Les professionnels de santé

L’Humanité - Manque de médecins : à qui la faute ?

22 février, par Info santé sécu social

Christophe Prudhomme

Face au manque de médecins, une foule d’« experts » nous propose des solutions toutes plus bancales les unes que les autres. Pour certains, ce sont les cabines d’examen connectées dans les supermarchés, pour d’autres, ce sont les consultations de télémédecine ou encore des infirmières appliquant des protocoles pour remplacer les médecins dans les territoires déshérités.

Bien entendu, la principale cause du problème est le numerus clausus maintenu à un niveau très bas pendant plus de vingt ans, suivant en cela les économistes libéraux qui pensaient ainsi diminuer le nombre de prescripteurs, donc les dépenses de la Sécurité sociale. Ces derniers ont été largement aidés par les représentants de la corporation médicale, angoissés par le fait que, la taille du gâteau se réduisant, la part de chacun allait rétrécir.

Plusieurs éléments récents montrent que rien n’a changé malgré les pseudo-engagements du gouvernement. Il n’y a pas de suppression du numerus clausus car les universités déclarent ne pas avoir les moyens d’augmenter autant que de besoin le nombre d’étudiants. Cette année, environ 10 000 places seront ouvertes, soit le même nombre qu’au milieu des années 1970, avec alors une population de 20 % inférieure, et bien plus jeune qu’aujourd’hui. Deuxième exemple : de nombreux jeunes sont partis à l’étranger pour faire des études de médecine. Certains reviennent en France et demandent à valider leur diplôme, ce qui s’avère un véritable parcours du combattant, voire impossible. Enfin, cerise sur le gâteau, la situation de la région Centre-Val de Loire, où est réclamée depuis des années, sans résultat, l’ouverture d’une deuxième faculté de médecine dans un territoire où la densité médicale est la plus faible de tout le pays. Or, nous apprenions, il y a peu, l’ouverture d’une antenne de la faculté de médecine de Zagreb à Orléans, pour former les étudiants français qui ne trouvent pas de place dans les établissements de leur pays.

Ces exemples montrent clairement qu’il n’existe aucune volonté politique de former réellement le nombre de médecins nécessaire pour répondre aux besoins de la population. Car l’objectif inavoué est de provoquer l’effondrement de notre système de santé, qui s’appuie sur le service public et un financement majoritaire par la Sécurité sociale, pour laisser la place au secteur privé et aux assurances. En effet, dans un contexte de pénurie, les médecins continueront à se concentrer là où la population pourra se payer ce qui est rare, donc cher – éternelle loi du marché –, au détriment du reste de la population, qui devra se contenter d’hôpitaux avec très peu de médecins et d’une médecine de ville avec quelques personnels paramédicaux se transformant en officiers de santé.