Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV) et crise sanitaire

Le Monde.fr : Covid-19 : comment l’Europe se prépare à faire sans les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen

28 avril, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : comment l’Europe se prépare à faire sans les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen

L’Agence européenne des médicaments a estimé que les bénéfices du produit de Johnson & Johnson dépassaient les risques liés à l’apparition de thromboses. L’UE pourrait, à l’avenir, se passer des vaccins à adénovirus, grâce à la montée en puissance de ceux à ARN messager.

Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)

Publié le 20 avril 2021

Les débuts en Europe du vaccin de Janssen (Johnson & Johnson) contre le Covid-19 sont pour le moins laborieux. Autorisé par l’Agence européenne des médicaments (AEM) le 11 mars, il aurait dû commencer à arriver chez les médecins et dans les pharmacies le 19 avril.

Mais l’apparition de huit cas sévères de troubles thromboemboliques (dont un mortel) aux Etats-Unis, où plus de sept millions de personnes ont déjà été immunisées avec le vaccin de Johnson & Johnson, en a retardé le déploiement.

Les experts de l’AEM ont évoqué, mardi 20 avril, un « lien possible » entre l’administration du Janssen et ces effets secondaires graves, apparus chez des personnes de moins de 60 ans, le plus souvent des femmes, dans les trois semaines suivant l’injection. Pour expliquer ces effets secondaires dangereux, ils n’ont, à ce stade, pas identifié de facteur de risque, comme le genre ou l’âge, et avancent comme « explication plausible » une « réponse immunitaire » de l’organisme au vaccin.

Toutefois, les « bénéfices de ce vaccin dépassent ses risques », martèle Emer Cooke, la directrice générale de l’AEM, qui rappelle que « le week-end dernier trois millions de nouveaux cas de Covid-19 ont été répertoriés dans le monde ». Dans ce contexte, le régulateur européen ne recommande pas que l’usage du Janssen soit restreint. Les autorités sanitaires nationales devront désormais faire leurs recommandations.

Celle de la Haute Autorité de santé française est attendue en fin de semaine. Mais, au vu du précédent AstraZeneca – un vaccin à adénovirus, comme celui de Johnson & Johnson, qui a causé des événements thromboemboliques « très similaires », selon l’AEM – , il est probable que la plupart des pays européens en restreindront l’usage aux plus âgés.

Le 7 avril, l’AEM avait en effet, peu ou prou, tiré les mêmes conclusions concernant le vaccin développé par l’université d’Oxford, également à l’origine de quelques rares cas de caillots sanguins graves. Le vaccin d’AstraZeneca est désormais réservé aux plus de 55 ans en France, aux plus de 60 ans en Allemagne. Au ­Danemark, il est interdit…

Plus si indispensable
Cet enchaînement de mauvaises nouvelles pour les vaccins à adénovirus qui, dans certains pays, à commencer par la France et l’Allemagne, inspirent désormais une confiance toute relative, n’est pas une bonne nouvelle, alors que les variants se multiplient et que la pandémie continue à se propager.

Mais le vaccin de Johnson & Johnson, sur lequel les Européens comptaient il y a encore peu pour accélérer leur campagne de vaccination – puisqu’il ne nécessite qu’une injection, quand tous les autres en requièrent deux –, ne leur paraît plus si indispensable aujourd’hui.

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De même, les Vingt-Sept, qui se désespéraient des problèmes de production d’AstraZeneca et de ses retards à répétition il y a trois mois, se sont mis en position de bientôt pouvoir se passer des services du laboratoire anglo-suédois. La capacité de production européenne de vaccins contre le Covid-19 a fortement augmenté : « Elle est passée de 15 millions à 150 millions de doses par mois, entre décembre 2020 et avril », rappelle-t-on dans l’entourage de Thierry Breton, le commissaire européen chargé du volet industriel de la stratégie vaccinale européenne.

Et cette montée en puissance a profité à Moderna et surtout à Pfizer-BioNTech, qui ont non seulement respecté leur contrat avec les Européens mais ont, en plus, pu s’engager sur de nouvelles livraisons. Ainsi, la Commission a doublé ses commandes à Pfizer-BioNTech, qui devrait, cette année, fournir 600 millions de vaccins aux Vingt-Sept. Moderna, à qui les Européens avaient commandé 160 millions de doses, devrait en livrer 150 millions de plus en 2021. Au total, donc, cette année, ces deux industriels devraient permettre aux Européens d’immuniser, à eux seuls, 455 millions de personnes, soit la totalité de la population.

« Pas de discussions amorcées »
Si nécessaire, « à partir du mois de juin, on pourra se contenter des vaccins à ARN messager [Pfizer-BioNTech et Moderna], qui sont plus efficaces contre le Covid-19 et ses variants que les vaccins à adénovirus », constate l’eurodéputée (Renew) Véronique Trillet-Lenoir, spécialiste des sujets de santé, qu’elle connaît bien pour avoir suivi une carrière de médecin. D’autant qu’un troisième vaccin à ARN messager, celui de la société allemande CureVac, devrait bientôt – sans doute en mai – être autorisé par l’AEM.

Dans ce contexte, quand il s’agit d’évoquer la deuxième vague d’achat de vaccins, celle qui permettra de booster les premières injections ou de combattre les variants, les Européens ne ménagent plus AstraZeneca. « On ne va pas se mettre entre les mains d’un laboratoire qui a eu des problèmes, qui n’a pas toujours fait la transparence sur ces problèmes, et qui en tout cas n’a pas pu honorer toutes ses commandes », a déclaré le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes, Clément Beaune, mardi 20 avril, sur Franceinfo. L’industriel anglo-suédois ne devrait en effet livrer aux Européens que 100 millions de doses au premier semestre, contre 300 millions initialement prévues.

Quand il s’agit d’évoquer la deuxième vague d’achat de vaccins, les Européens ne ménagent plus AstraZeneca

La Commission européenne a d’ores et déjà annoncé discuter avec Pfizer-BioNTech pour l’achat de 1,8 milliard de nouvelles doses en 2022 et 2023. « Nous n’avons pas amorcé de discussions avec Johnson & Johnson et avec AstraZeneca pour un nouveau contrat, là où nous en avons d’ores et déjà amorcé avec Pfizer-BioNTech et Moderna », a souligné la ministre française de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, sur RMC, le 16 avril.

Cela étant dit, s’ils veulent immuniser 70 % de la population adulte d’ici à fin juin, les Européens ne peuvent encore pas totalement faire abstraction d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson. Au premier trimestre, 107 millions de vaccins leur ont été livrés. Ce chiffre devrait monter à 410 millions au deuxième trimestre, dont 70 millions d’AstraZeneca et 55 millions de Janssen. De quoi vacciner d’ici à la fin juin plus que la totalité de la population adulte. « Les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen restent indispensables dans la stratégie vaccinale (…) dans les semaines à venir », lance-t-on au ministère de la santé. Mais ensuite…