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Le Généralite - LBD : les ophtalmos alertent sur l’augmentation et la gravité des lésions observées

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

En pleine polémique sur l’emploi de la force lors des manifestations de gilets jaunes, une enquête menée sous l’égide de la Société française d’ophtalmologie (SFO) et présentée en amont de son congrès annuel (Paris, 11-14 mai) souligne l’extrême gravité des blessures oculaires provoquées par les armes non létales.

Selon les réponses aux questionnaires anonymisés envoyés aux chefs de service d’ophtalmologie de tous les CHU français, près d’une quarantaine de traumatismes oculaires, la plupart graves, ont été pris en charge entre février 2016 et avril 2019, la moitié à Paris. Les lésions ne permettent pas de distinguer celles liées aux balles de défense (LBD ou flashball), probablement majoritaires, de celles provoquées par des grenades anti-encerclement, ce qui a conduit à adopter dans cette enquête le terme d’armes non létales. Les victimes sont très majoritairement des hommes, jeunes (âge moyen 25 ans), dont quelques mineurs.

Des accidents quasi systématiques

« Dans les six derniers mois on observe une augmentation très significative des cas, a observé le Pr Jean-François Korobelnik (CHU de Bordeaux). Je pense que chaque fois que les armes non létales ont été utilisées, il y a eu des accidents ».

Les blessures étaient toujours unilatérales. Dans la moitié des cas il s’agissait de plaies ouvertes. Pour ces patients, l’acuité visuelle était toujours d’emblée nulle et le pronostic oculaire extrêmement réservé. Sur l’ensemble des patients 20 % ont du subir une énucléation et, au total, seuls 13 % avaient au départ une certaine acuité visuelle. Pour les autres, l’acuité visuelle à leur arrivée était inférieure à 1/10. Des débris de verre ou de plastique n’ont jamais été retrouvés dans la plaie, ce qui semble indiquer que les casques jouent bien leur effet protecteur et que ce sont les personnes qui ne se protègent pas qui sont touchées. Des fractures orbitaires pouvaient être associé.

« Il est important d’alerter sur la dangerosité des armes non létales », a insisté le Pr Laurent Kodjikian, président de la SFO. Dès le 21 janvier le Pr Kodjikian avait alerté la Ministre de la santé, Agnès Buzyn, sur la dangerosité des LBD. Ces balles ont le même diamètre qu’une balle de squash, « dont on connaît déjà les conséquences désastreuses lorsqu’elles arrivent au niveau de l’orbite avec une certaine vitesse ». L’orbite osseuse ayant un diamètre similaire, elle ne peut pas exercer son rôle protecteur lorsque la balle arrive dans l’axe. La vitesse et l’énergie cinétique sont sans commune mesure dans le cas des LBD, qui entraînent des éclatements du globe oculaire conduisant le plus souvent à une perte définitive de la vision. « Il nous semble être de la responsabilité de notre société savante de vous informer des mutilations importantes auxquelles sont exposées les personnes touchées au visage », écrivait le Pr Kodjikian dans sa lettre à la Ministre.

Les résultats de cette enquête ont été soumis à l’Académie américaine d’ophtalmologie pour une présentation lors de leur congrès en octobre, ainsi qu’à un grand journal pour publication.

Dr Isabelle Leroy