L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

L’Anticapitaliste du 26/12/19 - Gagner la bataille contre la « réforme » des retraites

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

Plus que Juin 36 ou Mai 68, en cet automne 2019, c’est la référence à l’hiver 1995 qui s’impose avec, en complément pour les secteurs militants, les mobilisations de 2003 et 2010. Pourtant, vingt-quatre ans plus tard, la situation est bien différente.

En 1995, le secteur public et les entreprises nationalisées ont été déjà largement attaqués, depuis la quasi-liquidation de la sidérurgie avec des privatisation partielles ou totales. Le secteur privé subit depuis le milieu des années 1970 un développement massif du chômage, la déstructuration des grands secteurs industriels et la montée de la précarisation. Dans le secteur public non encore démantelé, les organisations syndicales sont encore fortement implantées avec des bases décisives en termes militants, financiers, organisationnels. Ce sont les attaques à la fois contre la structuration et les régimes de retraite de ces secteurs et contre le mode de gestion de la Sécu qui imposent à la CGT et FO d’engager la bataille.

Mobilisation massive et grève par procuration

Un tableau qui explique presque à lui seul le déroulement de la lutte de 1995. Dans le secteur public la mobilisation est massive, déterminée. Dans le secteur privé, la grève par procuration ne cède en général la place à des arrêts de travail que pour les militantEs syndicaux s’absentant sur des heures de délégation. Même les « temps forts » ne verront qu’une très faible participation aux manifestations pourtant massives.

Alors que la CGT et FO ont construit la montée la mobilisation autour de la réforme de la Sécu, après un mois de grève quasi totale dans les transports, l’énergie et l’enseignement, la CGT décide de la fin du conflit à la suite du seul renoncement à la remise en cause du statut de la SNCF et de la suppression des régimes spéciaux de retraite. La réforme de la Sécu, qui concernait l’ensemble des salariéEs, va être rapidement mise en œuvre.

Dans les décennies suivantes, les gouvernements engageront la privatisation de ce qui reste des secteurs industriels et celle des « biens communs » : EDF-GDF, Air France, La Poste, Autoroutes, Seita, etc.

Affaiblissement du mouvement syndical

Petit à petit, les capacités de mobilisation du secteur public vont s’amoindrir, avec, après le privé, l’affaiblissement du mouvement syndical. Et, de manière plus profonde, en raison du fait que les déstructurations, les privatisations ont souvent été initiées par les gouvernements de « gauche » voire accompagnées par le mouvement syndical. Ce qui accroît encore le désarroi des militantEs qui résistent aux régressions sociales et politiques. Les organisations syndicales nationales sont de plus en plus engluées dans des « concertations » et « négociations ».

Certes, des réserves de combativité existent et se manifestent dans des mouvements sectoriels ou locaux, mais aucun ne parvient à faire converger d’importants secteurs du salariat. Lors des mobilisations interpros à enjeux nationaux, les difficultés de mobilisation en termes de grève iront croissantes justifiant les tactiques « saute-mouton ». Sur le report de l’âge légal de départ à la retraite en 2010, contre la loi travail en 2016, contre la réforme du Code du travail en 2018, les attaques frappant clairement le privé n’ont pas donné lieu à des mobilisations dans ce secteur si on excepte les raffineries.

Un gouvernement décidé à aller au bout de l’affrontement

En cet automne 2019, la configuration est similaire, même si les salariéEs du public seraient particulièrement impactés par la contre-réforme des retraites. Égaré par le mouvement des Gilets jaunes, le gouvernement a probablement sous-estimé la capacité de mobilisation des organisations syndicales, même très affaiblies. Il a cru pouvoir faire abstraction du large rejet que suscite un pouvoir si ostensiblement au service des plus riches. Engagé dans un bras de fer mal anticipé, il a manifestement décidé d’aller au bout de l’affrontement, non seulement pour faire passer sa réforme « systémique », mais aussi pour, à l’image de Thatcher, écraser ou domestiquer ses adversaires les plus résolus, quitte même à se brouiller provisoirement avec la CFDT et ses amis.

Autant de raisons de revenir sur le déroulement de séquences précédentes avec pour objectif de porter, cette fois-ci, un coup d’arrêt réel à la machine destructrice.

Robert Pelletier