L’hôpital

La République du centre - Le plan blanc appliqué aux urgences du CHR d’Orléans où la quasi-totalité du personnel infirmier et aide-soignant est en arrêt-maladie

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Publié le 29/03/2022

Les personnels du service des urgences n’en peuvent plus de devoir laisser des patients sur des brancards, dans les couloirs.

La situation du service est très tendue depuis plusieurs mois. Les personnels sont épuisés. Seules les urgences vitales vont, désormais, pouvoir être prises en charge.
"Les urgences adultes du CHR Orléans ne sont plus en situation de fonctionnement normal dans la mesure où la quasi-totalité du personnel infirmier est en arrêt maladie en raison du prolongement de la saturation des urgences liée à la fermeture des lits d’hospitalisation. Lors de la réunion de crise de ce matin, le CHR Orléans a pris la décision de déclencher son plan blanc". La direction a dû réagir après une journée de lundi catastrophique. Une de plus après toutes celles qui s’accumulent depuis des mois.

La glaçante réalité des urgences au CHR d’Orléans

Un lundi noir

Lundi 28 mars, un patient est mort sur un brancard. Brancards sur lesquels des personnes restent allongées parfois pendant quatre jours. Faute de pouvoir être admises dans des services aux lits fermés en raison du manque de personnels. "Nous avions des problèmes en médecine, c’est aussi le cas, maintenant, en chirurgie" témoigne une aide-soignante du service, en préférant conserver l’anonymat. Une fracture doit attendre deux jours pour être réparée. Le patient admis aux urgences est prévenu à son arrivée, il lui faudra attendre 7 heures pour voir un médecin.

Lundi 28 mars, 235 patients ont franchi les portes du service des urgences, pour lequel la situation est tendue lorsqu’on dépasse les 150 admissions !

"Il y a quelques années, 180 patients à prendre en charge, c’était une grosse, grosse journée."

En alertant la direction, le personnel, épuisé, s’est vu répondre que la situation s’améliorera... en septembre ! Craignant pour leur santé et celle des patients, les personnels infirmier et aide-soignant ont consulté un médecin. Qui leur a prescrit un arrêt pour "souffrance au travail".

"À ce jour (mardi 29 mars) il est recensé 55 arrêts maladie et la prévision est de 90% de l’équipe", constate un communiqué de la section Sud santé sociaux.

Les urgences dermatologiques fermées

"Il faut un électrochoc"

"Il faut un électrochoc", commente un infirmier expérimenté qui n’a "jamais vu ça" (lui aussi souhaite rester anonyme). Mais après les courriers, les grèves, les débrayages, rien n’a bougé. "C’est même pire" regrette-t-il. Il lui est arrivé, avec son binôme aide-soignant, de devoir prendre en charge vingt-sept patients quand il est préconisé un maximum de... huit ! "C’est inhumain ce qu’ils nous demandent."

"La direction nous dit : "On est tous dans le même bateau" mais nous, nous ne sommes pas aux commandes du navire. Nous sommes dans la cale, les pieds dans l’eau."

En attendant une solution et jusqu’à nouvel ordre, le service des urgences adultes du CHR d’Orléans ne prend en charge que les urgences vitales. Une réunion extraordinaire est organisée dans la soirée avec les acteurs de la santé pour tenter d’apporter une réponse.


"Nous n’avons pas de solution"
Olivier Boyer, directeur général du CHR, l’admet : "Nous n’avons pas de solution". Avec 130 à 150 lits fermés en raison de plus d’une centaine de postes d’infirmiers vacants, "on ne peut plus hospitaliser les patients". Il présidait, cet après-midi, une "troisième cellule de crise" réunissant tous les acteurs de santé pour tenter de trouver une organisation puisque les urgences adultes du CHRO ne pourront plus prendre en charge que des urgences vitales tant que les personnels soignants – "presque tout le service" – sont en arrêt. Il est tout de même à signaler que les urgences pédiatriques et obstétriques, en situation de tension elles aussi, conservent actuellement leur fonctionnement habituel.


Philippe Abline