Luttes et mobilisations

Le Généraliste - Buzyn sous pression avant une manifestation « pour sauver l’hôpital public »

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Stéphane Lancelot
| 13.11.2019

L’hôpital public va mal. Depuis huit mois, des services d’urgence sont en grève (268 l’étaient au 11 novembre, selon le collectif Inter-urgences). Et malgré les moyens alloués à son plan urgences, Agnès Buzyn n’est pas parvenu à enrayer cette crise.

À bout de souffle, les soignants réclament une augmentation immédiate de 300 euros net mensuels de tous les salaires ainsi que « l’arrêt des fermetures de lits d’hospitalisation ». Consciente du « problème de rémunération » qui touche l’hôpital, la ministre de la Santé a annoncé fin octobre qu’elle préparait un « plan de soutien » « pour l’hôpital public et l’hôpital en général » avec « évidemment des moyens associés ». Celui-ci doit être présenté ce mois-ci.

En attendant les annonces, des milliers de soignants répondront à l’appel du Collectif Inter-hôpitaux ce jeudi et manifesteront donc dans les rues de Paris pour « sauver l’hôpital public ». D’autres actions sont également prévues partout en France.

« L’hôpital public s’écroule », préviennent les directeurs médicaux de l’AP-HP

Ce mercredi, 70 directeurs médicaux de l’AP-HP s’alertent dans une tribune publiée par Le Monde de la situation. « L’hôpital public s’écroule », clament-ils. Fermetures de lits d’hospitalisation et de salles d’opération, allongement des délais de prises en charges, surcharge de travail, épuisement… Les signataires craignent que l’hôpital public n’atteigne un « point de rupture irréversible » et appellent donc à « une refonte complète » du financement de l’hôpital. « Nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins », écrivent les signataires.

Après des années de pression budgétaire et de « réduction progressive des effectifs », les directeurs médicaux de l’AP-HP appellent à « réviser à la hausse » l’Ondam pour éviter « le pire » demain. D’autres « mesures d’urgence » s’imposent selon eux, comme une revalorisation du « salaire des personnels paramédicaux, infirmiers en premier lieu, et des médecins » ou un accès aux logements facilité « à proximité » des hôpitaux.

Le PLFSS renvoyé en commission par les sénateurs

Du côté du Sénat, ça gronde aussi. Mardi, les élus de la chambre haute ont voté à une large majorité une motion de renvoi du texte en commission. Une façon pour eux de marquer leur mécontentement d’examiner un projet de loi n’intégrant pas les mesures que la ministre doit annoncer, et donc jugé « obsolète », « caduc », voire « insincère ».

« Je comprends l’impatience et la difficulté de discuter d’un texte sans que l’ensemble des mesures envisagées n’aient pu être annoncées », leur a répondu Agnès Buzyn, soulignant que la décision de la commission était « un acte fort » qui a été « entendu ».

L’Ondam revu à la hausse ?

« Je crois pourtant que l’hôpital mérite un débat. L’Ondam (fixé à 2,3 % pour 2020, dont 2,1 % pour l’hôpital, ndlr) est une chose, et je vous le dis en toute transparence, des discussions sont en cours sur son niveau, a poursuivi la ministre. Ces discussions sont lourdes de conséquences, elles nécessitent des arbitrages difficiles ». Et Agnès Buzyn de préciser : « Ces travaux ne s’arrêtent pas à l’Ondam, ils concernent la campagne tarifaire, de niveau réglementaire, (...) les règles de gestion des ressources humaines, (...) l’accompagnement des établissements ».

La fin d’année s’annonce explosive pour Agnès Buzyn, qui fait face à la plus grosse crise sociale depuis sa prise de fonction. « Seuls une réponse à la hauteur des enjeux et un investissement important permettront de répondre au désarroi des médecins et des professionnels de santé », prévient mercredi soir l’Ordre des médecins.

(Avec AFP)