Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - Masque : la France l’a-t-elle abandonné trop tôt et n’est-il pas trop tard pour l’imposer à nouveau ?

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Le mercredi 23 mars 2022 –

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a tancé hier plusieurs pays européens qui se seraient montrés imprudents en levant trop rapidement leurs mesures de freinage de la circulation de SARS-CoV-2 et qui sont aujourd’hui confrontés à une résurgence épidémique. En ligne de mire notamment : l’Allemagne, la France, l’Italie ou encore le Royaume-Uni. Cette position de l’OMS est partagée par de nombreux épidémiologistes, dont le professeur Antoine Flahault qui a commenté sentencieux : « Les pays européens sont en train de constater les premiers effets de la désinvolture de leurs politiques vis-à-vis de la gestion de la pandémie », alors que partout le nombre de nouvelles infections remonte en flèche, ce qui a parfois également des répercussions sur l’activité hospitalière.

Une Europe encore majoritairement masquée
L’Autriche n’a pas attendu cette remontrance de l’agence onusienne pour faire machine arrière. A partir d’aujourd’hui, le masque FFP2 qui n’était plus imposé dans les lieux clos depuis le 5 mars est de retour dans la plupart des établissements accueillant du public. Face à une nouvelle vague épidémique, le ministre de la Santé autrichien a en effet concédé que la fin des obligations avait été « trop étendue et trop précoce ». Cependant, même si elle est très symbolique, cette disparition du masque est loin d’être universelle. De nombreux pays continuent en effet de l’imposer tout en ayant suspendu les autres dispositifs (passe sanitaire, isolement des cas contacts, jauges…). Ainsi, il est toujours nécessaire de recourir à cet équipement de protection dans les lieux clos en Espagne, au Portugal, en Grèce ou encore en Ecosse, Pays-de-Galle et Irlande du Nord.

Retour du masque dans quelques écoles bretonnes
La France fait donc partie des pays les plus « libéraux » en la matière (même si elle n’égale pas la Grande-Bretagne puisqu’un masque doit toujours être porté dans les transports en commun et les établissements de santé). Néanmoins, alors que les contaminations sont en nette hausse et que le nombre de personnes hospitalisées ne baisse plus, dès cette semaine, on a vu quelques établissements publics choisir de rendre de nouveau obligatoire le port d’un masque. C’est le cas de plusieurs établissements scolaires bretons (la Bretagne connaît la plus haute incidence du pays, fait inédit depuis le début de l’épidémie) et de quelques autres écoles en France, alors que le nombre de classes fermées est reparti à la hausse sous l’effet de la rentrée de l’ensemble des zones, de la circulation plus active du variant Omicron BA.2 et d’une augmentation des dépistages.

Les Français et le masque imaginaire

Pour beaucoup de spécialistes, ces établissements scolaires suivent la bonne voie. Ils sont en effet nombreux à regretter les choix faits par le gouvernement en la matière. En outre, même si selon un sondage réalisé par Yougov pour le Hunffington Post, deux Français sur trois assurent continuer à utiliser un masque dans les lieux clos, il suffit de fréquenter quelques établissements pour constater que la proportion est bien plus faible. Aussi, les épidémiologistes fulminent. « Les Français font moins attention car le message que fait passer le gouvernement, avec la levée des restrictions, c’est que tout va très bien, alors que ce n’est pas vraiment le cas », réprouve l’épidémiologiste Catherine Hill dans L’Express.

Une mesure partiellement efficace reste-t-elle une mesure utile ?
S’il assure demeurer vigilant, le ministre de la Santé, Olivier Véran n’évite cependant pas une certaine forme de fatalisme sur la question. Il a ainsi fait remarquer ce week-end dans le Parisien que les mesures de freinage paraissaient en partie inefficaces face à BA.2. Une telle logique ulcère certains médecins dont le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) qui commente dans le Parisien. « Je suis totalement opposé à cette vision. C’est comme dire : la ceinture n’empêche pas tous les accidents de la route, alors enlevons-la ! ». D’autres sont également loin de partager cette forme d’aveu d’impuissance, tel le professeur Anne-Claude Crémieux (hôpital Saint Antoine) qui assurait ce lundi sur franceinfo que « le masque reste un outil de protection contre tous les variants ».

Et s’il était trop tard ?
Cependant, outre les réserves qui ont déjà pu être émises par d’autres praticiens quant à l’efficacité du masque face à des variants tels qu’Omicron, certaines observations contribuent au doute. Ainsi, l’Italie où un masque FFP2 reste obligatoire dans tous les lieux clos (et ce jusqu’au 30 avril au moins) est également confrontée à une reprise épidémique, aussi voire plus importante, que la notre. Par ailleurs, même si la France décidait (comme l’Autriche) de renouer avec le port du masque (sans probablement préconiser l’utilisation d’un FFP2 qui n’a jamais été choisi dans notre pays), l’intervention serait peut-être un peu trop tardive. En effet, dans plusieurs pays européens déjà, le pic de cette énième vague semble en effet atteint, comme aux Pays-Bas, en Autriche et en Suisse. En outre, même les prévisions de l’Institut Pasteur, qui ne s’est jamais caractérisé par son optimisme, suggèrent que la vague BA.2 demeurera bien inférieure à la précédente, mais il est vrai que ces projections ne tiennent pas compte de l’érosion de l’immunité vaccinale conférée par un rappel réalisé il y a plus de trois mois. L’Institut Pasteur n’est d’ailleurs pas le seul à ne pas céder au catastrophisme. Hans Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, tout en se montrant sévère vis-à-vis de la légèreté des états européens, remarque : « Il y a un très grand capital d’immunité (...) que ce soit grâce à la vaccination ou aux infections. L’hiver s’achève donc les gens vont moins se rassembler dans des petits espaces confinés. Enfin, le variant Omicron est moins virulent chez les personnes pleinement vaccinées avec une dose de rappel, même si dans les pays à faible vaccination, le Covid est toujours une maladie qui tue ».

Aurélie Haroche