Le droit à la santé

Le Généraliste - L’espérance de vie s’infléchit, la faute à la grippe et aux cancers

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Linda Sitruk
| 24.04.2019

Au premier janvier 2018, la France comptait près de 67 millions d’habitants, soit 122 300 personnes de plus que l’année précédente, mais l’accroissement annuel moyen, et tout particulièrement l’accroissement naturel, n’ont jamais été aussi faibles depuis 20 ans, voire 40 ans.

Un gain modeste d’espérance de vie

Entre 2017 et 2018, l’espérance de vie à la naissance n’a augmenté que de 0,1 an pour les hommes et elle a reculé de 0,1 an pour les femmes. Elle est aujourd’hui estimée à 79,4 ans pour les hommes et 85,2 ans pour les femmes selon les chiffres provisoires de l’Insee pour la France entière, un gain qualifié de "modeste" les auteurs de cette étude passionnante publiée ce jour dans la revue Populations et Sociétés de l’Ined (Institut National d’études démographiques).

L’espérance de vie qui progressait de trois mois par an depuis le milieu du XXe siècle ne le fait désormais que très lentement. Les hivers 2014-2015, 2016-2017 et 2017-2018 ont été très meurtriers en raison des épidémies grippales surtout chez les personnes âgées. Mais cela n’expliquerait pas tout. Les cancers plombent la tendance baissière de la mortalité, notamment chez les femmes. Notamment en raison de l’augmentation rapide du nombre de décès par cancer du poumon, contrairement aux hommes, et à l’absence de progrès dans la lutte contre le cancer de l’utérus. La diminution récente du tabagisme féminin devrait toutefois entraîner une baisse de la mortalité par cancer dans le futur. Tous genres confondus, les progrès médicaux ont contribué à la progression de la durée de vie, à l’exception notable des troubles mentaux et maladies du système nerveux.

La mortalité n’est pas uniforme au cours de l’année. Elle est maximale en hiver, notamment pendant les mois de janvier et février, et minimale en été, particulièrement au mois d’août, à l’exception des années de canicule (2003 en particulier).

Trois groupes d’âges concentrent les progrès médicaux les plus importants : les 20 ans, 50 ans et 80 ans. Au premier janvier 2018, près de la moitié de la population française est âgée de 20 à 59 ans (49,9 %). En 2018 comme en 2017, les moins de 20 ans sont proportionnellement aussi nombreux que les 60 ans et plus (autour de 25 %), ce qui fait de la France une exception européenne, mais également le pays dont le rapport de dépendance total est le plus élevé en Europe. Très rares sont les pays dont la proportion des moins de 20 ans est supérieure à celle des 60 ans et plus.

Une fécondité en baisse

Côté naissances, l’indice conjoncturel de fécondité poursuit sa baisse, observée notamment chez les femmes les plus jeunes (entre 25 et 29 ans notamment). Pour la troisième année consécutive, le nombre annuel de naissances enregistrées en 2017 (769 500) est en baisse, les données de l’Insee confirment cette tendance pour 2018. On observe moins de naissances à la fin de l’hiver et au printemps, davantage en été et en automne. Les naissances sont plus nombreuses en semaine, moins les week-ends et jours fériés, « sans doute du fait de la programmation des accouchements ». Les quelque 26 000 naissances par AMP représentent 3 % de l’ensemble des naissances.

On observe également une saisonnalité des IVG qui sont moins nombreuses en avril ainsi qu’en juillet et août. L’accès aux services dédiés plus difficile pendant les vacances de printemps et la période estivale, a été pointé et reste encore un problème. Pour autant, Le nombre d’IVG en 2017 a très légèrement augmenté : 216 700 ont été enregistrés au cours de l’année. Cet accroissement est surtout observé chez les trentenaires.