L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

L’Anticapitaliste Hebdo : Hôpital  : face au désastre annoncé, Macron crée… une mission

il y a 1 mois, par infosecusanté

L’Anticapitaliste Hebdo : Hôpital  : face au désastre annoncé, Macron crée… une mission

Jean-Claude Delavigne

Hebdo L’Anticapitaliste - 619 (09/06/2022)

Face à la catastrophe qui s’annonce dans les hôpitaux, pour l’été1, Macron a dû sortir du silence. Pour occuper le terrain, il a effectué le 31 mai un déplacement avec la Première ministre à l’hôpital de Cherbourg. Sa seule annonce a été la création d’une « mission flash » présidée par le Dr François Braun, président de « Samu-Urgences France », mais aussi principal conseiller santé du président pendant sa campagne électorale. Cette mission rendra son rapport dans un mois.

Avec un cynisme tout macronien, François Braun, à peine nommé, a déclaré2, concernant la situation hospitalière : « La maladie est connue et le diagnostic posé ». Pourquoi donc alors, une nouvelle « mission » et un nouveau « rapport » ? La réponse est simple et purement politicienne : gagner du temps, et passer la séquence des élections législatives qui s’annonce plus difficiles que prévu pour l’exécutif. Une majorité à la botte du président une fois élue, il sera temps d’annoncer des mesurettes de dernière minute pour essayer de passer l’été, sans rapport avec l’urgence et la gravité de la situation.

Un risque d’effondrement
La situation hospitalière (limitations d’accès aux urgences, fermetures massives de lits dans les autres services faute de personnel) est accompagnée de l’extension des « déserts médicaux ». Elle n’a rien d’un accident imprévisible. Elle est le résultat direct d’années de politiques d’austérité et de privatisation, des gouvernements successifs. Macron a encore aggravé la situation avant et depuis l’épidémie de Covid-19. Le Ségur de la santé, s’il a un peu desserré la vis sur les rémunérations, n’a rien changé sur le fond. Après des années d’érosion c’est maintenant l’effondrement du système hospitalier qui menace.

Les mesures à prendre sont elles aussi connues et revendiquées depuis des années par les personnelEs et les défenseurEs de l’hôpital public : plans de formation et d’embauche massifs, augmentation des rémunérations à la hauteur des qualifications et des responsabilités, mise en stage immédiate et titularisation sous statut de la fonction publique des personnelEs recrutés, amélioration des conditions de travail, fin des méthodes déshumanisantes de gestion du privé appliquées à l’hôpital, création d’un service public de santé dans et hors l’hôpital sur tout le territoire, et pour cela bien sûr augmentation massive des budgets.

Pas question, pour Macron, d’aller dans cette direction. Avec ce deuxième quinquennat il entend poursuivre ce qu’il a engagé depuis 2017 : sous couvert de « territorialisation » du système de santé, ramener le service public à un dispositif minimum pour les plus pauvres, bricoler des dispositifs locaux à bas coût pour assurer un filet de sécurité minimum pour l’accès aux soins, et progressivement réserver les meilleurs soins à celles et ceux qui pourront les payer. Ce basculement s’accompagne du désengagement de la Sécurité sociale, au profit des assurances « complémentaires » dont les tarifs ne cessent d’augmenter.

L’épidémie de Covid-19 est venue perturber cette perspective en montrant la place irremplaçable qu’avait le service public. Elle a renforcé l’attachement à l’hôpital de la grande majorité de la population. Elle a montré, avec les scandales des EHPAD commerciaux (Korian, Orpea...), les effets d’un système de santé inféodé à la loi du profit. Or il n’est pas possible pour l’exécutif de faire accepter le basculement libéral définitif du système de santé, tant qu’existe un service service public de qualité apprécié par la majorité de la population. Il faut, pour y parvenir, que ce système réponde mal et menace de s’effondrer.

Une passe dangereuse pour l’hôpital et le droit à la santé
Ce risque existe aujourd’hui, et il ne faut pas se le cacher, il sera exploité par l’exécutif pour parvenir à ses fins. Celui-ci doit seulement éviter que la « casse » ne soit trop visible et trop meurtrière, et ne suscite l’indignation générale et la mobilisation. Tel est le but des propositions que doit faire la « mission flash ».

Nous entrons dans une passe dangereuse pour l’hôpital et le droit à la santé. Au moment où Macron réélu s’apprête à frapper, les personnelEs hospitaliers, épuisés par les deux années de lutte contre le Covid-19, écœurés de n’être pas entendus, sont sur la défensive. Le manque de perspectives données par les fédérations syndicales et les collectifs contribue à plomber l’ambiance dans les services.

La manière dont s’est préparée la journée du 7 juin, au départ lancée par la CGT et devenue tardivement unitaire en est l’illustration. Tous nos correspondantEs à Paris et en régions en témoignent : peu de préparation, peu de vrais appels unitaires, souvent plutôt une guerre de crocs-en-jambe entre syndicats, les yeux rivés sur les élections professionnelles, plutôt que sur les mobilisations.

La destruction du système de santé (comme celle du système éducatif) n’est pourtant pas seulement un recul social, c’est le type même de société dans laquelle nous vivons qui est en jeu.

Elle met à l’ordre du jour non seulement la nécessité de battre, dans les urnes, la macronie, la droite et l’extrême droite et les sociaux-libéraux, mais surtout dès aujourd’hui de redonner confiance, de construire les outils unitaires de mobilisation pour préparer les rudes combats qui s’annoncent, et de coordonner les luttes pour mettre en échec les projets prêts à sortir des cartons du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron.

1.Voir l’Anticapitaliste du 2 juin 2022.
2.Le Quotidien du médecin, 31 mai 2022.