clusters (hors Ehpad et milieu familial restreint) en cours d’investigation par département , rapportés à Santé publique France, entre le 9 et le 27 mai 2020 (N=87) (données au 27 mai 2020)

La Guyane en plein pic
Dans les départements d’outre-mer, si la circulation du SARS-CoV-2 est en diminution ou se maintient à des niveaux bas en Guadeloupe, Martinique et à la Réunion, en revanche, à Mayotte et en Guyane, les situations épidémiologiques « invitent à la plus grande vigilance » note l’agence sanitaire.

A Mayotte, en semaine 21, la circulation du virus restait importante et les taux d’hospitalisation (11/100 000 habitants) et d’admission en réanimation (2,9/100 000 habitants) restaient élevés.

En Guyane, le taux d’hospitalisation (7/100 000 habitants) et le taux de patients positifs (14 %) étaient en augmentation. Dans ce département ultramarin, depuis début mars, 405 cas de Covid-19 ont été détectés dont 184 ces deux dernières semaines (dont 48 % à Saint-Georges, 21 % à Camopi, 17 % à Kourou et 14 % à Macouria et Ile de Cayenne).

Après une vague de cas importés de métropole et des Antilles en mars, de rares transmissions locales avaient été constatées en avril, période de confinement, avec des clusters parfois de grande taille sur le Maroni et à Cayenne, qui ont été maîtrisés.

Mais, depuis le mois de mai, l’épidémie s’est développée en Amérique latine, et les cas importés du Brésil ont augmenté. Un cluster familial étendu et complexe a été détecté à St Georges et s’est propagé dans la communauté, touchant principalement 4 quartiers de la ville.

Ce cluster « mérite un suivi plus particulier du fait du risque de diffusion communautaire » note l’agence.

Nombre cumulé de cas confirmés de Covid-19 rapportés en Guyane à la cellule de Santé publique France par date de début des signes (données consolidées)

Quid des professionnels de santé ?
Autre point noir, voir pot au noir, la situation des professionnels de santé, qui peuvent pourtant être à l’origine de foyer de contamination.

Ainsi, si la collecte des données s’est grandement améliorée (qu’on se rappelle que jusque fin avril la DGS était incapable de dire quoi que ce soit à ce sujet), elle reste lacunaire. Selon les dernières statistiques, au 26 mai, 30 230 cas ont été rapportés chez les professionnels des établissements de santé. Parmi eux, 25 327 (84%) sont des professionnels de santé. Les infirmiers (28 %), aides-soignants (24 %) et médecins (10 %) sont les professions les plus touchées. En tenant compte des professionnels des hôpitaux et des établissements médico-sociaux (EMS), ce sont 71 468 cas chez les professionnels qui ont été signalés à Santé publique France (30 230 survenus dans les hôpitaux et 41 238 dans les EMS). Au total, 16 décès survenus chez des professionnels hospitaliers ont été rapportés. Les nombres de décès chez les professionnels des EMS ne sont en revanche pas disponibles.

Si ces données paraissent précises en réalité Santé publique France souligne « l’ensemble de ces données peuvent être sous-estimées du fait que l’enquête en ES a débuté le 22 avril et que l’exhaustivité de ces surveillances ne peut être déterminée. Ces données ne tiennent pas compte des cas et des décès survenus chez des professionnels de santé libéraux ».

Distanciation sociale : c’est fini ?
Dernier point noir, les règles de distanciation sociale semblent de moins en moins bien respectées, il suffit pour s’en convaincre de flâner dans les rues et les parcs des grandes villes qui viennent de rouvrir.

Une notion identifiée par les épidémiologistes.

Ainsi, « la part de la population adoptant systématiquement les mesures de protection (mesures d’hygiène et de distance physique) diminue significativement entre la vague 1 (23-25 mars) et la vague 8 (18-20 mai) pour toutes les mesures de protection excepté le port du masque en public dont le niveau d’adoption a augmenté à chaque vague d’enquête passant de 15 % en vague 2 (30 mars-1er avril) à 51 % d’adoption systématique en vague 8 » note les auteurs. En particulier l’adoption systématique des mesures de distanciation physique a subi une diminution passant de 57 % (début mai) à 35 % une semaine après le déconfinement.

Si, au total, on peut raisonnablement être optimiste pour les semaines à venir, rappelons, comme le fait l’Académie de médecine qu’il ne faut « pas négliger le risque de résurgence épidémique de Covid-19, notamment en France métropolitaine, surtout si la circulation du SARS-CoV-2 persiste dans l’hémisphère Sud pendant l’été ».
F.H.