Le social et médico social

L’Humanité - Pourquoi 30 % de ceux qui ont droit à des aides sociales y renoncent

15 avril, par Info santé sécu social

Camille Bauer

Le Secours catholique publie, ce jeudi, un rapport pour comprendre pourquoi trop de personnes renoncent aux prestations auxquelles elles ont droit et quel est leur profil. L’association suggère aussi des pistes pour améliorer la situation.

On le sait, environ 30 % de ceux qui ont droit à des prestations sociales y renoncent. « Mais si le phénomène est loin d’être marginal, il est encore insuffisamment pris en compte », dénonce le Secours catholique, dans une enquête rendue publique ce 15 avril.

Source d’économies pour l’État, ce renoncement s’avère souvent dramatique pour les personnes pour qui ces aides, malgré leur faiblesse, constituent le seul moyen de garder la tête hors de l’eau. Ainsi, « le niveau de vie médian de celles en situation de non-recours au RSA était de 200 euros, contre 648 euros pour les allocataires », souligne l’association.

Un nombre beaucoup plus important de potentiels bénéficiaires
S’il est massif et tend à augmenter, le non-recours ne concerne pas toutes les prestations de façon identique. Au-dessus de 30 % pour le RSA, il touche un quart des personnes quand il s’agit des allocations familiales. Son niveau est plus élevé pour la santé (plus de 40 %) malgré la mise en place en 2019 d’une complémentaire santé solidaire censée réduire le renoncement aux soins. « Je paye tout de ma poche, j’ai 900 euros. Le grand a des caries, ça fait 100 euros, je les sors », explique ainsi une mère interrogée par l’association.

Le chiffre de 30 % ne permet pas non plus de comprendre la diversité des cas de non-recours. Ce pourcentage « ne se résume pas à la demande d’entrée dans le système de protection sociale », souligne l’association. Le temps souvent très long entre la demande et l’obtention de la prestation est aussi une source de difficulté et d’incompréhension.

Les entretiens font surtout apparaître son caractère dynamique qui fait qu’en réalité il concerne un nombre beaucoup plus important de potentiels bénéficiaires. « Une majorité des personnes rencontrées a été concernée par le phénomène du non-recours, parfois dans des temps brefs, abandonnant temporairement leurs démarches ou étant confrontées à des ruptures de droits », explique l’enquête. Enfin, 10 % des personnes accueillies par l’association renoncent à toute prestation. Ce sont en majorité des hommes seuls ou des personnes vivant en habitat précaire.

Une simplification des démarches et une information indispensables
Comment expliquer ce renoncement ? Le premier facteur est le manque de connaissance. Même si les personnes interrogées ont dans leur grande majorité entendu parler des prestations, elles ont souvent plus de difficulté à savoir « à qui ces dispositifs s’adressent et selon quels critères, en particulier de ressources, ils sont attribués ».

Autre obstacle, le nombre de démarches à entreprendre, de papiers à remplir, de justificatifs à fournir, d’autant plus complexes que les textes administratifs sont rédigés dans une langue alambiquée. « Ils emploient des mots de notaires très haut placés. Il faut me parler tout simple », confie ainsi un bénéficiaire. Enfin, « il existe aussi des formes de non-recours volontaires, du fait de la stigmatisation pesant sur les allocataires de minima sociaux, mais parfois aussi par souci de ne pas “abuser” ».

Le Secours catholique suggère des pistes pour améliorer la situation. À commencer par la mise en place d’un objectif quantifié de politique publique. L’association insiste aussi sur la nécessaire simplification des démarches et sur l’importance d’une information et d’un accompagnement mieux ciblés sur les publics les plus fragiles. Enfin, elle encourage à fixer des objectifs contraignants aux organismes, pour que le non-­recours ne soit plus une variable d’économies budgétaires.