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Le Monde.fr : Aux urgences, la crainte du manque de personnels soignants durant l’été

il y a 2 mois, par infosecusanté

Aux urgences, la crainte du manque de personnels soignants durant l’été

Le Monde

Une enquête de l’ARS d’Ile-de-France révèle que les démissions de médecins urgentistes dans les hôpitaux publics de la région ont très fortement augmenté en 2018.

Par François Béguin

Publié le 26 juin 2019

L’été s’annonce de nouveau particulièrement tendu dans de nombreux services d’accueil des urgences (SAU). En plein épisode de canicule et à quelques jours d’une nouvelle manifestation nationale des infirmiers et des aides-soignants en grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail, le 2 juillet, à Paris, une « enquête flash » menée par l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France montre à quel point ces services fonctionnent en sous-effectif. Au 20 juin, dans les SAU des huit départements franciliens, de 458 à 728 plages médicales de douze heures n’étaient toujours pas pourvues pour juillet et de 567 à 892 ne l’étaient pas pour août.

Ces résultats, établis à partir des réponses de la grande majorité des 92 services d’urgence franciliens (86 % ont répondu à l’enquête), sont du même ordre que ceux obtenus lors de la précédente édition, il y a un an ; à la même époque en juin, 531 plages n’étaient pas pourvues pour juillet et 711 pour août.

« La situation n’est pas plus inquiétante qu’il y a un an mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’en satisfaire, il va falloir trouver des solutions », explique Didier Jaffre, le directeur de l’offre de soins de l’ARS, qui assure « tout faire pour ne pas avoir à fermer de ligne de service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) » cet été.
Tous les hôpitaux ne sont pas touchés de la même façon par le manque de personnel soignant : en Ile-de-France, 41 % d’entre eux se disent concernés par une carence de médecins en juillet et 48 % en août. A l’origine de ces difficultés : un manque structurel de praticiens, qui s’aggrave pendant l’été, une période pendant laquelle les titulaires prennent leurs congés.

Démissions et recrutements
Fait marquant de cette troisième édition de l’enquête : la forte accélération du nombre de démissions de médecins urgentistes dans les établissements publics, avec 119 départs en 2018 (dont 46 dans les seuls hôpitaux de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP), contre 73 en 2017 et 43 en 2015.
« Certains partent en province, certains abandonnent la médecine d’urgence et d’autres enfin prennent une activité d’intérim à 1 500-1 700 euros les vingt-quatre heures ou vont travailler dans le privé », constate Mathias Wargon, le chef des urgences de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « Notre système d’information ne permet pas de dire où ils sont allés », note M. Jaffre.

Le chiffre spectaculaire du nombre de démissions doit cependant être contrebalancé par le nombre important de recrutements, notamment de jeunes diplômés. En 2018, on constate un très fort turnover, avec 237 départs pour 244,5 arrivées (principalement à Paris intra-muros), soit globalement un solde positif de 7,5 praticiens.
Reste que tous les postes sont loin d’être pourvus : selon les chiffres de l’ARS, il manquerait aujourd’hui 306 médecins urgentistes en Ile-de-France. « C’est pire qu’en 2018, il me manque six équivalents temps plein, je n’ai pas réussi à en recruter un seul cette année », témoigne ainsi Mathias Wargon.

« Asphyxie »

Les réunions se multiplient ces jours-ci au ministère de la santé, à l’ARS et au siège de l’AP-HP pour trouver des solutions d’urgence. La ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé, le 14 juin, avoir débloqué 15 millions d’euros pour financer des recrutements afin « qu’il n’y ait pas de trous dans les lignes de garde ».
« Ça va être très compliqué, il va y avoir une asphyxie des urgences, particulièrement des plus gros services où la charge est devenue plus lourde », pronostique François Braun, le président de SAMU-Urgences de France. « On va être pris en tenailles entre la défaillance de la médecine générale, qui va partir en vacances et les hôpitaux qui vont fermer des lits », fait valoir le responsable syndical, aussi chef des urgences, du centre hospitalier de Metz-Thionville (Moselle), où Mme Buzyn devait effectuer un déplacement « canicule » mercredi 26 juin.
« Aujourd’hui, la situation se tend de plus en plus dans les services, entre médecins ou entre personnels et direction », constate Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes (AMUF) et membre de la CGT. Il annonce préparer une « extension du mouvement » de grève à la rentrée, au moment du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale. Lundi 24 juin dans la soirée, les sept infirmiers de nuit des urgences du centre hospitalier universitaire de Besançon n’ont pas pris leur service étant en arrêt-maladie pour épuisement professionnel.

Du côté des infirmiers, 181 postes seraient non pourvus sur un total de 2 881 dans les services d’urgence franciliens, soit près de 5 % des effectifs. Un nombre qui ne prend pas en compte les propositions faites par la direction de l’AP-HP de créer 144 postes de paramédicaux supplémentaires dans les vingt-cinq SAU (adultes et pédiatriques) du groupe hospitalier, sitôt un accord de fin de grève signé.