Environnement et facteurs dégradant la santé

Journal International de Médecine (JIM) - Un milliard de terriens écrasés par la chaleur

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

New Delhi, le vendredi 29 avril 2022

Une canicule record s’abat en ce moment sur le Pakistan et le nord de l’Inde, les températures avoisinant les 50° C.

Un milliard de personnes qui suffoquent. Le Pakistan et le nord de l’Inde, parmi les pays les plus peuplés du monde, font actuellement face à une canicule sans précédent. La vague de chaleur a commencé depuis près de deux mois, l’Inde ayant connu son mois de mars le plus chaud depuis 1901, avec une température moyenne de 33,1° C. Mais les températures ont encore monté d’un cran ces derniers jours avec l’apparition de ce que les météorologistes appellent un « dôme de chaleur » enfermant tout le Pakistan et le nord-est de l’Inde.

Les températures ont atteint 46° C dans la capitale indienne New Delhi, 47° C dans la ville pakistanaise de Jacobadad, 48° C dans le Rajasthan. Selon les prévisions météorologiques, la situation pourrait encore s’aggraver dans les prochains jours et le thermomètre devrait atteindre les 50° C dans la région, du jamais vu. Même pour ces régions habituées à des chaleurs extrêmes (il fait régulièrement plus de 40° C en Inde en avril-mai, mois les plus chauds de l’année dans ce pays), ces températures sont inhabituelles et supérieurs de 4 à 6° C aux normales de saison. Les organismes sont mis à rude épreuve notamment parce que la météo ne leur accorde aucun répit : à New Delhi, la température reste supérieure à 27° C même la nuit et à Nawabshah au Pakistan, cela fait un mois que le thermomètre n’est pas redescendu en dessous de 42° C en journée.

Les plus vulnérables face à cette canicule extrême sont bien sûr les personnes âgées, les très jeunes enfants mais aussi les habitants vivant dans des bidonvilles, soit 35 % des Indiens et 40 % des Pakistanais. La plupart des habitants de ces régions sont par ailleurs trop pauvres pour disposer d’un climatiseur.

Pour le moment cependant, les effets de la chaleur sur la santé sont limités, puisque l’air dans les régions touchées par la canicule est très sec. Mais gare à ce que les scientifiques appellent « l’effet thermomètre mouillé ». Quand l’air est saturé en humidité, l’être humain ne parvient plus à transpirer et à se refroidir et toute température anormalement élevée peut être mortelle. Si l’humidité venait à augmenter dans les prochains jours en Inde et au Pakistan, la situation pourrait devenir catastrophique sur le plan sanitaire.

Pour le moment, le gouvernement indien assure que la situation sanitaire est sous contrôle mais espère à tout prix éviter les scènes de la canicule de l’an dernier, lorsque des affrontements avaient éclaté à Delhi en raison de problèmes d’approvisionnement en eau. L’Inde et le Pakistan n’en sont en effet malheureusement pas à leur première canicule : des vagues de chaleur extrême ont déjà touché la région en 2015, 2019 et 2021, tuant à chaque fois plusieurs milliers d’habitants.

Pour les scientifiques, il est incontestable que la répétition de ces épisodes caniculaires est due au réchauffement climatique induit par l’activité humaine. Selon Mariam Zacariah, climatologue à l’Imperial College de Londres, l’Inde et le Pakistan pourrait désormais connaitre des pics à 50° C tous les quatre ans, alors que ce phénomène ne survenait que tous les 50 ans avant l’ère industrielle. Pour Fabio d’Andrea, ces régions peuplés par des centaines de millions d’habitants pourraient devenir inhabitable dans plusieurs décennies. Les climatologues craignent que de plus en plus d’endroits du monde soient touchés par ces chaleurs extrêmes. On se souvient de la canicule intense qui avait touché le Canada l’été dernier alors que la température devrait atteindre les 40° C au Paraguay et en Argentine ce week-end.

Nicolas Barbet