Politique santé sécu social de l’exécutif

JIM - Scrutin présidentiel : la grande peur de certains épidémiologistes

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Paris, le vendredi 8 avril 2022

Le 30 mars dernier, le gouvernement a dévoilé un protocole sanitaire allégé pour le scrutin présidentiel.

Le nombre d’électeurs par bureau de vote ne sera pas limité, toutefois son accès pourra être régulé et l’entrée et la sortie devront être séparées pour éviter les situations de grande promiscuité.

Le port du masque et les règles de distanciation physique ne seront pas obligatoires mais le port du masque restera fortement recommandé, en particulier pour les personnes âgées, immunodéprimées, malades chroniques et fragiles, ainsi que pour leurs aidants, les personnes symptomatiques, les personnes cas contacts à risque, les personnes ayant été dépistées positives au Covid-19 jusqu’à 7 jours après leur sortie d’isolement. Ces porteurs de masques seront néanmoins invités à le « retirer brièvement » pour vérification d’identité.

Dans tous les bureaux de vote, des masques chirurgicaux seront mis à la disposition des électeurs et des personnes participant à l’organisation ou au déroulement du scrutin qui souhaiteraient en porter.

Pour les personnes fragiles, il sera possible de demander un accès prioritaire depuis l’extérieur du bureau de vote. En outre, un point de lavage des mains ou du gel hydro-alcoolique seront mis à disposition des électeurs « en deux points distincts afin d’éviter le croisement des flux ». Le matériel mis à disposition des électeurs devra être nettoyé de manière fréquente au cours du scrutin. Le bureau de vote fera en outre l’objet d’une aération très régulière, dix minutes toutes les heures ou selon les indications des capteurs de CO2 si la salle en est équipée. Enfin, pour les personnes participant à l’organisation ou au déroulement du scrutin qui le souhaiteraient, des autotests seront mis à disposition.

« Du grand n’importe quoi »

Pour certains épidémiologistes, « c’est du grand n’importe quoi », comme assène dans l’Express, Dominique Costagliola, directrice de recherche émérite à l’Inserm et membre de l’Académie des sciences connue pour ses prévisions alarmistes. Ces spécialistes s’inquiètent en particulier pour les assesseurs qui pourraient être en contact avec un grand nombre de personnes contaminées.

« On n’aurait jamais dû avoir ce programme de relâchement total des mesures contraintes » tance l’infectiologue Gilles Pialoux sur RTL. « Entre deux tours électoraux, cela fait beaucoup de monde et si on est dans une incidence de circulation virale très intense, à plus de 1 000 pour 100 000 habitants, il pourrait y avoir un million de cas |supplémentaires] en deux semaines » calcule-t-il encore.

Mircea Sofonea, épidémiologiste détaille dans Libération : « il n’y a malheureusement pas de surprise. Le gouvernement n’impose pas le port du masque dans un évènement dont l’impact sanitaire ne peut être ignoré (…). Par ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi ils promeuvent le lavage des mains. Beaucoup d’experts ont pointé l’importance de la transmission par aérosol. A titre personnel, j’ai participé à une note pour l’ANSES sur la viabilité du virus dans l’air. Le gouvernement préconise d’aérer dix minutes toutes les heures, mais pourquoi ne pas laisser les fenêtres ouvertes ? C’est à désespérer de produire de la recherche ».

Antoine Flahaut, s’étonne quant à lui que l’Etat ne se soit pas équipé en capteur de CO2 en nombre suffisant pour le jour J alors « qu’en dessous de 600 ppm, le risque de contamination semble quasi nul. Entre 600 et 1000, un masque devrait suffire à se protéger. Au-dessus de 1000, il faut évacuer la salle, l’aérer et instaurer une jauge voire un purificateur d’air si la salle est difficile à aérer ».

Aussi, Mircea Sofonea propose ses recommandations aux électeurs et aux assesseurs, elle estime qu’il faut venir « masqué, évidemment, et avec un FFP2 de préférence. De rester le moins possible dans le bureau de vote. A ce titre, l’utilisation des bulletins envoyés par la poste peut permettre d’accélérer le processus. Aérer, même s’il fait froid. Notamment le soir, au moment du dépouillement. D’ailleurs, réduire le volume sonore est aussi important, car le Covid-19 se transmet plus facilement quand on hausse la voix. On pourrait aussi effectuer le dépouillement dans plusieurs salles séparées ».

Xavier Bataille