Les retraites

L’OBS : Retraites : la CFDT marque un point majeur sur l’âge de départ

il y a 1 mois, par infosecusanté

L’OBS : Retraites : la CFDT marque un point majeur sur l’âge de départ

Baptiste Legrand

Le 27/08/2019

CEmmanuel Macron a renoncé à l’âge de 64 ans pour un départ sans décote, comme le réclamait Laurent Berger avec insistance.
C’était « un point rouge », une mesure « totalement stupide », pour reprendre les mots de Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT. Non, décidément, le projet de faire passer à 64 ans l’âge pour un départ en retraite sans pénalité, ne passait pas. Allait-on voir la CFDT rejoindre FO et la CGT dans l’opposition à la retraite par points ? Et avec elles les autres syndicats réformistes, la CFTC et l’Unsa, eux-aussi catégoriquement opposés à cette mesure d’âge ?
Emmanuel Macron n’a pas voulu prendre ce risque. Il a annoncé lundi soir sa préférence pour un allongement de la durée de cotisation plutôt que pour une mesure touchant à l’âge de départ :

« Je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge, car si vous avez un accord sur la durée, si vous commencez plus tard, vous finissez plus tard, et quand vous commencez plus tôt vous partez plus tôt », a-t-il déclaré sur France 2.
Ce n’est pas un détail, bien au contraire. L’âge de départ concentrait les critiques : le rapport du haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, proposait un « âge d’équilibre » (ou « âge pivot ») à 64 ans. Partir à 62 ans restait possible, mais avec une pension au rabais, tandis que travailler au-delà de 64 ans permettait à l’inverse de bénéficier d’une surcote.
Principal inconvénient : cela revenait à placer tous les travailleurs sur la même ligne d’arrivée, quelque soit l’âge auquel ils avaient commencé à travailler – un cadre, qui a fait des études longues et a commencé à travailler à 24 ans (40 années de cotisation) ou un salarié ayant commencé à travailler à 20 ans (44 années de cotisations).
Comme la gauche
En marquant sa préférence pour un allongement de la durée de cotisation, Emmanuel Macron évite une injustice. Mais il s’inscrit aussi dans une logique souvent privilégiée par les gouvernements de gauche. La réforme de Marisol Touraine (en 2014 sous François Hollande, alors qu’Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de l’Elysée) a en effet prévu un allongement très progressif de la durée de cotisation, qui passe à 43 ans pour la génération née en 1973.
Tandis que la droite, de son côté, a le plus souvent touché à l’âge de départ, comme avec la réforme d’Eric Woerth (en 2010 sous Nicolas Sarkozy) qui décale de 60 à 62 ans l’âge légal de départ et de 65 à 67 ans l’âge du départ sans décote. Xavier Bertrand ou Eric Woerth proposent encore aujourd’hui de repousser l’âge légal de 62 à 65 ans. C’est aussi la demande du Medef. Son président Geoffroy Roux de Bézieux appelle à un report de l’âge de départ, de 62 à 64 ans.
La carte du dialogue
Laurent Berger a marqué une satisfaction prudente, mardi matin, alors qu’il était reçu à Matignon :
« Il y a eu une annonce hier du président de la République, il a dit que l’âge pivot était une erreur, n’était pas une bonne chose en tout cas. Tant mieux, on l’avait dit aussi, donc maintenant on verra. »
Les déclarations d’Emmanuel Macron ne doivent pas être perçues comme un désaveu de Jean-Paul Delevoye. Durant les 18 mois de préparation de son rapport, le haut-commissaire n’a jamais adopté de position de principe sur ces mesures paramétriques et a au contraire répété que tout était soumis au débat.
Surtout, elles montrent avant même l’ouverture officielle de la concertation, les 5 et 6 septembre, quand les partenaires sociaux seront reçus à Matignon, qu’Emmanuel Macron est prêt à écouter les oppositions – contrairement, par exemple, à la méthode adoptée sur le dossier de l’assurance chômage.
« Je veux que cette réforme [des retraites] incarne un changement de méthode. On va la construire tous ensemble cette réforme » , a-t-il aussi déclaré lundi soir, évoquant, « plus qu’une concertation », « une grande négociation », « un grand débat ».
Un des négociateurs syndicaux s’en réjouit :
« Cela démontre que rien n’est encore tranché et qu’il y a des choses à négocier !"
Le geste d’Emmanuel Macron ne suffira pas à museler les oppositions de FO et de la CGT, opposés au principe même de la retraite par points, et qui manifesteront (séparément) les 21 et 24 septembre. Mais c’est un gage aux syndicats réformistes, qui pourront se prévaloir d’avoir infléchi la réforme.