L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

L’Anticapitaliste Hebdo : Des capotes et des stérilets

il y a 4 mois, par infosecusanté

L’Anticapitaliste Hebdo : Des capotes et des stérilets

Aurélie-Anne Thos

Hebdo L’Anticapitaliste - 598 (13/01/2022)

Le 9 septembre 2021, Olivier Véran annonçait la gratuité de la contraception pour les femmes de moins de 25 ans. Depuis le mois de janvier 2022 cette annonce est effective : ainsi tous les actes de soins permettant l’accès à la contraception et les contraceptifs eux-mêmes seront pris en charge à 100 % pour les femmes de moins de 25 ans.

Sur le papier c’est une avancée, on ne va pas cracher dans la soupe. Les jeunes femmes pourront se protéger gratuitement d’une grossesse non désirée ! Enfin, pas tout à fait…

Grande annonce, petits effets
En effet, ne sont pas concernés par cette mesure les préservatifs (externes et internes), ce qui est dommage quand on sait qu’ils restent une des méthodes privilégiée par les jeunes et qu’ils ont le double emploi de protéger des grossesses non désirées et des IST et MST. Les préservatifs sont d’ailleurs régulièrement utilisés en complément d’autres méthodes de contraception, ils sont donc au cœur de la vie sexuelle des jeunes. Mais le gouvernement laisse probablement la distribution de ce moyen contraceptif à la charge des associations. Ne sont pas non plus concernés les crèmes spermicides, les patchs, les anneaux vaginaux et les pilules de 3e (comme Cerazette, Minulet, Sylviane) et 4e générations (Jasmine, Yaz et Zoely par exemple).

Quelles contraceptions seront donc entièrement prises en charge pour les jeunes femmes alors ? Les pilules de première génération (ou plutôt LA pilule de première génération, la Triella étant la seule encore en vente et très peu prescrite), les pilules de deuxième génération (largement plus répandues avec entre autre Daily Ge, Leeloo Ge, Minidril, Optilova, Trinordiol), l’implant contraceptif hormonal, la pilule contraceptive d’urgence (qui, on le rappelle, n’est pas une méthode de contraception mais qui intervient lorsque la méthode contraceptive a échoué) et... le stérilet. Or on grince un peu des dents parce que le stérilet, précisément, est peu prescrit aux jeunes femmes. La raison ? Une croyance non scientifique, partagée par encore trop de soignantEs, que le stérilet serait dangereux chez la femme nullipare (n’ayant pas eu d’enfants). Ainsi seules 4,7 % des femmes de 20 à 24 ans utilisent un DIU (dispositif intra-utérin) et nombreuses sont celles qui se sont vu refuser la pose d’un stérilet par leur gynécologue.

Pour une contraception gratuite à tout âge !
Donc oui, il s’agit d’une avancée. Mais c’est encore trop loin des besoins réels des femmes ! D’abord parce que, comme le dit Martin Winckler, médecin, romancier et militant féministe : « La meilleure contraception c’est celle que l’on choisit ». C’est donc toutes les contraceptions qui devraient être concernées par la gratuité, et l’ensemble des moyens contraceptifs, de leur efficacité réelle et de leur effets indésirables potentiels devraient être ainsi pouvoir être proposés à toutes les femmes, qui pourront ainsi choisir en fonction de leurs pratiques, de leur rythme de vie, de leur santé. C’est aussi un changement dans les pratiques des professionnelEs de santé qu’il faut opérer, on ne le rappellera jamais assez mais un des freins à la contraception, outre les finances, sont les maltraitances gynécologiques (palpations systématiques des seins, nudité totale, position allongée jambes écartées, pieds dans les étriers, remarques sexistes, agressions, contraintes, refus du stérilet). Un autre axe de travail serait l’accessibilité de certaines pilules sans ordonnance, évitant le passage chez le gynécologue.

Ensuite il faut ouvrir cette gratuité à toutes les femmes, quel que soit leur âge. 25 ans n’est pas un âge fatidique à partir duquel toutes les femmes disposent merveilleusement de moyens financiers leur permettant de porter cette charge contraceptive, on rappelle au passage que les femmes gagnent toujours 20 % de moins que les hommes à poste égal. Ce n’est pas non plus un moment où nous plongerions toutes tête baissée dans la maternité. Il faut donc accès un libre accès à la contraception à tous les moments de la vie des femmes, afin que nous puissions toutes dire : « Un enfant si je veux, quand je veux ! »