Les mobilisations dans les hôpitaux en 2019 et 2020

JIM - Sous le jet des blouses, la grève du codage

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Publié le 16/01/2020

Des voix s’élèvent, majestueuses et couvrent le discours que tente de prononcer la présidente de Radio France. C’est Le chœur des esclaves de Verdi qu’a symboliquement entonné le chœur de Radio France lors de la cérémonie des vœux de Sybile Veil la semaine dernière, pour protester contre l’absence d’écoute de leurs revendications exprimées depuis plusieurs mois à travers une grève assez fortement suivie.

Que 2020 soit plus sereine que 2019
Autre cérémonie des vœux quelques jours plus tard. Ils ne chanteront pas, préférant le silence et un autre geste symbolique : un à un les médecins et personnels de l’hôpital Saint-Louis jettent leur blouse, tandis que le directeur de l’établissement tente de poursuivre son allocution des vœux. Sur une vidéo qui a été largement diffusée depuis mardi sur les réseaux sociaux, tandis que le ballet des blouses blanches jetées sur le sol se déroule, on entend sa voix : « Que 2020 soit plus sereine que 2019 ». Dans d’autres villes de France, alors que le matin même plus d’un millier de médecins hospitaliers, dont 600 chefs de service ont annoncé la démission de leurs fonctions administratives, les blouses des médecins tombent également, révélant leur sentiment d’abandon et leur absence d’espoir que 2020 soit plus sereine que 2019.

Symbolique et efficace
Ces jets de blouse qui font écho au retrait de leurs robes par les avocats, de leurs cartables (et parfois de lancers de livres ce qui est plus discutable) par les enseignants, et du dépôt de leurs outils par les agents du Mobilier national (également lors d’une cérémonie des vœux) inquiètent cependant bien moins les directions hospitalières que la grève du codage qui se poursuit dans de nombreux établissements et notamment à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Selon les Échos, l’absence de transmission par les médecins des informations nécessaires à la tarification et à la facturation aurait déjà entraîné depuis octobre entre 270 et 300 millions d’euros de retard de recettes. Ces "pertes" (temporaires) représentent 17 % des recettes du dernier trimestre de 2019. Or, pour corriger ce codage déficient, la tâche peut parfois être ardue quand il est nécessaire d’analyser chaque dossier patient pour réencoder les actes. Ces actions revêtent d’abord une portée symbolique car elles rappellent l’hostilité des personnels hospitaliers à la tarification à l’activité (T2A) qui pour beaucoup de soignants a favorisé l’installation d’une politique managériale qui a détérioré les conditions de travail. Elles se révèlent également redoutablement efficaces, quand les grèves chez les médecins et les infirmiers n’entraînent (heureusement) que des conséquences limitées sur la prise en charge des patients.

Des annonces insuffisantes
Pourtant, bien sûr, cette question de la grève du codage n’aura guère été abordée aujourd’hui par Martin Hirsch, patron de l’AP-HP, invité de la matinale de France Inter. Au micro de Nicolas Demorand et Léa Salamé, il a préféré commenter les scènes de jet de blouse de l’hôpital Saint-Louis, assurant que ces manifestations le « touchaient beaucoup ». « Ils nous disent on veut être entendu, on ne veut pas déranger les patients, du coup ça prend des formes spectaculaires » a-t-il encore commenté. Mais surtout, Martin Hirsch a vanté son action et celle du gouvernement et voulu donner des gages d’une intégration des revendications exprimées par les différents collectifs à l’origine des mouvements de protestation de ces six derniers mois à l’hôpital. Il a ainsi défendu l’annonce de la reprise de la dette, pourtant considérée comme hors sujet par beaucoup d’organisations, en notant que « ça rapporte plus d’argent que ce que les hospitaliers demandent ». Surtout, face à la pénurie d’infirmiers, il a affirmé qu’il disposait de financements suffisants pour assurer le recrutement de 600 professionnels supplémentaires, ainsi que pour augmenter les rémunérations de l’ordre de 1 000 euros par an en moyenne. De la même manière, en début de semaine, Agnès Buzyn avait listé dans un document de quatre pages l’ensemble des mesures mises en œuvre pour l’hôpital. Mais les collectifs estiment que l’ensemble de ces annonces demeure insuffisant et n’offre pas une réponse structurelle à la crise. De nouvelles rencontres sont cependant prévues dans les jours à venir avec Agnès Buzyn et ses conseillers.

D’autres mobilisations sont également en cours de préparation : une assemblée générale nationale du collectif Inter-Hôpitaux le 26 janvier et une éventuelle grève nationale le 14 février.

Aurélie Haroche