L’hôpital

Le Généraliste - La Drees confirme un fort recul des hospitalisations hors Covid en 2020

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Les hospitalisations pour des causes autres que le Covid-19 ont marqué une baisse « inédite » en 2020. Et ce, sous le coup de la pandémie. C’est ce qu’a confirmé hier la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui vient de publier une estimation de l’impact de la crise sanitaire sur l’activité hospitalière.

En fait, cet important recul des admissions à l’hôpital pendant l’épidémie de Covid-19 était redouté dès la première vague. Certains établissements ou réseaux d’établissements tels qu’Unicancer avaient déjà fait part d’une diminution des hospitalisations non rattrapée notamment après le premier confinement, et des enquêtes telles qu’EpiCoV avaient plus largement fait état d’une chute du recours aux soins et des délivrances de médicaments utilisés à l’hôpital en France. Cependant, des statistiques nationales manquaient encore pour confirmer l’influence du Covid-19 sur les prises en charge à l’hôpital.

Ainsi la Drees s’est-elle penchée sur toutes les données d’hospitalisations, complètes ou partielles, quel qu’en soit le motif – à l’exclusion du Covid-19 –, enregistrées au cours des années 2019 (année de référence) et 2020 au sein du PMSI MCO (programme de médicalisation des systèmes d’information – médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie).

La première vague en cause

Résultat : en 2020, un total de 15,9 millions de séjours hospitaliers a été enregistré. Soit 13 % de moins qu’en 2019, hors Covid-19, note la Drees.

D’après l’instance, ce recul des hospitalisations toucherait tous les types de séjour, les hospitalisations complètes (-16,5 %) comme les hospitalisations de jour (-12,2 %), les séjours pour opération de chirurgie (-15,5 %) comme ceux pour des actes de chirurgie moins invasifs (-14,8 %), voire sans acte classant (-9,2 %).

Cependant, « la baisse du nombre de séjours hors Covid-19 n’est pas répartie uniformément » à la fois sur le territoire et sur l’année 2020, remarque la Drees. De fait, les régions les plus concernées sont celles qui ont été les plus touchées par l’épidémie, à l’instar de l’Île-de-France (-16,4 %), du Grand-Est (-15,3 %), de l’Auvergne-Rhône-Alpes (-15,1 %) et des Hauts-de-France (-15,0 %). Par ailleurs, ce recul des hospitalisations apparaît surtout concentré sur la première vague de l’épidémie (-52,9 %). « Contrairement à la première vague, les déprogrammations ont été ciblées et limitées lors de la deuxième vague, les connaissances sur le virus et la gestion des soins des patients en période épidémique ayant progressé, ce qui a permis de mieux garantir la continuité des soins », explique la Direction de la recherche.

Déprogrammations et gestes barrière

De même, certaines pathologies apparaissent plus concernées que d’autre par ce recul des hospitalisations.

À commencer par les motifs ORL (-31,6 %), les maladies infectieuses (-28,1 %) et maladies de l’appareil respiratoire (hors Covid-19) [-26,9 %], et ce, surtout chez les enfants de 2 à 14 ans. Un phénomène « probablement dû à l’application des mesures sanitaires et des gestes barrières », conjecture la Drees.

En population générale, ce sont les maladies de l’appareil digestif (16,3 %) et de l’appareil respiratoire (10,5 %) qui contribuent le plus à la baisse totale du nombre de séjours. En cause, également l’application des gestes barrière, mais aussi les déprogrammations, les séjours pour maladies de la cavité buccale (principalement dents de sagesse), hernies, etc. étant particulièrement concernés.

Des maladies graves également concernées

Plus inquiétant, les maladies de l’appareil circulatoire ont également suscité moins d’hospitalisations qu’à l’habitude (- 10,8 %). « La baisse la plus importante concerne les insuffisances cardiaques aiguës (-12,1 %), suivie des infarctus du myocarde (IDM) [-9,2 %], des accidents ischémiques transitoires (AIT) [-8,0 %] et des accidents vasculaires cérébraux constitués (AVC) [-5,0 %] », détaille la Drees. Une tendance similaire ayant aussi été constatée aux urgences pour d’autres pathologies graves et aiguës, la Drees suspecte cette fois « la peur d’être contaminé en se rendant à l’hôpital ou de participer à la saturation des services d’urgences », et des « difficultés d’accès aux soins (saturation des numéros d’urgence et/ou capacités réduites d’hospitalisation) », voire – s’agissant surtout des hospitalisations pour polytraumatisme – « les restrictions de circulation lors des confinements ».

À noter qu’au chapitre des maladies graves, la prise en charge des cancers a aussi été affectée par ce recul des hospitalisations, les séjours en lien avec l’activité de diagnostic en particulier ayant enregistré une baisse notable. « En cancérologie, les séjours pour actes et procédures peu invasifs (comme pour réalisation d’endoscopies et fibroscopies à visée diagnostique) sont ceux qui ont connu le plus fort recul (-11,7 %), en particulier pendant la première vague (-54,5 %) », précise la Drees, qui déplore une absence de rattrapage sur le reste de l’année.