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L’Humanité - Retraites et chômage : Castex ira au bout plus tard

il y a 5 jours, par Info santé sécu social

Le 18 juillet 2020

A l’issue de la « conférence du dialogue social » de ce vendredi, le premier ministre a acté une méthode moins frontale et un nouvel agenda. Mais il compte bien imposer les réformes du régime des pensions et de l’assurance chômage en 2021.

Droit dans ses bottes fut Edouard Philippe pour faire avancer les réformes des retraites et de l’assurance chômage. « Droit dans ses bottes » sera aussi Jean Castex sur ces sujets. Seul le rythme de mise en place change. Le nouveau premier ministre a annoncé son agenda social aux syndicats et patronat, ce vendredi matin. Ces deux sujets y figurent toujours en bonne place, mais plus dans les premières positions. Les questions liées au plan de relance économique et à l’emploi des jeunes font partie des premières urgences à traiter, selon le chef du gouvernement qui s’est exprimé ce vendredi midi à la suite de la rencontre.

Le financement de la protection sociale et la dépendance sont des thématiques que l’exécutif a d’ores et déjà annoncées pour septembre. D’autres concertations concernant les travailleurs détachés, la transition écologiques ou le partage de la valeur seront menées au niveau national et territorialement, selon un agenda envoyé aux représentants des salariés et des patrons en début de semaine prochaine. Cet agenda comprendra une prochaine « conférence de dialogue social » en octobre.

Retraites : deux temps pour un même mouvement

Sur cette question, le premier ministre a prévenu que « l’instauration d’un nouveau régime universel de retraite (…) sera maintenu. Simplement, comme je l’ai indiqué aux partenaires sociaux, nous lui appliquerons une nouvelle méthode en distinguant le caractère structurel de cette réforme qui vise à plus de justice de tous ses éléments financiers, en reprenant la concertation dans les mois à venir pour en améliorer le contenu et la lisibilité ». Le Conseil d’orientation des retraites (COR) va être saisi à la rentrée afin d’évaluer la situation financière des régimes actuels en distinguant la partie liée à la crise en cours du déficit structurel. Ce même COR avait envisagé un déficit aux alentours de 30 milliards d’euros pour 2020, un chiffre mis en avant par l’exécutif pour annoncer qu’il ne renoncerait pas à la réforme inscrite dans le programme du candidat Macron.

Simplement, celle-ci sera conduite en deux temps. D’abord, une négociation sur les équilibres financiers du régime actuel à la suite de la communication des estimations du COR. Pour cette phase, le patronat comme l’exécutif poussent à de nouvelles mesures d’âge qui pourraient passer par une accélération du calendrier contenu dans la précédente réforme Touraine d’augmentation du nombre de trimestres nécessaires au déclenchement des droits à pension à taux plein. Une seconde phase s’ouvrirait au plus tôt au début de l’année prochaine en vue d’instaurer le régime par points contenu dans la réforme Delevoye-Philippe, votée en première lecture par l’Assemblée et mise en attente depuis l’irruption du Covid-19.

De quoi satisfaire Laurent Berger, qui estimait ce vendredi : « Ça correspond à notre projet de ne pas faire du sujet des retraites le sujet de l’été ou de l’automne. (…) Nous continuons de croire qu’un système universel est plus juste mais la priorité n’est pas celle-ci aujourd’hui ».

La réforme de l’Assurance chômage reviendra début 2021
Philippe Martinez soulève une autre question qui n’est pour l’heure pas inscrite à l’agenda social du premier ministre. « Il y a un problème de financement de la Sécurité sociale, a-t-il estimé sur RTL. Notre système est bon, mais le robinet qui alimente le financement de la Sécu est de plus en plus fermé », car « on fait de plus en plus d’exonérations de cotisations sociales, notamment aux employeurs et aux grands groupes ». Quant au régime par points, le secrétaire général de la CGT a réitéré son opposition : « Pourquoi veut-on rabaisser les droits de ceux qui en ont un peu plus que les autres ? Pourquoi n’augmente-t-on pas les droits de ceux qui en ont moins ? C’est ça, le problème de fond. Pourquoi remettre sur la table un sujet qui divise le pays ? »

Même tactique du premier ministre concernant une autre réforme emblématique du quinquennat : celle menée par l’ancienne ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui a contribué à réduire l’accès aux indemnisations chômage. Une première partie de cette réforme avait été mise en application dès le 1 er novembre dernier. Une seconde devait intervenir au 1 er mai. Durant le confinement, Muriel Pénicaud avait repoussé la mise en place de ce second volet au 1 er septembre prochain. Jean Castex a annoncé ce vendredi le report jusque début 2021 de la totalité de la réforme de l’assurance chômage, y compris les mesures déjà entrées en vigueur le 1er novembre qui durcissent les conditions d’ouverture de droits (avoir travaillé 6 mois pendant une période de 24 mois, au lieu de 4 mois sur 28) et de leur rechargement. Mais, prévient le premier ministre, cette réforme est « une bonne réforme et nous la mènerons à terme. Nous avons, parce que nous sommes pragmatiques, décidé de l’adapter aux circonstances et d’en décaler la date d’entrée en vigueur ».

Méthode et discours sur la méthode

Côté patronal, la satisfaction est de mise face à ce nouveau tempo social imposé par le premier ministre. « En détendant les calendriers, cela permet d’éviter les sujets qui fâchent », a commenté le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Côté syndical, la méthode Castex semble avoir plu. Pour la CFDT, Laurent Berger y a vu « une vraie sincérité du premier ministre dans sa conviction du dialogue social ». « Il semble que quelque chose soit en train de changer dans la méthode du gouvernement », a constaté le président de la CFE-CGC, François Hommeril. « C’est un discours de gaulliste social qui rompt avec Macron, c’est déstabilisant », a commenté le numéro un de FO, Yves Veyrier.

Philippe Martinez compte, lui, juger la méthode Castex « aux actes ». Le secrétaire général de la CGT a appelé ce vendredi matin sur RTL le gouvernement à « relancer le pouvoir d’achat des premiers de corvée » en augmentant le Smic d’au minimum 10 % tout de suite, avec « une clause de revoyure sur les bas salaires ». La confédération syndicale appelle à une journée de mobilisation et de grève le 17 septembre prochain.

Stéphane Guérard