L’hôpital

JIM - Y’aura-t-il assez de soignants cet été ?

il y a 4 semaines, par Info santé sécu social

Publié le 09/05/2022

Marseille, le lundi 9 mai 2022

Alors que de nombreux hôpitaux manquent de soignants, le spectre d’une pénurie de praticiens cet été se fait sentir.

Les beaux jours sont arrivés en France et les prochaines vacances estivales sont dans toutes les têtes. Certains praticiens hospitaliers vont cependant devoir revoir leur plan s’ils ne veulent pas laisser leur établissement sur le flanc. Entre les départs en vacances des médecins et l’afflux de touristes, certains services hospitaliers craignent en effet de manquer de praticiens à partir de la fin juin. La conséquence d’une crise de l’hôpital public qui dure depuis de nombreuses années, qui s’est fortement accentuée avec la crise sanitaire et qui se traduit bien souvent par de nombreuses démissions de praticiens et de paramédicaux.

Les urgences de la Timone dans un cercle vicieux
Aux urgences de l’hôpital de la Timone à Marseille, la situation est particulièrement dramatique. Depuis le début de la crise sanitaire, le service est passé de 30 urgentistes équivalents temps plein (ETP) à seulement 16. Même constat chez les infirmiers, dont le nombre a également été diminué de moitié. La plupart des soignants démissionnaires sont partis travailler dans le privé, où ils bénéficient de salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail. « Je ne passe plus mon temps à chercher des lits d’aval, c’est ce qui m’a fait partir et a fait partir beaucoup de gens, ce temps médical gaspillé que nous préférerions utiliser à voir les malades » explique une urgentiste partie dans le privé.

Les urgences de la Timone sont piégées dans un cercle vicieux : des soignants partent, ce qui dégradent les conditions de travail et poussent des soignants à la démission etc. Par manque de moyens et d’effectifs, la direction ne peut pas répondre aux demandes des médecins. Il n’y aura donc ni ouverture d’un service de post-urgences, ni ligne de garde supplémentaire. « On est passé de 15 patients en même temps à 25 patients » constate amèrement un médecin. Pour ne rien arranger, plusieurs praticiens se sont plaints de retards dans le versement de la prime d’engagement dans la carrière hospitalière (PECH) et la prime de précarité, ce qui n’a fait qu’aggraver les tensions entre direction et médecins.

Alors que le nombre de médecins de ville est également en diminution à Marseille et que l’activité y est « quasi nulle en termes de permanence de soins » selon le chef du service de chirurgie pédiatrique, les urgences doivent également faire face à un afflux toujours plus important de patients. « Le nombre de passages aux urgences explose, tandis que le nombre de médecins diminue » résume un urgentiste. En principe dimensionné pour accueillir 200 patients, le service en accueille 280 par jour, avec des pics à 380 l’été dernier.

Des réfugiées ukrainiennes en renfort
Le service s’apprête donc à faire face à un été particulièrement à risque et la direction met tout en œuvre pour tenir le choc. Quatre à cinq médecins vont être appelés en renfort pour assurer une ligne de traumatologie d’urgence. Trois généralistes (dont deux réfugiées ukrainiennes) vont également tenir l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD). En outre, 20 lits d’aval supplémentaires vont être ouverts tandis que l’hôpital de la Timone demande à l’ARS d’assurer l’ouverture en permanence des maisons médicales de garde.

La situation difficile des urgences de la Timone à l’approche de l’été n’est qu’un exemple et d’autres services hospitaliers à travers la France s’apprêtent à vivre des vacances qui ne seront pas de tout repos. Bien plus au nord, à l’hôpital de Saint-Brieuc, où il manque déjà une vingtaine d’infirmiers, la direction promet 350 euros de prime aux paramédicaux pour chaque semaine de vacances prise après le 15 septembre. En outre, les heures supplémentaires seront majorées de 30 % et les salaires des contractuels alignés sur ceux des titulaires.

Quentin Haroche