Covid-19 (Coronavirus-2019nCoV)

Le Monde.fr : Covid-19 : comment les autres pays prennent-ils en charge les cas contacts ?

il y a 3 jours, par infosecusanté

Le Monde.fr : Covid-19 : comment les autres pays prennent-ils en charge les cas contacts ?

Aujourd’hui fixée à quatorze jours, la durée d’isolement demandée aux malades du Covid-19 en France pourrait bientôt être réduite. Ailleurs dans le monde, d’autres stratégies sont adoptées pour repérer et accompagner ces potentiels porteurs du virus.

Publié le 11/09/2020

Cessera-t-on bientôt de parler de « quatorzaine » ? Lors du conseil de défense, prévu vendredi 11 septembre, le gouvernement doit décider si la période d’isolement pour les malades du Covid-19 et les cas contacts peut « passer de quatorze à sept jours », selon le souhait du ministre de la santé, Olivier Véran, conformément à l’avis du conseil scientifique rendu la semaine dernière.

Cette durée de quatorze jours était à l’origine une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais la France, comme les autres pays, adapte dorénavant son protocole sanitaire au fur et à mesure afin d’affiner sa stratégie de lutte contre le coronavirus.

Isolement strict ou raccourci, des stratégies différentes
Si l’Hexagone souhaite aujourd’hui s’affranchir de la quatorzaine en la réduisant de moitié, d’autres pays l’ont précédé. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis, par exemple, préconisent tous deux une durée de confinement moindre, de dix jours, après l’apparition des premiers symptômes.

S’il est essentiel pour empêcher l’épidémie de se propager, l’isolement d’un individu entraîne en effet de lourdes conséquences pratiques et économiques, qu’il s’agisse d’un salarié renvoyé chez lui, d’un indépendant devant suspendre son activité ou d’un enfant que ses parents devront garder. Raccourcir la durée de l’isolement peut donc limiter son impact sur l’économie.

A l’opposé de cette stratégie, le Vietnam fait figure d’exception puisqu’il a opté pour une politique beaucoup plus restrictive. Si l’isolement est optionnel dans la majorité des pays, il a pour sa part choisi de l’imposer. La personne diagnostiquée positive au Covid-19 est placée en quarantaine dans des infrastructures mises en place par le gouvernement, tout comme les cas contacts, tandis que les contacts des cas contacts doivent se confiner chez eux. Benoît de Tréglodé, de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire et spécialiste du Vietnam, précise au quotidien Les Echos que ce suivi « s’accompagne d’une politique de dénonciation publique des individus fautifs et, le cas échéant, d’un emprisonnement immédiat » permis dans ce pays au régime autoritaire.

Les salariés des départements de santé locaux mobilisés
Les salariés des services de santé locaux sont souvent chargés d’annoncer cette fameuse quatorzaine aux personnes concernées. Mais cette stratégie connaît plus ou moins de succès selon les pays.

En France, ce sont les salariés de l’Assurance-maladie qui avertissent et accompagnent les cas contacts. Les équipes sont composées de personnels médicaux et administratifs consacrés aux relations avec les assurés et leurs membres sont soumis au secret médical. Ils sont chargés d’avertir les cas contacts par téléphone, de les informer sur la procédure à suivre et de répondre à leurs questions.

Aux Etats-Unis, la méthode, semblable à celle adoptée par la France, rencontre des problèmes de coordination entre les villes, les Etats et à l’échelle fédérale. D’après une enquête menée par l’agence de presse Reuters, les employés des agences de santé n’auraient ainsi pu joindre qu’une fraction de leurs cibles, les autres ne répondant pas à l’appel. Reuters révèle ainsi que, en Alabama, Etat durement touché par la crise sanitaire, les agents du service de santé local en sont réduits à charger les personnes positives au Covid-19 de prévenir elles-mêmes tous ceux avec qui elles ont été en contact.

L’Espagne, devant le travail colossal que représente le suivi, a quant à elle décidé de faire appel à l’armée pour venir en aide aux services de santé locaux. Pour l’instant, les communautés autonomes tardent à donner le feu vert à la coopération entre pouvoirs locaux et armée, ce qui freine l’action des militaires.

D’autres pays semblent mieux s’en sortir. Le site de l’université Northeastern de Boston, qui recense, à travers la compilation d’articles de presse, les solutions mises en place dans chaque pays pour lutter contre la propagation du coronavirus, salue les efforts et les résultats de certains, qui appréhendent mieux la gestion de l’épidémie malgré le manque de moyens :

« Partout dans le monde, dans des pays comme l’Ethiopie, le Rwanda et Cuba, les agents de santé communautaires recherchent et identifient des cas contacts, tout en leur apportant des informations sur le Covid-19. (…) Certains pays d’Asie et d’Afrique ont eu plus de succès dans la lutte contre le Covid-19 que les Etats-Unis ou l’Europe, car ils ont plus d’expérience dans la lutte contre d’autres épidémies, telles que le SRAS, le MERS, Ebola ou Zika. »

Outre la mobilisation des agents des services de santé, certains pays ont aussi opté pour des applications mobiles, afin de tenter de détecter les personnes atteintes du Covid-19 et d’alerter les cas contacts. Si, en France, l’application StopCovid n’a pas rencontré un franc succès (2,3 millions de téléchargements depuis son lancement), d’autres outils de ce type ont été adoptés à l’étranger. Son homologue italien Immuni, par exemple, a été téléchargé plus de 5 millions de fois. Quant à celle mise au point en Allemagne, Corona-Warn-App, elle a été installée par 18 millions de personnes. Rapportés à la population de chacun de ces pays, ces chiffres montrent une plus large adoption du dispositif chez nos voisins.

Ces applications fonctionnement globalement de la même façon, utilisant le Bluetooth – et non la géolocalisation – pour établir si une personne a été en contact avec un malade. Le choix de télécharger ou non l’application est laissé à la discrétion des citoyens, sauf en Inde, qui a tenté dans un premier temps de rendre obligatoire le téléchargement d’une application de suivi, Aarogya Setu, à tous les employés des secteurs public et privé, avant de seulement le conseiller, depuis le 18 mai. L’application a été depuis téléchargée environ 150 millions de fois, mais son efficacité reste sujette à caution, étant donné que seulement 35 % des Indiens possèdent un smartphone.

Des QR codes pour stopper la propagation du virus
La Chine a également recours à une application, mais celle-ci utilise des QR codes de couleur. Elle catégorise les personnes en trois groupes : rouge pour les cas suspects et confirmés, jaune pour les cas contacts, et vert pour les personnes saines. L’assignation d’une personne à une catégorie change au fil du temps en fonction des personnes avec lesquelles elle entre en contact, des lieux qu’elle visite ou de la fin de sa période de quarantaine obligatoire. Les utilisateurs sont invités à saisir leurs symptômes (toux, fièvre, courbatures, etc.) dans un référentiel central qui est utilisé pour suivre la propagation de la maladie dans la population. Des versions similaires ont également été déployées en Russie et en Corée du Sud.

La Suisse aussi fait appel à des QR codes, mais pas avec la même finalité. A Genève, les autorités imposent la collecte des données personnelles dans les bars, les restaurants, les discothèques et les manifestations privées. Les barmen et les organisateurs d’événements privés sont donc tenus de demander leurs coordonnées (noms, prénoms et numéros de téléphone) à leurs clients ou aux participants pour pouvoir les joindre si l’un d’entre eux est diagnostiqué positif au Covid-19. Les restaurateurs, eux, doivent relever un contact par table ou par groupe. Les informations sont consignées sur papier ou grâce à une application qui donne un QR code personnalisé avec les renseignements de chaque utilisateur.

Des tests massifs à l’éviction des asymptomatiques
Les autorités adoptent enfin des approches différentes en matière de dépistage. Ainsi les Etats-Unis n’encouragent plus les cas contacts asymptomatiques à se faire tester, comme le mentionne le site des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). L’OMS, interrogée à ce sujet en conférence de presse le 27 août, a pourtant réaffirmé la nécessité de se faire dépister pour tous les cas contacts, asymptomatiques ou non. Donald Trump s’était déjà exprimé à plusieurs reprises sur les tests de dépistage, trop nombreux selon lui, qui donnaient une mauvaise image de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement américain.

A l’autre bout du spectre, on trouve les pays et localités qui ont décidé de tester massivement l’ensemble de leur population, cas contact ou non. C’est le cas de Wuhan, en Chine, épicentre de l’épidémie à l’hiver dernier : 9,9 millions de ses 11 millions d’habitants ont ainsi dû se soumettre à un test. Pour y parvenir, la capacité quotidienne de tests a été augmentée de 300 000 à 1 million, en partie grâce à l’utilisation de tests par lots (ou « pooling ») : des échantillons provenant de plusieurs personnes étaient regroupés et testés ensemble dans un seul tube. Si l’un des échantillons s’avérait positif, il suffisait ensuite de tester les échantillons individuels des personnes du groupe concerné pour trouver celle qui était positive.

En septembre, Hongkong a également lancé une initiative de test universel gratuit d’une semaine, visant à tester au moins 5 de ses 7,5 millions d’habitants. Les militants prodémocratie ont encouragé la population à boycotter le programme, invoquant des méthodes de test inexactes et des craintes concernant l’influence de Pékin.