L’hôpital

Le Monde.fr : A Paris, un service hospitalier de pointe menacé de fermeture

il y a 5 mois, par infosecusanté

Le Monde.fr : A Paris, un service hospitalier de pointe menacé de fermeture

A l’hôpital Saint-Louis, le manque d’infirmiers de nuit met en grande difficulté un service d’hématologie, alerte l’équipe soignante, qui craint de devoir fermer « à très court terme ».

Par Camille Stromboni

Publié le 18/04/2022

La force du symbole. L’hématologie à l’hôpital Saint-Louis, à Paris (10e), constitue un fleuron de la discipline. On vient de toute la région pour s’y soigner. Du reste de l’Europe pour s’y former. C’est pourtant ce service réputé, et plus précisément son étage d’immunopathologie clinique, en charge des maladies rares et de certains cancers hématologiques, qui est menacé de fermeture, veut alerter l’équipe soignante.

Personnels et patients appellent à un rassemblement mardi 19 avril devant l’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), ancré au nord-est de la capitale. Le service ne pourra plus fonctionner « à très court terme », mettent-ils en garde dans une lettre adressée aux candidats à l’élection présidentielle. En cause : le manque d’infirmiers de nuit.

A compter du 1er juin, le tableau des gardes ne compte ainsi plus d’inscrits, selon les médecins du service. Impossible dès lors d’assurer la permanence et la sécurité des soins. Depuis septembre, l’équipe de nuit de ce service dans lequel une forte technicité est requise, a été décimée : il reste deux infirmiers, au lieu des douze nécessaires – et l’un d’eux s’en va cet été. Ce sont donc des soignants de l’équipe de jour, elle au complet, qui se relaient la nuit, avec en parallèle un recours toujours plus important à l’intérim.

« A la longue, ça devient difficile, le changement de rythme, pour le corps mais aussi socialement, résume Jordan Le Solliec, 29 ans, infirmier passé sur les horaires de nuit depuis janvier, qui va retourner sur son poste de jour en mai. On s’accroche, mais on sait que sur le long terme, ça ne va pas le faire, les gens sont épuisés, ils vont partir… La situation est vraiment attristante, surtout pour les patients. »

« Au bord d’une ligne rouge »
Il y a urgence à « reconnaître la pénibilité du travail de nuit et de le valoriser de façon significative », écrivent les signataires de la lettre d’alerte aux candidats, dénonçant le niveau dérisoire pratiqué actuellement, avec une compensation de 9,63 euros brut par nuit. « Les pouvoirs publics doivent donner à l’hôpital les moyens d’assurer sa mission », soutiennent-ils.

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« On sent bien qu’on arrive au bord d’une ligne rouge, la qualité des soins se dégrade », s’inquiète l’hématologue Marion Malphettes. La médecin de Saint-Louis commence à devoir refuser des patients ou décaler des chimiothérapies, alors que le service, qui reçoit un millier de patients par an, ne compte plus que quatorze lits depuis l’été, contre vingt-trois auparavant. « Tous les services sont touchés, il y a des lits fermés partout », reprend l’hématologue.

Ce n’est pas la crise due au Covid-19 qui est la première en cause, alors que l’épidémie reflue, mais la pénurie d’infirmiers qui s’aggrave dans de nombreux établissements depuis l’été, les obligeant à fermer des lits. Et ce, malgré le Ségur de la santé acté à l’été 2020, avec une revalorisation de 183 euros par mois pour les personnels hospitaliers. L’AP-HP compte aujourd’hui 16 000 infirmiers dans ses murs, contre 17 000 il y a un an, et environ 16 % de lits fermés.

Nombreux départs
« Nous mettons tout en œuvre pour que le service d’immunopathologie ne ferme pas, et nous allons y arriver, soutient Vincent-Nicolas Delpech, directeur du groupe hospitalo-universitaire AP-HP Nord-université Paris-Cité, dont fait partie Saint-Louis. L’ensemble des leviers sont activés, les heures supplémentaires d’infirmiers d’autres services, l’intérim, le pool des remplaçants de nuit… » Des propositions sur le plan financier sont aussi sur la table, de manière transitoire. « L’objectif est de réussir à passer l’été, reprend le responsable. Après, la situation doit s’améliorer, avec l’arrivée de trois nouveaux infirmiers et un retour de congé maternité. » Un discours que contestent néanmoins les soignants du service, selon lesquels aucune embauche n’est confirmée à ce jour, « ni à court terme ni à l’automne ».

Ce point noir des horaires de nuit qui souffrent d’une forte désaffection et des nombreux départs intervenus après les vagues épidémiques, fait l’objet d’un audit dans le groupe hospitalier francilien, pour trouver le meilleur « schéma horaire », indique-t-on à la direction, afin de limiter le plus possible les impacts négatifs sur la vie des agents.

Camille Stromboni