Amerique du Nord

L’Anticapitaliste hebdo (11 octobre 18) - Etats-Unis : Conditions de travail, pollutions sociales et mortalité

il y a 18 heures, par Info santé sécu social

Un ouvrage récent (Mourir pour un bulletin de salaire), écrit par un respectable universitaire étatsunien (Jeffrey Pfeffer, peu suspect d’anticapitalisme) dresse un tableau de la santé au travail aux États-Unis. Et c’est effrayant. Certes, accidents et morts au travail ont fortement diminué en une cinquantaine d’années. Mais, parallèlement, le stress et les troubles associés ont augmenté de manière impressionnante.

Les conditions de travail figurent au cinquième rang dans la liste des causes de mortalité aux États-Unis et, dans une interview, Pfeffer a déclaré que les chiffres officiels étaient certainement sous-estimés. Il met en cause les méthodes de management. Culte du résultat, extension du travail précaire et des horaires, immixtion grandissante de la sphère professionnelle dans la vie privée, toutes ces « pollutions sociales » mettent en danger la santé. L’auteur souligne aussi que les entreprises jouent avec l’ego des salariéEs : « Qu’est ce qui ne va pas avec toi ? Est-ce que tu ne serais pas à la hauteur ?... » Et il commente : « Qui voudrait admettre qu’il n’est pas assez bon ? » Pfeffer souligne que les locaux écologiques et les cours de yoga mis en avant par certaines entreprises ne règlent en rien le problème. C’est un des facteurs du recul de l’espérance de vie aux États-Unis depuis deux ans.

C’est loin d’en être la seule cause dans un pays où sont négligées la santé au travail et la santé en général, où ces questions sont largement renvoyées à l’initiative privée avec l’absence d’une couverture universelle, malgré les mesures (insuffisantes) de l’époque d’Obama. S’y ajoutent l’impact des inégalités sociales qui favorisent la mauvaise alimentation, la difficulté d’accès aux soins, la prise de drogues et de médicaments opiacés.

Plus de 5 millions d’habitantEs des États-Unis vivent avec moins de 4 dollars par jour et, comme le soulignait il y a quelques mois Angus Deaton (« prix Nobel » d’économie) : « Pour l’ensemble de la population, l’espérance de vie aux États-Unis est plus faible que ce qu’elle devrait être avec un tel revenu national et, dans certaines régions [des États-Unis] comme le delta du Mississippi et les Appalaches, l’espérance de vie est plus basse qu’au Bangladesh et au Vietnam. »

Henri Wilno