Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

JIM - Variant « anglais » en France : jusqu’ici tout va bien ?

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Paris, le mercredi 13 janvier 2021

La surveillance de la circulation du variant VOC 202012/01 UK (dit variant anglais) suscite une vigilance soutenue des pouvoirs publics. La probable plus grande contagiosité de ce virus laisse en effet redouter que son installation en France puisse entraîner une dégradation brutale de la situation épidémique.

Dans ce contexte, une enquête spécifique a été mise en place la semaine dernière. Diligentée par le CNR (Laboratoire des Hospices Civils de Lyon) en association avec Santé publique France et l’ANRS Maladies Infectieuses Emergentes, « elle consiste en un screening par RT-PCR ThermoFisher® puis séquençage des virus isolés des prélèvements traités pendant 2 jours par les laboratoires d’un réseau de virologues hospitaliers coordonné par l’ANRS et plusieurs laboratoires privés » résume Santé publique France dans une mise au point récemment publiée.

Une circulation encore très modérée
Les résultats préliminaires de ces travaux ont été présentés hier au Sénat par le ministre de la Santé, Olivier Véran. Rapportant un message transmis par le professeur Bruno Lina qui a coordonné l’étude, il a précisé : « Il me disait hier qu’il trouvait à peu près 1% de variant d’origine anglaise parmi les PCR positives en France ». Par ailleurs, ces données ne semblent pas mettre en évidence de concentrations particulières dans certains territoires.

Il s’agit d’informations plutôt satisfaisantes, suggérant une diffusion encore restreinte de ce variant tant redouté. Elle pourrait s’expliquer par l’efficacité des contrôles aux frontières (même si on le sait ils ne sont pas sans défaut ; des exemples récents l’ont montré), tandis que les différentes mesures qui sont aujourd’hui appliquées dans notre pays (fermeture d’un grand nombre d’établissements, port du masque généralisé) contribuent sans doute à freiner la circulation des virus quels qu’ils soient (ce dont témoigne d’ailleurs la quasi disparition des autres virus saisonniers).

Des séquençages plus systématiques nécessaires ?
Cependant, ces résultats ne peuvent être parfaitement rassurants. D’abord parce que l’on sait qu’un variant ayant un avantage sélectif de contagiosité a tendance à se substituer rapidement au virus « classique », comme cela été observé au cours des dernières semaines au Royaume Uni. Ensuite, parce qu’il faudrait pouvoir s’assurer de la représentativité de l’échantillon. Enfin, car le screening par RT-PCR ThermoFisher n’échappe pas à quelques failles. Ainsi, le cluster suspecté en Bretagne la semaine dernière grâce à cette technique s’est finalement révélé ne pas être lié au variant VOC 202012/01. Il n’est pas impossible qu’une erreur inverse puisse se reproduire : un variant n’étant pas détecté par la RT-PCR ThermoFisher et le séquençage non réalisé, faussant alors la surveillance. Il convient donc que l’intervention puisse être rapidement répétée, voire renforcée (avec un séquençage systématique, qui ne reposerait pas uniquement sur les résultats initiaux obtenus grâce à la RT-PCR ThermoFisher). Dans ce cadre, on peut peut-être s’inquiéter de la fréquence des opérations de screening par RT-PCR ThermoFisher® annoncée par le ministre de la Santé : « C’est une opération qui sera renouvelée très régulièrement, c’est-à-dire tous les sept à dix jours environ ». En tout état de cause, la circulation, même limitée, d’un SARS-CoV-2 potentiellement plus contagieux doit inviter à renforcer les dispositifs pour interrompre les chaînes de transmission et notamment l’isolement des personnes infectées symptomatiques ; sujet qui encore et toujours n’est qu’imparfaitement pris en considération par les organisations sanitaires.

A.H.