L’hôpital

Le Monde - De plus en plus de mères sans-abri hébergées avec leur nouveau-né à l’hôpital Lariboisièr

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

La direction du groupe parisien assure qu’un « transfert » vers une « structure d’accueil adaptée » est en cours.

Par Clara Gilles Publié le 30 août 2019

Les gestes de Lumbia Maria sont encore hésitants au moment de changer la couche de son bébé, jeudi 29 août. Sans table à langer, elle se contente d’un chariot d’infirmière transformé pour l’occasion. Un peu moins d’un mois après son accouchement, la jeune femme est toujours aux urgences maternité de l’hôpital Lariboisière, dans le 10e arrondissement de Paris. Pas dans une chambre, mais dans la salle d’attente du pédiatre. Depuis quelques semaines, plusieurs femmes sans-abri – entre cinq et dix – se partagent cet espace avec leur nouveau-né.

En les accueillant, l’établissement assure le service public hospitalier, qui se doit d’accepter toute demande d’admission d’une femme enceinte dans le mois précédant et suivant son accouchement. Sans aucun confort, avec l’accès à un point d’eau mais pas de douche. Maria dort sur le sol de la salle d’attente depuis plus de deux semaines. Cisse Kady, une autre jeune maman, depuis quinze jours.

La présence de telles femmes n’est pas une nouveauté. Mais leur nombre a crû en un an. Elles n’étaient que « deux ou trois l’été dernier », estime Jean-Louis Benifla, chef du service de la maternité.

Après l’accouchement, ces femmes sont priées de quitter leur chambre au bout d’une petite semaine pour rejoindre la salle d’attente des urgences. Pour Marine, une aide-soignante qui souhaite rester anonyme, « les cadres subissent une pression quand ça bouchonne dans les salles de naissance » : il faut libérer les lits au plus vite. « On n’a pas assez de lits en aval », analyse le chef de service.

40 % des patients des urgences en situation de précarité
La direction de l’établissement estime que la mise à l’abri demandée par le règlement intérieur n’exige pas « que cela soit fait dans un lit d’hospitalisation, dès lors que la femme ne le requiert pas médicalement », a-t-elle précisé à la Confédération générale du travail (CGT) en octobre 2018. Une information communiquée par courriel à l’organisation, qui s’était émue de la situation. « Depuis, on est censés être en discussion avec le siège sur comment gérer cette crise, mais on n’a pas vraiment d’informations », regrette Elisabeth Genest, déléguée CGT à l’hôpital.

Vendredi 30 août, la direction de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), à nouveau alertée sur cette situation, a publié un communiqué pour assurer que le problème est en cours de résorption. Un transfert est en cours « dans une structure d’accueil adaptée », assure-t-elle.

Le chef du service de la maternité estimait, jeudi, que régler ces cas ne signifierait pas la fin du problème. « Il y en aura des nouvelles dans quelques jours. Ce n’est pas de la faute de l’AP-HP, ni du 115 qui n’a plus de places. » Parmi les patientes des urgences de la maternité de Lariboisière, « près de 40 % sont en situation de précarité », estime M. Benifla.

L’établissement, situé dans le nord de Paris, est connu pour accueillir des personnes en situation difficile. « Beaucoup de maternités refusent des patientes précaires et nous les envoient », raconte Elisabeth Genest, la déléguée CGT. « Une réflexion est en cours depuis deux ans pour mieux répartir les patientes entre les différents établissements », pointe M. Benifla.

Rapport de l’APUR en 2018 : Les sans-abri à Paris : 12 % de femmes, des problèmes de santé et un faible recours au 115

Clara Gilles