Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - Situation épidémique et réponse gouvernementale suscitent inquiétude et circonspection

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Paris, le mercredi 24 mars 2021

Alors que chaque jour la communication du gouvernement face à l’épidémie de Covid apparaît plus tâtonnante, de façon tangible des signes de la dégradation de la situation dans les hôpitaux français se multiplient. Ainsi, le patron de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France vient d’annoncer que les établissements allaient être sollicités afin d’organiser « une montée en charge du nombre de lits » de réanimation avec pour objectif d’atteindre 2 200 lits disponibles « à brève échéance, avec un premier palier à 1 800 en milieu de semaine ». Alors qu’aujourd’hui 1 300 patients atteints de Covid sont hospitalisés en soins critiques en Ile-de-France, le levier principal est d’accroître le taux de déprogrammation. « Le niveau de déprogrammation nécessaire à l’atteinte des cibles capacitaires est en cours de calage avec les établissements », indique l’Agence régionale de Santé, tandis que dans les Echos, son directeur Aurélien Rousseau estime que jusqu’à 80 % des soins non urgents pourraient être reportés. Ces déprogrammations sont cependant délicates et de plus en plus difficilement acceptées par les médecins, tandis que beaucoup attendent la position dans les prochains jours du Comité consultatif national d’éthique sur ce sujet. La transmission du message aux populations se doit également d’être subtile, alors que certains patients entreprennent parfois d’annuler seul leurs rendez-vous. « Ne vous déprogrammez pas tout seul ! » a exhorté hier Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris.

Les taux d’occupation en réanimation dépassent les 100 % dans dix départements supplémentaires
L’Ile de France n’est pas la seule région à faire face à une situation hospitalière de plus en plus difficile. Dans les Hauts-de-France également, le nombre de patients atteints de Covid en réanimation dépasse le pic de la deuxième vague. Par ailleurs, dans dix départements en plus des seize qui aujourd’hui font l’objet de mesures de pseudo confinement (ou de freinage fort selon le langage convenu) les taux d’occupation en réanimation (par rapport aux nombres initiaux de lits) flirtent voire dépassent les 100 % : les Bouches-du-Rhône, le Var, les Hautes-Alpes, le Gard, la Haute-Savoie, le Rhône, le Doubs, la Nièvre, la Moselle et l’Eure-et-Loir. Plus encore que la progression de l’incidence dans différents points du territoire, cet indicateur préoccupe les décideurs. Le dépassement du seuil d’alerte de 250 cas pour 100 000 pourrait en outre bientôt devenir obsolète puisqu’aujourd’hui 42 départements sont concernés contre 23 le 10 mars. Outre-Mer la situation est également inquiétante : le ministre de la Santé, Olivier Véran a ainsi reconnu hier à l’Assemblée nationale que « la situation est extrêmement tendue dans certains territoires ultramarins, notamment la situation de la Réunion ».

Des mesures décalées par rapport à la situation épidémique ?
Face à ces différents indicateurs, la réponse du gouvernementale suscite une circonspection croissante de la part des acteurs directement impliqués. Le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux qualifie ainsi les mesures de freinage actuelles entrées en vigueur dans 16 départements de « confinement qui n’en est pas un ». « Je dis au gouvernement : il faut garder vraiment le doigt sur le bouton stop. Et si dans quelques jours, on s’aperçoit que les chiffres ne s’inversent pas, que les tendances ne se calment pas, il faudra appuyer sur le bouton stop, c’est-à-dire un bouton de reconfinement réel » a-t-il plaidé sur LCI. De son côté, le professeur Arnaud Fontanet (Institut Pasteur), membre du Conseil scientifique a considéré sur BFM-TV que « Ces mesures seraient très pertinentes dans des régions qui, aujourd’hui, sont encore dans un état à peu près maîtrisé, mais qui, d’ici trois à quatre semaines (…), vont se retrouver dans une situation critique ». Lui faisant écho, le Conseil scientifique exhorte le gouvernement à prendre des mesures immédiates dans les « régions qui se trouvent dans un état encore maîtrisé mais qui dans trois ou quatre semaines seront dans une situation critique ».

Et si le pire était passé ?
Pourtant, une fois encore, le gouvernement pourrait ne pas entendre ces préconisations, en s’appuyant sur d’autres indicateurs, qui sont plus encourageants. Ainsi, si les admissions en réanimation ont augmenté de 12,4 % en une semaine et le nombre de lits occupés dans ces services de 9,3 % (pour atteindre 4 634), « la hausse du nombre de cas semble terminée (pour le moment) » relevait hier le spécialiste des données Guillaume Rozier. Il note encore une « stabilisation ou légère baisse du nombre de cas dans les départements franciliens à partir du 17 mars environ ». Conjuguée avec les températures clémentes annoncées ces prochains jours, cette tendance pourrait repousser le spectre d’un nouveau durcissement des mesures dans les zones déjà « confinées ». Enfin, dans les Alpes-Maritimes qui il y a quelques semaines était le premier département à expérimenter le confinement des samedi et dimanche, la situation s’est améliorée avec un taux d’incidence de 404 pour 100 000 habitants contre plus de 750/100 000 en février, tandis que le taux d’occupation des lits de soins intensifs par les patients atteints de Covid-19 s’est stabilisé. Par ailleurs, le nombre de décès continue à lentement diminuer, atteignant aujourd’hui en moyenne sur sept jours 290 contre 323 il y a un mois.

La vaccination sera-t-elle au rendez-vous ?

Il est probable que le gouvernement perçoive cette mortalité en baisse, signe d’une vaccination efficace, comme antinomique avec l’idée de l’inévitabilité du confinement. Aussi, chaque jour, le pouvoir lance de nouvelles exhortations pour une accélération de la campagne, comme hier le Président de la République incitant à vacciner « matin, midi et soir » sans oublier les jours fériés. L’objectif est de vacciner 10 millions de personnes d’ici la mi-avril. Pour le gouvernement, les prévisions de livraison doivent permettre de satisfaire cette ambition. « Si on ne les atteint pas, cela signifierait que les laboratoires n’ont pas respecté leurs engagements ou que le rythme de vaccination serait en baisse ces prochaines semaines », explique une source gouvernementale. Or, ce rythme est une véritable inconnue qui suscite une certaine préoccupation. Après plusieurs jours en berne, liés notamment à la suspension du vaccin AstraZeneca, on a constaté lundi une « légère remontée du rythme de vaccination ». A suivre.

Aurélie Haroche