Emploi, chômage, précarité

Le Monde.fr : Avec la politique économique de Macron, « les 5 % de Français les plus pauvres devraient voir leur niveau de vie se réduire »

7 février, par infosecusanté

Le Monde.fr : Avec la politique économique de Macron, « les 5 % de Français les plus pauvres devraient voir leur niveau de vie se réduire »

L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a étudié les mesures fiscales et sociales du gouvernement. Ses conclusions sont sans appel.

Par Audrey Tonnelier •

Publié le 05 février 2020

Le début du mandat d’Emmanuel Macron lui avait valu l’étiquette de « président des riches ». Près de trois ans plus tard, celle-ci risque de continuer à lui coller à la peau, à en croire l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un cercle de réflexion classé à gauche.

Dans une étude publiée mercredi 5 février, les économistes ont passé au crible les mesures fiscales et sociales des trois premiers budgets de l’ère Macron, et leurs conséquences sur le pouvoir d’achat des Français. Leurs conclusions sont sans appel : « Sur les 17 milliards d’euros distribués aux ménages depuis le début du quinquennat, plus du quart (environ 4,5 milliards d’euros) est allé soutenir le revenu disponible des 5 % de ménages les plus aisés », indiquent-ils.

Un an après le mouvement des « gilets jaunes », le budget 2020 est en effet marqué par la baisse de 5 milliards d’euros d’impôt sur le revenu, la suppression du dernier tiers de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers et la défiscalisation des heures supplémentaires. De quoi favoriser les classes moyennes supérieures (entre les 50 % les plus modestes et les 20 % les plus aisés), au détriment des 15 % les plus pauvres – qui y perdent en raison des réformes de l’assurance-chômage et des allocations logement – et des retraités aisés.

« Les mesures fiscales 2020 de soutien au pouvoir d’achat poursuivent la logique du budget 2019 (qui avait mis en place les mesures d’urgence de décembre 2018) ciblant, lui, plutôt les classes moyennes inférieures », indique Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Mais ce rééquilibrage ne suffit pas à contrebalancer les effets de la réforme de la fiscalité du capital – la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune et l’entrée en vigueur de la « flat tax » – intervenue début 2018.

« Donner du pouvoir d’achat aux actifs »

Conséquences : les 5 % de Français les plus pauvres devraient voir leur niveau de vie se réduire d’environ 240 euros par an sous l’effet des mesures socio-fiscales mises en œuvre entre 2018 et 2020, a calculé l’OFCE. Dans le même temps, les 5 % les plus riches devraient voir le leur grimper de 2 905 euros par an.

Au-delà de ce constat, l’OFCE confirme que la politique économique et sociale d’Emmanuel Macron profite d’abord aux actifs du privé : « Sur les 17 milliards d’euros de revenu disponible distribués aux ménages depuis le début du quinquennat, plus de 12 milliards d’euros ont été versés aux personnes seules actives occupées ou aux couples comptant deux actifs occupés », détaille l’étude. A contrario, les personnes seules au chômage et les retraités ont été mis à contribution à hauteur de 1,6 milliard d’euros, indique l’Observatoire. Cette situation est en phase avec le mantra du gouvernement, dont les membres ont toujours expliqué qu’ils souhaitaient que « le travail paye ».

« Les perdants de la politique économique du gouvernement se trouvent parmi les plus modestes, les chômeurs et les retraités. L’idée est clairement de donner du pouvoir d’achat aux actifs », abonde Mathieu Plane.

Un constat renforcé par les dernières mesures prises par l’exécutif : après la désindexation de plusieurs prestations sociales (pensions de retraite au-delà de 2 000 euros, prestations familiales, invalidité…), la réforme de l’assurance-chômage a été critiquée pour la sévérité de ses nouvelles règles, et celle des aides personnalisées au logement (qui seront calculées sur la base des revenus perçus au cours de l’année écoulée, et non plus des deux dernières années) devrait entrer en vigueur en avril.

Côté finances publiques, l’ensemble des mesures de politique budgétaire mises en place depuis le début du quinquennat ont contribué à accroître le produit intérieur brut (PIB) de 0,2 point, avec des effets positifs très concentrés sur 2019, du fait des mesures d’urgence « gilets jaunes », indique l’OFCE.

Point intéressant, « les effets à retardement de la politique de l’offre [en faveur des entreprises] du quinquennat Hollande s’y ajoutent à hauteur de 0,3 point de PIB en 2018 et 2019 », note Mathieu Plane. Autrement dit, les conséquences – en partie étalées dans le temps – de la mise en place du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et du pacte de responsabilité ont davantage contribué à soutenir la croissance récente que les mesures prises par la nouvelle majorité. En effet, les dispositifs entrés en vigueur la première année du quinquennat – hausse de la contribution socialie généralisée (CSG) et baisse des cotisations maladie et chômage, hausse de la fiscalité énergétique – ont eu un effet récessif sur la consommation, et donc le pouvoir d’achat.

Pour cette année, l’OFCE table sur un déficit de 2,4 %, supérieur à celui visé par le gouvernement (2,2 %). Quel sera, dès lors, le profil socio-économique de la seconde moitié du quinquennat ? « La baisse des prélèvements sur les entreprises reste engagée avec la baisse de l’impôt sur les sociétés [attendu à 25 % en 2022]. La suppression de la taxe d’habitation concernera les 20 % de foyers les plus aisés. Mais le discours du gouvernement n’est pas clair : jusqu’à récemment, on nous expliquait que la trajectoire budgétaire importait peu, que seuls les résultats économiques comptaient. Depuis la réforme de l’assurance-chômage, et avec celle des retraites, on entend davantage la petite musique selon laquelle il faut rétablir les comptes, le cas échéant en touchant à la sphère sociale », souligne Mathieu Plane.

Toute la question est de savoir si cela se traduira par des baisses de pouvoir d’achat et, potentiellement, des conséquences politiques plus difficiles à assumer à deux ans de la fin du mandat d’Emmanuel Macron, estime l’économiste.