Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde - Passe sanitaire : pour le conseil scientifique, son usage doit être « exceptionnel » et pas pour « des actes de la vie quotidienne »

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Dans un avis publié mardi, l’instance de conseil du gouvernement estime cependant qu’un tel outil « peut permettre à la population une forme de retour à la vie normale ».

Le Monde avec AFP
Publié hier le 04/05/2021

Dans un avis rendu public mardi 4 mai, le conseil scientifique s’est prononcé en faveur d’un passe sanitaire. Un tel outil, « utilisé de manière temporaire et exceptionnelle, peut permettre à la population une forme de retour à la vie normale en minimisant les risques de contamination par le virus SARS-CoV-2 », estime l’instance de conseil du gouvernement.

Lors de l’annonce du calendrier de levée progressive des mesures de restriction jeudi dernier, le président de la République, Emmanuel Macron, avait considéré qu’il serait « absurde de ne pas utiliser » un système de passe sanitaire « dans les lieux où se brassent les foules, comme les stades, festivals, foires ou expositions ».

En format papier ou numérique, ce passe attesterait de la réalisation récente d’un test de dépistage négatif, de l’administration d’un vaccin contre le Covid-19 ou d’une infection ancienne par le virus.

Le conseil scientifique pour un passe sanitaire « temporaire »
Dans son avis, le conseil scientifique juge qu’un passe sanitaire permettrait d’« envisager de rouvrir et de reprendre, en contrôlant le risque sanitaire sans qu’il puisse être affirmé que ce dernier soit nul ou très faible, des activités rassemblant un nombre élevé de personnes ».

En revanche, son usage « soulève de nombreuses questions d’ordre technique, pratique, éthique et de santé publique », qui ne relèvent pas de sa compétence, prévient-il. Dans la mesure où il utilisera des « données personnelles relatives à l’état de santé, il constitue un précédent dont il convient de limiter les effets en termes de durée et d’ampleur », ajoute l’instance présidée par Jean-François Delfraissy.

Elle ne recommande donc pas son utilisation pour « des actes de la vie quotidienne (se rendre sur son lieu de travail, aller dans un commerce, un établissement de formation, un café, un restaurant) ». Le conseil juge également que son utilisation ne dispense pas du respect du port du masque quand c’est possible et de la ventilation suffisante des lieux clos. En revanche, un assouplissement des règles de distance physique est envisageable.

Le conseil scientifique avait été saisi, jeudi, sur cette question par le gouvernement, qui a déposé, lundi, un amendement au projet de loi sur la sortie de l’état d’urgence sanitaire, permettant de « subordonner l’accès » à certains lieux à un tel passe sanitaire.

Le Haut Conseil de la santé publique préconise d’aérer au moins cinq minutes toutes les heures
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) recommande d’« ouvrir les fenêtres au moins cinq minutes toutes les heures » dans les lieux recevant du public, notamment les écoles, dans un avis rendu public lundi. Pour mieux évaluer le renouvellement de l’air, le HCSP, dont le rôle est consultatif, recommande aussi de mesurer « la concentration en dioxyde de carbone à des points et des périodes représentatives en période d’occupation », grâce à des capteurs de CO2.

Pour cette instance, la « maîtrise de l’aération-ventilation » des établissements qui accueillent du public doit constituer un « point fort » sur lequel peut s’appuyer un protocole sanitaire. Cela est d’autant plus vrai « lorsque certaines mesures barrières (notamment le masque ou la distance interindividuelle) ne sont pas adaptées à l’activité de l’établissement », comme les écoles maternelles ou les restaurants.

Nombre de scientifiques insistent sur l’importance de l’aération pour lutter contre la propagation du Covid-19. On sait, en effet, que la maladie se transmet beaucoup via les aérosols, des nuages de gouttelettes produits par la respiration, la parole ou les cris des personnes infectées et qui contiennent le SARS-CoV-2. Ces nuages peuvent rester en suspension plusieurs heures, d’où l’importance d’une bonne ventilation pour les disperser.

Véran défend l’ouverture de la vaccination sur simple déclaration
Le ministre de la santé, Olivier Véran, a justifié, mardi, l’ouverture aux injections pour tous les adultes sur simple déclaration d’une maladie chronique. « J’aurais pu demander à quatre millions de Français adultes, jeunes, atteints de maladies chroniques, d’aller chez leur médecin, embouteiller les cabinets médicaux en pleine vague épidémique, pour leur demander une attestation selon laquelle ils auraient une maladie », a argumenté le ministre sur Europe 1, disant avoir préféré faire « confiance ».

« Il y aura peut-être des stratégies de contournement, mais ce sera à la marge », a-t-il assuré, en ajoutant qu’il appartenait « aux équipes médicales dans les centres (…) de faire le point avec les gens qui viennent se faire vacciner » et que les plus vulnérables restaient prioritaires.

Depuis samedi, la vaccination est ouverte à l’ensemble des adultes atteints de certaines maladies chroniques les exposant à une forme grave de Covid-19. Le ministère de la santé a précisé que la prise de rendez-vous se ferait « sur déclaration » de ces comorbidités et qu’aucune prescription médicale ne serait exigée. « On a fait le choix du bon sens », a défendu Olivier Véran, interrogé sur une volonté du gouvernement d’ouvrir la vaccination « à tous », mais sans l’annoncer officiellement.

Dans les faits, dans certains centres de vaccination, les soignants injectent déjà en fin de journée des doses en surplus dans les bras d’adultes en pleine santé, plutôt que de les perdre. La semaine dernière, des voix s’étaient élevées pour demander au gouvernement d’élargir les publics à vacciner, alors que des rendez-vous ne trouvaient pas preneur dans certains grands centres, comme au Stade de France.

22,8 millions de doses injectées

Lundi, près de 420 000 doses ont été injectées, pour un total de 22,8 millions depuis le début de la campagne fin décembre (16,1 millions de premières doses, 6,7 millions de secondes doses). Le ministère de la santé espère trois millions de vaccinations supplémentaires cette semaine.

Au-delà des Ehpad, où le taux de vaccination complète atteint 75 %, les personnes les plus âgées, donc les plus à risque, sont de plus en plus protégées : 55 % des 65-69 ans ont reçu au moins une dose (12,6 % totalement vaccinés), un chiffre qui grimpe à 73 % pour les 70-74 ans (27 % totalement vaccinés) et près de 80 % des 75-79 ans (58,9 % totalement vaccinés). La campagne sera officiellement ouverte à tous les plus de 50 ans le 15 mai et à tous les adultes le 15 juin.

Le calendrier : Qui peut se faire vacciner et quand ?

La France attend plus de flacons des quatre vaccins autorisés en mai (4,5 millions de doses par semaine) et en juin (6,9 millions hebdomadaires), une période pendant laquelle le gouvernement espère supprimer les restrictions sanitaires les plus lourdes, jusqu’à la fin totale du couvre-feu annoncée pour le 30 juin. D’ici là, les terrasses, musées et cinémas vont pouvoir rouvrir le 19 mai, avant les restaurants le 9 juin.

Une situation toujours tendue dans les hôpitaux

La situation reste toujours très tendue dans les hôpitaux, dont les services de réanimation accueillaient lundi plus de 5 600 malades du Covid au niveau national, soit 111 % d’occupation des capacités initiales, mais sous la barre des 6 000, dépassée le 26 avril. « Aujourd’hui il y a trop de malades en réanimation pour reprendre les soins de la bonne manière et en sécurité », a souligné Olivier Véran, mardi, sur Europe 1, réaffirmant que les déprogrammations de soins moins urgents avaient atteint 80 % dans certains territoires.

Mais la baisse continue des nouveaux cas de Covid-19 et la hausse du nombre de vaccinés laisse espérer moins d’entrées à l’hôpital. La semaine dernière, 28 000 personnes ont été diagnostiquées positives en moyenne chaque jour de lundi à vendredi, contre 36 000 la semaine précédente. « La charge sanitaire va pouvoir se réduire », a assuré le ministre de la santé, néanmoins prudent sur la fin des gestes barrières. « J’espère que ce sera cet été », a-t-il répondu.