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L’Humanité - Gériatrie. Les lits supprimés laissent les plus âgés en plan

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Le 22 mai 2019

L’AP-HP envisage de fermer 1 200 lits de soins longue durée pour personnes dépendantes et malades. Des élus et des citoyens demandent un moratoire.

Le premier à demander un moratoire contre les fermetures de lits de soins longue durée (SLD) est le président du conseil départemental du Val-de-Marne, Christian Favier (PCF). Et pour cause, ce département et son voisin, la Seine-Saint-Denis, seraient les plus touchés par le projet de réorganisation des unités accueillant des malades souffrant de pathologies souvent multiples et dans l’incapacité d’assumer les actes de la vie quotidienne. Ce projet prévoit la disparition de 1 200 lits sur 3 024, avec l’aval de l’agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France. L’ARS, dans son principal document d’orientation, pointe pourtant le déficit de places dans ce secteur. Le journal le Monde, qui s’est procuré une projection des suppressions de lits envisagées, révèle que Paris perdrait 269 lits, le Val-de-Marne 326, tandis que la Seine-Saint-Denis se verrait privée de la totalité de ses 179 lits. Selon Pierre-Emmanuel Lecerf, directeur général adjoint de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), il s’agit « d’une hypothèse de travail comme une autre », et aucun scénario ne serait arrêté.

Pourtant, des lits sont bel et bien, et dès à présent, rayés de la carte. C’est le cas à l’hôpital Émile-Roux, le plus grand hôpital gériatrique de l’AP-HP, situé à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Une partie du personnel est en grève illimitée depuis le 17 février. 150 lits sur 390 sont sur la sellette. « Le problème est qu’il n’y a aucune solution mise en œuvre pour remplacer ces lits. On explique aux familles que leurs proches ne relèvent plus de SLD, et qu’ils doivent rentrer chez eux si cela est possible, ou alors être accueillis en Ehpad. Dans ce cas, c’est à elles de se débrouiller pour trouver une place dans des établissements qui affichent souvent de longues listes d’attente ou pour organiser l’accompagnement du patient à domicile », déplore Maurice Tarcy (CGT). Les salariés de l’hôpital René-Muret de Sevran (Seine-Saint-Denis) partagent ce constat. Trois syndicats (CGT, FO et SUD) viennent de créer un comité de défense de la gériatrie dans le département. « Au mieux, nous conserverons 50 % des 179 lits de l’unité, mais nous craignons que tous soient fermés. 200 lits sur 500 l’ont déjà été suite à des réorganisations », explique Sabbah Milot, responsable CGT.

Les employés des Ehpad n’ont pas le temps d’assurer les soins médicaux
Interrogée par nos soins, l’AP-HP n’a pas confirmé de chiffres. La direction du plus grand CHU public d’Europe s’est contentée de préciser « qu’il ne s’agit pas de fermer les lits pour qu’il y ait moins de lits, mais d’adapter l’offre, à niveau global constant, aux besoins des patients ». Bref, il n’y aurait « aucune réduction de capacité ». Pour l’AP-HP, la moitié des malades âgés hospitalisés en long séjour relèvent des soins à domicile ou d’un accueil en Ehpad. En réalité, les employés des Ehpad n’ont le temps d’assurer ni les soins médicaux, ni la surveillance dont ont besoin les malades pris en charge en long séjour. Les ratios de personnel y sont, en effet, très inférieurs à l’hôpital, où une infirmière a en charge 24 patients, contre 70 en Ephad. Et une aide-soignante 9 patients, contre 15 résidents d’un Ehpad.

Dans le Val-de-Marne, la coordination de vigilance du CHU Henri-Mondor, qui regroupe des citoyens, des élus et des professionnels de santé mobilisés pour la défense des services d’urgence, pointe un autre danger : celui d’aggraver encore leur surcharge par l’afflux de patients mal pris en charge.

Sylvie Ducatteau