Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde - Covid-19 : plus d’un million de cas en France depuis le début de l’épidémie

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

La situation épidémiologique continue de se dégrader dans l’Hexagone. De premiers transferts de patients ont eu lieu pour soulager les hôpitaux sous tension à Roubaix et Tourcoing.

Le Monde avec AFP Publié hier

La France a passé, vendredi 23 octobre, le seuil du million de cas de Covid-19 depuis le début de l’épidémie. Si ce nombre, qui dépend fortement de la politique de dépistage, reste symbolique, les tendances sur plusieurs jours montrent que la situation continue de se dégrader, avec plus de 40 000 nouveaux cas enregistrés en vingt-quatre heures, soit 410 de plus que la veille, selon Santé publique France.

Le taux de positivité des tests ne cesse d’augmenter, atteignant 15,1 %, contre 14,3 % la veille, et seulement 4,5 % début septembre. Le bilan s’alourdit également chaque jour, avec 298 nouveaux décès, portant le total à plus de 34 500 morts.

Des patients souffrant du Covid-19 ont été transférés des hôpitaux de Roubaix et Tourcoing, deux villes confrontées à une envolée du nombre de cas, vers d’autres établissements de la région, a fait savoir le centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille.

Huit patients ont ainsi été transférés dans la nuit de jeudi à vendredi vers le CHU de Lille et des établissements de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Montreuil-sur-Mer et Amiens, a détaillé lors d’une visioconférence de presse le docteur Julien Poissy, du pôle réanimation du CHU de Lille.

Si ces transferts concernent des patients qui n’étaient pas hospitalisés en réanimation, l’un de ceux-ci a été placé en réanimation après son arrivée au CHU de Lille. Pour jeudi et vendredi, l’hôpital de Roubaix a, pour sa part, indiqué avoir transféré une vingtaine de patients vers d’autres établissements, pour se donner « le temps de créer un nouveau volant de lits de médecine Covid à l’approche du week-end ».

Alors que le plan blanc a été déclenché jeudi pour l’ensemble de la métropole lilloise, la situation est particulièrement critique à Roubaix et Tourcoing – deux villes à forts taux de pauvreté et densité de population. « Ces deux hôpitaux font face depuis une dizaine de jours à un afflux très important de patients », a souligné vendredi le directeur général du CHU de Lille, Frédéric Boiron, précisant que son établissement étudiait la possibilité d’accueillir directement des patients de ce territoire où la situation est « compliquée ».

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Comme l’avait fait mercredi l’hôpital de Tourcoing, celui de Roubaix a également interdit à compter de vendredi les visites dans tous ses services, à l’exception de la maternité, de la pédiatrie et de la chirurgie pédiatrique. Confrontées à des taux d’incidence (nombre de nouveaux cas sur sept jours pour 100 000 habitants) de 1 135 pour Roubaix et 953 pour Tourcoing, contre 251 sur l’ensemble du territoire national, les deux villes vont former des « ambassadeurs Covid » pour mieux sensibiliser les publics « éloignés de la communication institutionnelle » par le biais d’actions de porte-à-porte et d’information.

Des « clusters familiaux »

Au CHU de Lille, la saturation n’est pas encore atteinte, mais le docteur Poissy s’est dit « préoccupé », estimant que si la tendance actuelle se poursuivait, l’hôpital risquait de se retrouver en difficulté d’ici à deux semaines. « Dans les histoires un peu dramatiques qu’on a eues, on a clairement des histoires de clusters familiaux », a-t-il mis en garde, appelant les Français à adopter des comportements responsables pendant les vacances de la Toussaint. Si ce n’est pas le cas, « il y aura un prix à payer en nombre de morts et en nombre de personnes qui garderont des séquelles », a-t-il estimé.

Bien que les patients traités pour des formes graves de Covid-19 soient plutôt âgés avec des facteurs de comorbidité, l’hôpital prend aussi en charge « des gens d’une quarantaine d’années, parfois en surpoids mais pas de façon extrême, qui font des formes extrêmement sévères », a-t-il souligné.

De leur côté, des hôpitaux de Bordeaux, Poitiers et Brive (Corrèze) vont accueillir huit patients d’Auvergne-Rhône-Alpes « face à une situation de saturation des capacités de réanimation » de cette région très touchée par le Covid-19, a annoncé vendredi l’agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine, région plus épargnée.

Ces huit patients viendront d’établissements de Lyon, Saint-Etienne et Villeurbanne, a précisé dans un communiqué l’ARS, soulignant que « les capacités actuelles de réanimation de la région Nouvelle-Aquitaine lui permettent de réaliser cet accueil en toute sécurité ». Les transferts réalisés en avion sanitaire, médicalisé par les SAMU de la Loire et du Rhône, étaient en cours vendredi en milieu de journée.

Deux patients en provenance des Hospices civils de Lyon seront accueillis au CHU de Poitiers, deux autres en provenance des Hospices civils de Lyon et du Médipôle de Villeurbanne seront dirigés vers Brive et quatre autres venant de Saint-Etienne (CHU et Hôpital privé de la Loire) seront hospitalisés au CHU de Bordeaux.

Crainte d’une deuxième vague « pire que la première »
Dans la région Nouvelle-Aquitaine, seuls les départements des Pyrénées-Atlantiques et de la Haute-Vienne sont actuellement soumis au couvre-feu. Lors de la première vague de l’épidémie, au printemps dernier, les hôpitaux de Nouvelle-Aquitaine avaient déjà reçu des dizaines de patients des régions les plus touchées.

Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a estimé vendredi « possible » que la « deuxième vague » du Covid-19 en France « soit pire que la première », soulignant que la situation était « redoutable pour chacun d’entre nous ».

« Il y a eu la perception depuis quelques mois que soit la deuxième vague n’existait pas, soit que c’était une vaguelette. La situation est l’inverse : il est possible que la deuxième vague soit pire que la première », a estimé sur RTL le patron du plus grand centre hospitalier et universitaire en Europe. « Pour l’instant, nous ne sommes que dans un mouvement ascendant dans de nombreuses régions », ce « qui rend effectivement les choses redoutables », a-t-il ajouté.

Le premier ministre, Jean Castex, a annoncé jeudi que le couvre-feu serait étendu vendredi à minuit à 38 nouveaux départements et à la Polynésie pour faire face à une circulation du virus « extrêmement élevée ». La France a enregistré pour la première fois, jeudi, plus de 40 000 contaminations en vingt-quatre heures et se rapproche du chiffre symbolique d’un million de cas officiels.

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Le Conseil d’Etat valide l’instauration d’un couvre-feu

Le Conseil d’Etat a validé vendredi l’instauration du couvre-feu, instauré la semaine dernière dans seize départements pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19, estimant que cette mesure ne portait pas « une atteinte manifestement illégale aux libertés fondamentales ».

Une association et plusieurs requérants individuels avaient saisi en référé (procédure d’urgence) la plus haute juridiction administrative afin qu’elle suspende ou limite la portée du décret prescrivant aux préfets de ces 16 départements, dont Paris, d’instaurer un couvre-feu entre 21 heures et 6 heures.