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Le Monde - Reconfinement : la colère du petit commerce

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Editorial. La rébellion d’une partie des commerçants reste pour l’heure circonscrite, mais elle est symptomatique d’un risque majeur de la période : un accès de colère des plus vulnérables face à des décisions perçues comme injustes et technocratiques.

Publié le 31 octobre 2020
Faut-il vraiment appeler « reconfinement » l’expérience que vivent les Français depuis ce vendredi 30 octobre ? En optant pour une solution moins contraignante qu’il y a sept mois, en maintenant les écoles, les collèges et les lycées ouverts, Emmanuel Macron tente de demeurer au plus près de ce que l’opinion publique est en mesure d’accepter. Au risque de ne satisfaire personne, ni les soignants, extrêmement inquiets et demandeurs d’un confinement strict, ni ceux qui subissent de plein fouet les effets de l’arrêt de la vie sociale, en particulier les petits commerçants.

L’union nationale a depuis longtemps volé en éclats, et la défiance à l’égard de l’exécutif est telle qu’une solution vécue comme trop invalidante aurait, probablement, été rejetée. Selon les premiers sondages, publiés au lendemain de l’intervention présidentielle du 28 octobre, sept Français sur dix approuvent le reconfinement nouvelle manière. Cela reste une base solide mais l’opinion est nettement moins unanime qu’en mars. Entre-temps, l’ampleur de la crise économique et sociale, malgré les dizaines de milliards d’euros d’argent public déversés, a fait son œuvre. Les nerfs sont à vif, le climat social est explosif.

En témoigne la rébellion d’une partie des commerçants, qui ne comprennent pas pourquoi eux devraient baisser le rideau alors que d’autres ont obtenu l’autorisation de le laisser ouvert. Depuis la publication du décret établissant la liste des activités commerciales autorisées, ceux qui n’y figurent pas, au motif que leur commerce est jugé « non essentiel », mènent la fronde. Leur combat reste pour l’heure circonscrit, mais il est symptomatique d’un risque majeur de la période : un accès de colère des plus vulnérables face à des décisions perçues comme injustes et technocratiques. Toute comparaison avec le mouvement des « gilets jaunes » n’est pas totalement fortuite.

La révolte des petits commerçants, relayée par leurs organisations professionnelles, témoigne de la peur de ne pas survivre à cette nouvelle crise et, plus encore, de leur colère face à une concurrence déloyale avec les hypermarchés et les plates-formes numériques, qui pourront continuer à vendre les mêmes biens.

Trois impératifs contradictoires
L’exemple des librairies est symptomatique, presque kafkaïen. La Fnac avait obtenu l’autorisation d’ouvrir ses magasins, au motif que l’entreprise vend des ordinateurs, indispensables au télétravail. Aussitôt, les libraires ont dénoncé une concurrence injuste, si bien que le ministère de l’économie a dû demander à la Fnac, ainsi qu’à tous les acteurs de la grande distribution, de fermer leurs rayons livres. Conséquence ? C’est un GAFA, Amazon, qui va rafler la mise et s’enrichir un peu plus.

Conscient que l’iniquité pouvait devenir la mèche d’un incendie social, le chef de l’Etat a promis d’ici quinze jours une « clause de revoyure » aux commerçants pénalisés. La violence de la deuxième vague épidémique comporte néanmoins le risque de transformer le rendez-vous promis en une nouvelle déconvenue.

L’ajustement sur les livres, intervenu quelques heures à peine après la publication du décret, met ainsi en lumière la vulnérabilité du gouvernement, qui doit composer avec trois impératifs contradictoires : réduire au maximum la circulation du virus, ne pas déprimer complètement le pays et tenter d’apporter des réponses cohérentes. Cela n’est pas gagné. Il reste ainsi possible d’acheter des cigarettes dans un tabac. Mais interdit, pour des raisons sanitaires, de se rendre dans une librairie.